Funérailles des anciens rois de Krindjabo

Lorsque le roi Krindjabo avait rendu le soupir, sa première femme prévenait, mais seulement un certain temps après, les principaux notables en leur disant : blenbi i ti abo asé la tête du roi a frappé le sol). On tenait immédiatement conciliabule et un messager était envoyé aux gens d'Adaou, chargés de la sépulture royale.

On choisissait toujours quelqu’un de famille noble,ou même un fils du roi, car confier cette mission à un homme de rang inférieur, ou à un captif, eût été l’envoyer à une mort certaine.

Le personnage chargé de l’ambassade partait accompagné de quelques hommes du village ; et muni d’une certaine somme en poudre d’or,il la remettait au personnage le plus influent en lui disant qu’une branche du grand arbre de Krindjabo s’était recourbée. Le messager était compris et la somme reçue aussitôt convertie en boissons. Vieille coutume qui n’a guère changé. Ne pas offrir à boire à celui qui vient d’être frappé par un deuil serait ne pas compatir à sa peine.

On commençait alors les préparatifs pour les funérailles. Tout le monde se taisait et gardait le plus grand silence sur la mort du roi ; le premier qui eût osé en parler était sacrifié sur-le-champ.

Tant que le coprs n’était pas exposé sur son lit de parade, les épouses royales devaient demeurer dans la chambre funèbre. A peine vêtues, les reins ceints de quelques vieilles hardes, les cheveux en désordre, le corps frotté au piment, assises ou accroupies, elles pleuraient, se lamentaient et chantaient les louanges de leur royal époux . il était interdit à quiconque de manger.

Des messagers étaient envoyés de tous côtés pour prévenir les chefs du pays ; toutes les pistes étaient brrées pour que personne ne puisse sortir du village. De toutes parts arrivaient des victimes qui allaient être sacrifiées pour servir sa Majesté dans l’autre monde. Les hommes libres se frottaient la figure de terre blanche, les descendants d’hommes libres et d’esclaves, d’un côté de terre blanche, de l’autre de terre rouge ; enfin ceux qui sacrifiaient les victimes, les adoumoufwè avaient le visage recouvert de terre rouge.

Les épouses captives et les nombreux esclaves du roi suivaient leur royal maître. Les chefs et les personnages influents avaient à cœur d’offrir quelques victimes. Certaines familles profitaient de la circonstance pour se débarrasser des membres peu respectueux de la coutume. Les adoumoufwè les bâillonnaient, soit avec une pièce d’étoffe, soit avec un morceau de fer qui leur traversait les joues. Ils les pendaient ensuite ou leur tranchaient la tête, après leur avoir infligé toutes sortes de supplices.

Avant l’arrivée des français, on fabriquait le cercueil avec les contreforts de certains arbres au bois tendre, comme le fromager. Le corps du roi, enseveli dans les tissus les plus riches, entièrement recouvert de poudre d’or, y était déposé.

Il était toujours enterré un Samedi, la nuit, dans un milieu secret que nous connaissons aujourd’hui, la forêt sacrée. Seuls pouvaient s’y rendre les préposés aux funérailles, les autres personnes devaient rester enfermées dans leur case.

On envoyait quelque fois un messager, accompagné de quelques personnes, aux rois des tribus voisines avec qui on entretenait des relations d’amitié. Le messager était porteur d’un objet précieux ayant appartenu au roi défunt ; il était ensuite sacrifié.

Les victimes immolées restaient souvent plusieurs jours à la même place ; on les enterrait quand on avait le temps, après leur avoir coupé la tête. Un cérémonial semblable réglait la mort des principaux chefs, qui étaient enterrés un mercredi, toujours accompagnés de victimes.

A Krindjabo, on déposait des statuettes Ma sur le bord de la piste conduisant à la forêt sacrée. Elles étaient censées reproduire l’effigie des rois ou princes décédés ; leur confection était confiée à une femme. Il leur fallait aussi du sang humain, sinon la femme mourait. De temps à l’autre, on leur portait de la nourriture destinée aux défunts, que ceux-ci venaient manger la nuit.

Les dernières grandes funérailles connues à Krindjabo sont certainement celles d’Amon N’douffou, mort vers 1885. il est très difficile d’évaluer les nombre de victimes, mais il est certain d’après des traditions concordantes qu’elles furent très nombreuses. Il eut encore des sacrifices humains à la mort de la reine Malan Aloua (Février 1899), le roi de Krindjabo, Aka Simadou, mort en 1900 et Bourou Dishyè, chef d’Ayamé, mort en 1901, ne partirent pas non plus seuls pour l’autre monde. A la mort de ce dernier, l’administration Française prévenue à temps envoya quelques miliciens, et l’on put soustraire les victimes désignées. Il serait téméraire d’affirmer qu’il n’y en eut plus depuis, mais avec plus de prudence on sut désormais employer le poison, moins compromettant et qui pouvait laisser croire à une mort naturelle.