A la découverte des Gouro

Les Gouro occupent un territoire situé au centre de la Côte d'Ivoire et sont entourés par les Bété à l'Ouest, les Gagou au Sud, les Baoulé à l'Est et les Malinké au Nord.

D’origine mandé et parlant la langue mandéfou, ils ont pénétré depuis plusieyrs siècles dans la zone forestière, d’où un certain nombre de tribus importantes on émigré, au XVIIIe siècle vers l’Est, jusqu’à l’actuelle ville de Bouaké. Par la suite ils furent repoussés par les Baoulé jusqu’en-deçà du Bandama-Blanc. L’habitat des villages gouro est donc mi en forêt mi en savane, avec une densité très variée.

Les Gouro ont en partie chassé, en partie assimilé les petites populations Gagou, Wan et Mwan. Mais d’autre part, ils ont subi eux-mêmes d’importantes infiltrations bété, malinké et baoulé. Il semble acquis que les Gouro ont transmis aux Baoulé l’art de la sculpture sur bois et la technique du tissage que les Baoulé ont ensuite réinterprétés selon leur génie propre.

Connus surtout comme sculpteurs de masques, de statuettes et de poulies de tisserands, les Gouro sont aussi de remarquables chanteurs. Hommes et femmes se produisent alternativement lors des enterrements, des fêtes de funérailles et des sorties de leurs masques respectifs.

L’ethnie gouro comprend une quarantaine de tribus, groupements territoriaux comportant plusieurs villages et qui assument des fonctions surtout guerrières et économiques. Ces tribus sont généralement composés de familles étendues patrilinéaires d’origines différentes et unies par des liens d’alliance. La même hétérogénéité se retrouve au niveau des villages.

Organisation sociale: les Gouro ne connaissent pas de chefferie institutionnalisée ou héréditaire. Un conseil des anciens règle les conflits aux niveaux de la famille, du village ou de la tribu. Des guerriers au pouvoir éphémère prennent la conduite de guerres qu’ils ont souvent eux-mêmes déclenchées.

Les sociétés de masques ont des fonctions sociales autant que religieuses. Les plus connues sont le Gyè, le Zamblé, le Goli auxquels seuls les hommes sont initiés, tandis que dans la partie septentrionale du pays seulement, les jeunes filles sont excisées et initiées à la société des femmes kenè.

Ces sociétés partagent une autre partie du pouvoir de coercition et de contrôle politique avec les détenteurs des cultes gi, vro et yunè. Le culte rendu à la terre du village soit par le descendant des premiers occupants, soit par le plus renommé du groupe, soit par celui qui est généalogiquement situé le plus près de l’ancêtre, soit par celui que le recours ç la divination a désigné, ne confère aucun pouvoir particulier au sacrificateur. Il en est de même des sacrifices que certaines familles rendent à un arbre, une rivière, une pierre, etc.

Un homme enrichi par les activités traditionnelles – chasse, tissage, cultures des champs vivriers, commerce, forge ou même guerre – et qui parvient à contrôler un nombre important de dépendants: parents, alliés ou clients, est dit migonè ou fwa, c’est-à-dire « roi » ou « richard ». La générosité à laquelle son statut astreint le migonè lui interdit d’accumuler une quantité excessive de biens; après sa mort, les dépenses de funérailles faites en son honneur appauvrissent son groupe familial au point qu’il est très rare que le fils ou le frère d’un migonè soit considéré comme tel. Tout en permettant aux individualités fortes de s’exprimer, cette institution ne met donc pas en danger le caractère égalitaire de la société gouro. Les biens et l’autorité se transmettent au sein d’une famille étendue de type patrilinéaire, du frère aîné au frère cadet, puis à l’aîné de la génération suivante. Une grande importance est cependant accordée aux relations avec la famille maternelle: les neveux fils de sœurs (yourougonè) doivent enterrer leur oncle maternel, en échange de quoi ils jouissent d’un droit de pillage dans la cour de ce dernier. Les mêmes yourougonè sont appelés auprès de leur oncle quand l’épouse de ce dernier a commis un adultère et doivent égorger le poulet du sacrifice expiatoire offert à la terre. La famille maternelle sert de refuge à qui se trouve, volontairement ou non, exclu de sa famille paternelle.

Lors de guerres, les neveux des camps en présence servent d’ambassadeurs et de médiateurs.

Dans le mariage gouro, les parents paternels de la future épouse cèdent une de leurs filles ou sœurs à la famille du futur époux en échange de pagnes, animaux, bro (monnaie traditionnelle en fer actuellement remplacée par de l’argent). Les parents de l’épouse ont une créance quasi illimitée sur ceux du mari qui doivent renouveler leurs cadeaux au moment de chaque décès survenu dans la famille de l’épouse. De plus, la famille du mari n’est assurée du contrôle des enfants issus du mariage que lorsque, l’épouse étant décédée, ses parents paternels ont accepté une prestation finale, le « paiement du cadavre », qui seule scelle définitivement le mariage. Dans un tel contexte, les relations entre époux sont tendues. Les relations entre alliés – agressives, les relations entre oncle maternel et neveux utérins – ambiguës. L’introduction des cultures commerciales – café, cacao, coton – a permis un afflux de monnaie qui, surtout dans le sud du pays gouro, est une des causes de l’instabilité des mariages.