Interview : Mamadou Coulibaly ( Président-fondateur de l’ Association Sitala du Faso ) : » La culture est un accélérateur de développement « .

Si le métissage culturel n’existait pas , Mamadou Coulibaly l’aurait sûrement inventé. Lui qui a consacré pratiquement toute sa vie à faire de la diversité culturelle une réalité à Bobodioulasso à l’Ouest du Burkina-Faso. En créant il y a plus de 15 ans l’Association Sitala du Faso, Mamadou était loin de s’imaginer qu’elle deviendrait une référence internationale en matière de coopération culturelle. 

C’est un homme passionné de culture qui a accepté de nous recevoir pendant notre séjour à Bobodioulasso pour nous parler de … culture. Evidemment !

Présentez-vous à nos lecteurs ?

Je suis Mamadou Bessmert Coulibaly. Je suis né à Bobodioulasso précisément au quartier Kombougou. J’ai la quarantaine révolue. Je suis opérateur culturel, médiateur interculturel et artiste-musicien. Je prends ici la parole en tant que président-fondateur de l’Association Sitala du Faso.

Que signifie Sitala et en quelle année a t-elle été crée ? 

Sitala signifie en langue bobo une seule race et en langue dioula il n’y a pas de race. En clair cela veut dire que c’est la race humaine qui compte et non la couleur de la peau.

Sitala a été crée le 31 juillet 1998, tandis que l’Association sœur Sitala Lillin’ba a été crée à Theix dans la région de la Bretagne en 2003 ( France ).

D’où est venue l’idée de créer cette association ?

Au départ ce n’était pas une association. C’était juste un regroupement de jeunes artistes. Pour être franc Sitala c’est une histoire personnelle. Je suis né dans un quartier où il y a la diversité culturelle. A l’enfance j’ai souffert de bégaiement quand j’avais 7 ans. J’avais envie de parler mais je n’y arrivais pas. Je voulais m’exprimer à travers la musique mais n’étant pas issu d’une famille de musiciens il m’était impossible de le faire. A 18 ans j’ai décidé de quitter le village  pour aller à l’aventure. J’ai sillonné quelques capitales de l’Afrique de l’Ouest. Je suis même allé au Maroc. Le périple a duré 5 ans. De retour à Bobodioulasso, j’ai nourri l’idée de créer un endroit voire un espace au service des enfants pour transmettre les valeurs culturelles et aussi les valoriser et les promouvoir. Mon voyage m’a permis de découvrir d’autres cultures et cela m’a donné l’idée de militer pour l’interculturalité et le brassage culturel. Voici en réalité l’histoire de l’Association Sitala.

 Quels sont les objectifs que vous vous êtes assignés ?

L’objectif principal, comme je le disais plus haut c’est de valoriser la richesse culturelle de chaque peuple. Et cette richesse culturelle ne peut mieux s’apprécier que dans les échanges. Sitala pour nous c’est d’abord un espace d’échange et d’expression de nos différences culturelles. Cet espace accueille des jeunes, des enfants et également des adultes qui veulent venir apprendre notre culture. Nous accompagnons des jeunes en France pour aller découvrir des cultures différentes en vue de briser les barrières.

La musique, la danse, bref ! l’art constitue un outil pour aller à la rencontre des autres cultures.

En France, l’objectif de Sitala Lillin’ba est le rapprochement des peuples et des nations. Nous sommes convaincus que le rapprochement des peuples est un accélérateur de développement. Mon expérience me dit que l’art est universel et que la culture transcende l’humanité, elle existera après nous.

Quelles sont les principales actions que vous aviez menées depuis l’existence de l’Association ? 

Je dois dire que nous avions mené beaucoup d’actions pour la vulgarisation de la culture entre les peuples. Nous sommes même allés au-delà en permettant à des élus municipaux d’effectuer des voyages d’échanges.

En quinze années d’existence nous avons marqué des étapes que voici : En 2005, une quinzaine d’enseignant français sont venus à Bobodioulasso voir mon père. Ce dernier est malheureusement décédé plus tard. En 2007, Sitala Lillin’ba est arrivée pour la première fois au Burkina en vue de marquer le début de notre collaboration. En 2011, un groupe de musiciens bretons est venu rencontrer la musique dioula. Nous avons crée l’album  » Tile Koun Bora  » de 11 titres avec les enfants burkinabés et français. Nous avons également réalisé un film-documentaire intitulé  » Génération  » avec des burkinabés et des français. Dans ce film le moins âgé avait 6 ans et plus âgé 101 ans. Du matériel didactique a été envoyé aux élèves de Bobodioulasso. En 2014, précisément le 21 octobre 2014, un concert de la réconciliation a été organisé dans le cadre de la cohésion armée-nation. Ce concert a vu la participation de millier de spectateurs avant les événements qui ont conduit à la chute du président Blaise Compaoré. Il y a eu aussi la venue du Sénateur de la région de Bretagne, Monsieur Joël Labbé au Burkina-Faso. Cette venue il faut le reconnaître symbolise 10 ans d’amitié et de fraternité entre moi et le Sénateur de la Bretagne. J’ai voulu mettre cette amitié au service des peuples d’où sa visite au Burkina. Cette visite est donc intervenue dans le cadre d’une coopération culturelle décentralisée.

Justement dans le cadre de cette coopération culturelle décentralisée des élus burkinabés ont effectué le déplacement en Bretagne et vice-versa.

En ce moment dans le cadre du partenariat entre l’Association Sitala du Faso et l’Association No Man’s Land, nous sommes en train d’ériger une école qui va accueillir les écoliers burkinabés et français.

Vous comprenez donc que la tâche est immense et nous attendons toujours des contributions de toute part.

Quand vous jetez un regard dans le rétroviseur, comment jugez-vous le bilan ? 

Sans fausse modestie, je dois avouer que le bilan est positif. Nous avons éduqué des enfants à travers la culture. Nous avons permis aux burkinabés et au français de se côtoyer à travers la culture. Ainsi nous avons fait tomber les barrières idéologiques. Cela est d’autant plus important, que nous pouvons amorcer le développement sans grande appréhension. C’est une victoire à saluer et à célébrer.

Si vous devriez conclure …

Je voudrais tout d’abord vous remercier pour l’opportunité que vous nous offrez de parler de culture. Et j’avoue que je suis vraiment à l’aise pour parler de culture parce que toute ma vie est consacrée à la culture. Je voudrais remercier mes collaborateurs car sans eux nous ne serions pas à ce niveau. Remerciements aux enfants qui sont notre espoir, notre avenir. C’est pour eux que nous faisons tout ce travail.

Merci spécial à Benoit Laurent, celui que je peux appeler mon frère jumeau, grâce à lui, notre rêve est devenu une réalité. Ensemble œuvrons pour la culture pour le rapprochement des peuples.

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