Le masque « Gla klagba ou gnonkpo gla »

Il s'agit de la danse sacrée liée à la sortie du grand masque gla klagba (gla « masque », klagba « grand ») ou gnonkpo gla (gnonkpo « guerre », gla « masque »). Ce masque se trouve au sommet de la hiérarchie de tous les masques niaboua70. D'une forme imposante, il a les yeux protubérants, au pourtour surchargé de clochettes glé, d'objets métalliques. Il porte une très grosse jupe de raphia gla dro, et sa coiffe est faite de plumes d'oiseau.

Pour aller sur la place publique, les chanteurs vont le chercher à l’intérieur de l’enclos (où ont lieu des rituels) et l’escortent. Tout le village est en mouvement et plusieurs coups de salve sont tirés. D’une démarche lente et majestueuse, il s’avance en tenant en main une grande canne en bois ou en bambou kôtou, un sabre gladjrè. Il exécute quelques pas symboliques. Il sort de façon épisodique pour des cérémonies rituelles. à la fin de la fête rituelle il bénit tous les membres de la famille ou du clan. C’est lui qui attire les faveurs des ancêtres sur chacun, car il est lui-même ancêtre. C’est lui qui éloigne de tous les calamités que sont les épidémies, l’infécondité, les mauvaises récoltes…

Il est donc l’élément stabilisateur de la société. Selon A. Gnonsoa, « ces masques sont souvent les plus anciens. Apparus les premiers dans une famille, dans un clan, ils ont donné naissance à d’autres masques […]. D’abord masques danseurs, guerriers ou encore chanteurs, à cause de leur âge et de leur expérience, ils deviennent masques sacrés et ont alors un rôle religieux et juridique. » Selon cet auteur, « c’est son rôle religieux qui explique la mobilisation de tous les jours de la sortie du masque sacré, parce que cette sortie apporte la sécurité, l’abondance et le bonheur. Moment de retrouvailles, cette occasion rassemble tous les membres de la famille ou du clan. à la fin des cérémonies, chaque participant émet des voeux pour lui et pour tous ceux qui lui sont chers et reçoit des mains du masque sacré le kaolin purificateur. » à Gorodi, le masque sacré porte le nom de yadi gla73. Il est accompagné par des musiciens qui jouent des hochets-sonnailles sablé et deux instrumentistes dont un joue une trompe traversière en corne d’antilope guingbo et l’autre un tambour à une peau lacée gla gbolo. Il est entouré par deux accompagnateurs qui se différencient du commun des hommes par un habillement différent et une coiffure spéciale. Lors des manifestations, il essaie de frapper son entourage avec sa canne kôtou.

Yadi gla est également un masque guerrier et de justice. Il sort une fois par an pour adorer les divinités des rivières sacrées djinonkô et sékpeiplou. Il sort également lors du décès du responsable du masque et règle les conflits entre les villages voisins. à Domangbeu ou V , le masqué sacré s’appelle tout simplement gla klagba. Au sujet du rôle d’arbitre et de juge du masque sacré, A. Gnonsoa écrit ceci : « Le masque inspire la crainte. Néanmoins son impartialité est légendaire ; il connaît le droit et l’applique sans discrimination ; il est lui-même législateur. Voilà pourquoi lorsque deux parties entrent en conflit armé, le masque sacré peut prendre sur lui d’intervenir ; le plus souvent, il est sollicité par les plus faibles. Lorsque le masque décide de s’interposer, il peut envoyer sur le champ de bataille un masque guerrier qui, en son nom, ordonne aux belligérants de cesser les combats.

Aussitôt les armes se taisent et les différentes parties s’expliquent devant le masque sacré assisté de ses juges. » J. Girard nous instruit également sur le rôle justicier des masques sacrés : « Ses sorties de justicier sont toujours précédées d’un essai ; il parcourt le village en ses habits d’homme et portant avec lui ses plus forts konhou (fétiches).

Il est interdit aux femmes de le voir, aussi bien en sa tenue masculine, que lorsqu’il est en train de se vêtir, ou de se dévêtir. Par contre, elles peuvent voir le masque dans son costume. »

La langue wè est couramment utilisée dans les chants rituels liés à yadi gla, afin de montrer que cette institution traditionnelle est originaire de cette région. Ceux qui l’animent ne jouent pas à l’homme ordinaire et ne peuvent parler comme le commun des mortels. Ils s’expriment dans une langue mystique en l’occurrence le guéré.