Cérémonie d’adoration des monts « Mafa »

Les monts « Mafa » sont situés a 8 km au Sud de Bécédi-Brignan, entre le village de Mafa-Mafou et Bécédi-Brignan. Il s'agit de deux sommets élevés, massifs granitiques qui se retrouvent « mystérieusement » dans une zone qui a un relief non montagneux, avec une végétation dense et humide de type hygrophile. Les monts « Mafa » se présentent sous deux formes. Selon la croyance du peuple de la localité:

– L’une serait une entité mâle avec pour caractéristiques, une surface plus aplatie et moins haute d’une altitude de 600 mètres. Les voies d’accès à ce site sont très broussailleuses rendant difficile la montée. Ce site réputé dangereux avec la densité de sa végétation, abriterait de grands fauves et des espèces floristiques endémiques très prisées par les féticheurs et guérisseurs. Mais aussi, il s’y trouverait, des vestiges ancestraux et des créatures mystérieuses. Ce site est, dit-on, doté d’un énorme pouvoir dont il n’hésite pas à en fait la démonstration pour décanter une situation extrêmement difficile ou pour punir quiconque le défie et le met en doute. Il serait moins « tolérant » envers les personnes de mauvaises intensions contrairement à la femelle qui semble t-il, est plus « compréhensive ».

– L’autre serait la femelle, d’une altitude de 800 mètres, qui à une forme ovoïde et une surface conique. On y trouve un grand champ d’ananas qui pousse. Ce site est facilement accessible et fait l’objet de plus de montées. A son haut, se trouve une coupelle naturelle abritant une petite source d’eau intarissable, quelques soient les saisons sèches. Cette eau serait dotée d’un pouvoir magique de protection et de résolution miraculeuse de toutes sortes de préoccupations qui lui sont soumises.

Légende et Historique

Le peuple de Bécédi-brignan reste attaché au mystère de la légende des monts « Mafa » dont le récit, aussi diversement interprété, à pour fondement commun que le site actuel des « Mafa » serait autrefois, des villages d’un peuple caractérisé de très méchants, inhospitaliers et fétichistes qui auraient été de ce fait, ensevelis par ces monts. C’était au cours de la fête des ignames que chaque famille apporta de la nourriture et de la boisson pour communier et partager ensemble les repas. Le matin de la fête, les villageois se régalèrent et s’amusèrent dans la jouissance. Ce fut à ce moment qu’un jeune homme laid, tout couvert de pian fit son apparition dans le village pour festoyer avec les villageois. Mais ceux-ci, le refoulèrent à coup de pierres et de bâtons à cause de son odeur insupportable et de ses plaies sur tout le corps. Seulement, un vieux du nom de « bofé » accepta le jeune homme et le fit asseoir sur ses cuisses. Les villageois refusèrent toutefois, de partager leur vin de palme communément appelé « Bangui » avec l’étranger dans un même cop (« Kpako »). Le vieux intrigué par le comportement des siens appela l’une de ses filles pour lui apporter un autre cop. On servit alors le « Bangui » au mystérieux étranger dans ce « kpako » avec lequel Bofé partagea la boisson. Le jeune homme était venu avec un récipient du nom de « Bichi » dans lequel le vieux Bofé renversa sa part de boisson pour montrer sa générosité envers l’étranger. Il lui nettoya en outre, le corps couvert de pian et de plaies avant que l’étranger ne demande à partir. Bofé dans le souci de le protéger décida de l’accompagner hors du village. A quelques mètres de la sortie du village, le jeune homme se transforma mystérieusement, en un grand génie bienfaisant communément appelé « Kaman ». Ce génie conseilla alors à Bopé tout apeuré, de quitter le village avec toute sa famille à l’aube, avant le champ du coq. Bofé s’exécuta selon les instructions du génie et alla s’installer à environ dix km vers le côté Nord du village, dans le rayon de l’actuel site du village de Bécédi-brignan. Mais hélas, sans l’une de ses filles qui se refusa de partir à cause des festivités. Vers l’aube quand le vieux Bofé, ses enfants, ses gendres et ses belles filles eurent quitté le village, ce fut à ce moment précis que se produisit un phénomène extraordinaire. Une pluie de feu de pierres s’abattit sur le village, ensevelit tous les habitant y compris la fille de bofé qui ne pu s’échapper à temps. Le village qui était structuré en cases deux rangées fut englouti pour donner place à ses deux dômes sacrés appelés « Mafa » qui font depuis lors, objet de culte d’adoration. Les « Mafa » représenteraient ainsi pour le peuple Akyé de Bécédi-brignan, une expression matérielle de la puissance des forces de la nature. Une marque symbolique du courroux de la divinité suprême en représailles aux personnes de « mauvaise foi et méchantes » qui, à travers ces monts, devront dorénavant, s’en souvenir et transmettre à leurs descendants, sur des générations, cet enseignement pour cultiver le bien.

