Gbon Coulibaly, grand notable Sénoufo

Né vers 1860 à Lagbasékaa, son village maternel situé non loin de Sinématiali, Péléforo Gbon Soro est élevé à Korhogo, à la cour de son père Zouacognon Soro, chef des Tiembara de cette région. Péléforo Gbon Soro ne tarde pas à se faire remarquer. Dès qu'il peut se déplacer à quatre pattes, il ne reste jamais calme et immobile, brise tout sur son passage et subtilise avec adresse tout ce qu'il peut consommer.

Ce mélange d’agitation et d’habileté lui vaut le sobriquet de Gbon qui désigne le chimpanzé en sénoufo, animal habile, intelligent et rapide. Au fil des ans, ce prénom supplante celui de Péléforo.

Très rapidement, cet enfant devient assez autoritaire pour se faire obéir par ses frères, cadets comme ainés, auxquels il mène la vie dure.
Zouacognon Soro aime beaucoup ce fils dont il veut faire son héritier en dépit de la règle de succession matrilinéaire prescrivant qu’on hérite non pas de son père mais de son oncle maternel. Zouacognon consulte les marabouts et ceux-ci lui conseillent de réunir tous ses enfants autour d’un plat de riz dans lequel il doit dissimuler un anneau. Celui qui le trouve est le successeur. C’est Péléforo Gbon Soro. Sitôt informés, les notables le boudent .

Filleul de Babemba de Sikasso

En 1894, après son séjour dans la cour de Babemba de Sikasso où son père l’avait placé trois mois plus tôt pour le soustraire aux intrigues de la cour, il revient à Korhogo car une épidémie de variole terrasse son père Zouacognon , trois de ses frères, et quelques uns de ses oncles.

La conquête du pouvoir

Péléforo Gbon Soro ne peut devenir chef tant qu’il n’a pas accompli son Tiologo, cérémonie d’initiation dans le bois sacré. Il est indispensable qu’il accomplisse ce rite afin que ceux qui sont acquis à sa cause puissent lui obéir. Malgré les réticences des vieux, il devient le chef après que Namoga, parent de Zouacognon débloque la situation. Ce dernier passera toute la semaine de réclusion avec son poulain dans le bois sacré. La cérémonie est exceptionnelle car, contrairement à l’usage, elle ne concerne qu’un seul individu.

La soumission à Samori

Devenu chef légitime par le Tiologo, il rompt avec Sikasso et se rallie à l’almany, non sans avoir comparé les forces de Babemba à celles de Samori.
A chaque récolte, des paniers de riz, de maïs et de mil sont acheminés vers les garnisons de Samori.
Les Tiembara de Korhogo se sont débarrassés de l’emprise de Babemba, mais ils se retrouvent sous un joug encore plus pesant.

La soumission aux Français

Péléforo Gbon Soro sait que la force des Français est supérieure à celle de Samori. Las de la fourniture de vivres exigés par Samori, il décide de se soumettre aux Français. Comme il l’avait fait envers Samori, il envoie une importante quantité de vivres aux troupes françaises à Kong, occupé en 1898, puis se présente au capitaine Pineau en lui donnant des précisions sur les positions de Samori installé à Féguéré.
Grâce à lui, le capitaine Pineau réussit à mettre la main sur tout le pays Sénoufo. Le cercle du Haut-Bandama sous autorité militaire est créé en 1900.

La conversion à l’islam

Peu après l’arrivée des Français, sous l’influence des Mandé-Dioula, Péléforo Soro modifie son nom en se convertissant à l’islam. Il remplace Soro par son équivalent mandingue Coulibaly.

Les dates importantes

1905 : Gbon Coulibaly est nommé chef de canton avec l’avènement du régime d’Administration civile.
1913 : Gbon Coulibaly est invité avec les autres chefs de canton à l’inauguration de la gare ferroviaire de Bouaké en présence du gouverneur général William Ponty venu spécialement de Dakar pour présider la cérémonie.
1922 : Gbon Coulibaly et Lalourgo, chef de Sinématiali, sont invités à l’exposition coloniale de Marseille.
1938 : Gbon Coulibaly est fait officier de l’ Étoile noire du Bénin. Mais avant de se rendre à l’exposition de Marseille, il est fait chevalier de la Légion d’honneur.
1942 : Gbon Coulibaly est nommé chef de province des Sénoufo.
1943 : Son fils Bemba Coulibaly est nommé chef de canton de Korhogo.
1944 : Gbon Coulibaly rencontre Félix Houphouêt-Boigny et approuve la création du Syndicat agricole africain.
1945 : Il fait voter tout le peuple sénoufo, à l’exception des Nafambélé de Sinématiali, pour Houphouêt-Boigny aux élections à l’Assemblée constituante.
1946 : Adhésion de Gbon Coulibaly au PDCI et au RDA.
1949 : Vaine tentative du gouverneur Péchoux de détacher Gbon Coulibaly du RDA.
1962 : 19 septembre : Mort de Gbon Coulibaly à l’âge de 102 ans. Le président Houphouêt-Boigny l’élève à titre posthume à la dignité de grand officier de l’Ordre national.