Donatien Angré, le père du quartier Angré

Donatien Angré Kangabri est né le 1er janvier 1917, à Abobo-Té, un village Ebrié. Son père, Kangabri Angré et sa mère Yacrébié Bétchan sont nés là, eux aussi.

A l’époque, Abobo-Té était encore un petit village isolé d’Abidjan. D’ailleurs, Abidjan, la capitale économique se résumait aux quartiers d’Adjamé, Treichville, Plateau et Cocody-centre… Les autres communes n’étaient encore que des «villes» satellites, séparées du centre-ville par la forêt. Le quartier d’Angré (qui n’existait pas encore) était constitué de vastes plantations de café, de cacao, de palmiers à huile, etc. C’étaient les propriétés des habitants d’Abobo-Té. Dont un certain Donatien Angré. Ses parcelles se situaient aux emplacements actuels de la CNPS et la station de traitement d’eau de la SODECI.

Mais bien avant d’être planteur, Angré était d’abord un éleveur de volailles et de bovins. Il avait acquis une belle réputation dans ce domaine, avec un cheptel estimé à une centaine de bœufs. Ce qui faisait de lui un homme prospère. Pour diversifier ses affaires, Angré décide de se lancer dans le transport. Il achète une trentaine de taxis. Ainsi que de nombreux «gbakas» qui assurent la liaison entre Abidjan et des villes de l’intérieur. Mais un jour, Angré va être victime d’une violente agression. Des bandits armés s’introduisent chez lui. Pour l’intimider, l’un des brigands lui tire dessus. Angré reçoit la balle à la hanche. Les bandits font main basse sur la recette de la journée ainsi que tout ce qu’ils peuvent prendre, avant de fondre dans la nature. «Suite à cette agression, notre père a vendu tous ses véhicules et a quitté le milieu du transport», explique Géneviève, une de ses filles.

Après cet épisode douloureux, l’homme se consacre à ses élevages, en plus de ses fonctions de notable auprès du chef d’Abobo-Té. Ce n’est qu’a la fin des années 70 qu’il décide de se tourner vers la culture du café et du cacao. Et ça tombe bien ! A ce temps-là, ces deux produits étaient bien vendus, en raison de la forte demande sur le marché mondial. Angré devient propriétaire d’une vingtaine d’hectares. En quelques années, sa production lui permet de participer à la «Coupe nationale du progrès», une compétition instaurée à l’époque par le Président Félix Houphouët-Boigny (lui-même planteur) pour encourager et inciter les agriculteurs au développement économique. Cette année-là, Angré termine 3ème au plan national.

Entre-temps, au fil des années, la ville d’Abidjan s’est agrandie au point d’atteindre Abobo-Té et les champs avoisinants. La mairie d’Abidjan et le BNETP (Bureau national d’études techniques et de développement) prévoient un plan d’extension de la capitale. Les «frontières» entre les communes disparaissent. Les zones autrefois inhabitées font place à des constructions. Cocody n’échappe pas à la règle. Les plantations de Donatien Angré et celles d’autres planteurs sont absorbées par le projet. C’était dans les années 80. Après négociations avec les paysans de la zone, les autorités décident d’attribuer le nom de l’un des planteurs au futur quartier, en guise de reconnaissance. Problème : ils sont nombreux. Qui choisir ? Finalement, on trouve une idée toute simple. Ce sera celui qui possède la plus grande parcelle. C’était celle de Donatien Angré ! C’est ainsi que son nom fut retenu officiellement en tant que dénomination de ce quartier.

Donatien Angré est décédé le 24 août 2004. Laissant derrière lui son nom à sa progéniture et à tout un quartier.

Par François Yéo