Culte d’adoration et excursion touristique

L’acte sacré de reconnaissance et de magnification du pouvoir de ses monts en tant que patrimoine ancestral et protecteurs du peuple Akyé de Bécédi-brignan s’est perpétué au cours du temps. Ainsi, l’adoration des « Mafa » est assurée par les descendants de la famille « Mafa seumin » dont est issu M. Akaffou N’cho Basile dit « Achipké », l’actuel sacrificateur principal. Son service a commencé depuis 1984, après avoir succédé à bien d’autres, et ne pourra prendre fin qu’à sa mort ou en cas d’incapacité avérée. Il joue le rôle de gardien du site et de médiateur entre les génies et la population.

La cérémonie d’adoration des « Mafa » se faisait à ses débuts pour répondre à des besoins spéciaux de personnes individuelles ou de petites familles qui nécessitaient de ce fait, un nombre restreint de participants pour procéder, dans le plus grands secret aux grandes incantations et sacrifices appropriés qui donnent des résultats escomptés. Dans cette perspective, il s’est avéré qu’à chaque fin de vacances, il est proposé des cultes spéciaux aux élèves et étudiants qui devraient reprendre le chemin de l’école dans leurs établissements respectifs, souvent éloignés du village. Au fur et à mesure, cette habitude s’est installée et s’est inscrite au chapitre des activités socioculturelles des jeunes, donnant lieu à des invitations d’amis, de camarades et autres qui saisissaient l’occasion pour y participer. C’est à partir de là que l’excursion collective a commencé par prendre forme.

Les échos et les témoignages des participants à ces cultes ont fini par attirer la curiosité et c’est à partir de Septembre 1996 avec l’excursion organisée par l’amicale des étudiants de Bécédi-brignan que cette dimension touristique va davantage s’exprimer. Dans la même année, l’artiste musicien ivoirien Meiwey découvre le site qu’il sollicite pour le tournage de son clip « les génies nous parlent ». Cet album connait un grand succès mondial et contribue en même temps, à promouvoir les monts « Mafa » qui deviennent ainsi, une destination prisée par des centaines de milliers de personnes à travers le monde.

A côte du caractère sacré et des vertus mystiques, magiques et naturo thérapeutiques qui les caractérisent, les « Mafa » se présentent pour certaines personnes, comme un lieu de découverte touristique. On note que la dimension touristique qu’a prise cette cérémonie est un facteur essentiel qui contribue à faire de ce patrimoine, un potentiel déclencheur du développement de la localité. Cette dimension touristique se caractérise par un afflux de personnes dans le village chaque année dans le mois de Septembre, période durant laquelle s’effectue l’excursion sur les « Mafa » ouverte à tous, dans une ambiance festive. A côté de cela, il y a des cultes d’adoration et des visites touristiques particulières sollicitées par des personnes de manière individuelle avec leurs familles, des communautés ou des organisations professionnelles et autres. Ces cultes peuvent se tenir tout au cours de l’année, toutefois que l’autorisation d’y aller est accordée par les génies et mânes de ce patrimoine à travers un rituel sacrificiel effectué par le principal adorateur des « Mafa ». Toute cette activité à relent touristique permet assurément, au village de Bécédi-brignan d’engranger des ressources financières et un capital humain qui a un impact sur les déterminants socioéconomiques et culturels de la localité.

Dr AKAFFOU Yao Saturnin Davy
Extrait de « Monts « Mafa » de Bécédi-brignan en Côte d’ivoire : un patrimoine ancestral, facteur de développement local »

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