La femme nourrice ou Eta en Agni

En pays akan, toute naissance est une joie. C'est la victoire de la vie sur la mort. La femme qui vient de donner la vie est l'objet d'un soin particulier. Après huit mois de grossesse, elle quitte son domicile conjugal pour rejoindre ses parents afin d'accoucher sous le contrôle de sa mère.

Après l’accouchement, pendant trois mois, elle est l’objet de tous les soins afin d’être bien nourrie pour allaiter son bébé et le maintenir en bonne santé, mais aussi pour se préparer à être encore plus belle et désirable pour son époux. Avec le soutien financier de ce dernier, la femme va vivre des moments exceptionnels chez ses parents. Pendant trois mois, elle ne quitte pas le domicile parental. Après deux semaines, elle peut sortir mais pas en dehors des limites de la concession familiale. Pendant ce temps, plusieurs fois par jour, elle est lavée, massée, ointe d’huile de palme blanchie au feu, parfumée de plantes odorantes.

Un champignon blanc connu sous le nom de opouê en abouré ou bakafoué en Agni (Lentinus tuberregium), aux vertus embellissantes et grossissantes, lui est appliqué. La nourrice reçoit aussi des bains de vapeur parfumés.

À la fin du troisième mois, elle est enfin autorisée à sortir. Cette sortie se fait en plusieurs phases.

Phase 1
La nourrice est autorisée à se rendre en famille, au marché, chez ses amies. Elle peut même aller saluer sa belle-famille. Recouverte de la poudre de champignon blanc à laquelle on adjoint des plantes odorantes et du musc de civette, elle est vêtue de la tenue traditionnelle: des pagnes superposés en escalier, noués aux reins, autour d’un coussinet posé sur les fesses pour donner du volume et accentuer la cambrure. Un tissu noué à l’arrière recouvre les seins. Une bande de kita en guise de gaine qui lui maintient la taille lui permettra de retrouver la ligne Elle est maquillée au kaolin, avec des motifs divers généralement géométriques, sur le visage et sur tout le corps.

La coiffure est constituée de tresses généralement disposées en arc de cercle et réunies en grappe. Les bijoux sont essentiellement des perles de verre, de plastique ou de graines végétales, qu’elle porte aux poignets, au cou et en dessous des genoux. Un collier spécifique porté à cette occasion est constitué de perles à six rangs, fait de graines végétales enfilées et se terminant par deux grosses boules en fibres végétales servant de médailles. Ces deux boules peuvent être remplacées par un rectum de civette séché, très parfumé. Sur l’épaule droite, un coussinet et à la main, un foulard noué comportant les changes du bébé.
Dans cette tenue, elle sort saluer ses connaissances qui lui font des cadeaux en guise de félicitations.

Phase 2
Elle est parée de deux pagnes kita blancs, l’un autour des reins, l’autre au-dessus des seins, et de bijoux argentés pour continuer ses visites à ses connaissances et, pour les temps modernes, se rendre à l’église.

Elle est maquillée de motifs au kaolin sur tout le corps.

Phase 3
Elle intervient une semaine après la phase 2. La nourrice est richement vêtue, de pagnes de couleur or, de bijoux en or de grande valeur, les cheveux finement coiffés et recouverts d’or. C’est un étalage de richesse, qui montre la capacité de la famille et de l’époux.

À la fin du quatrième mois, la nourrice peut rejoindre son domicile conjugal.

Pendant cette période, elle prend de l’embonpoint, ce qui fait la fierté de sa famille et de son époux.

Source: mairieabengourou.ci