Bécédi-Brignan : A la découverte des Monts Mafa

Bécédi-Brignan est une localité nouvellement érigée en chef-lieu de Sous-préfecture depuis 1997. Situé dans le Département d'Adzopé et à 75 Km d'Abidjan, ce gros village possède en son sein un patrimoine touristique qui mérité d'être promu : les Monts Mafa.

Historique
Autrefois, les Béchiéduns (les originaires de la Sous-préfecture de Bécédi-Brignan) vivaient dans un petit hameau perdu dans la grande forêt giboyeuse des rives du Mafou, sur l’emplacement actuel des Mafas.

C’était un peuple de méchants, de fétichistes et dont la mauvaise vie indisposait fortement les voisins. Partout, on se plaignait d’eux. On les maudissait à longueur de journée. Toutes ces plaintes, ces murmures, ces soupirs et ces imprécations qui s’élevaient contre eux parvinrent bientôt aux oreilles de Dzeu, le Grand Odominga, le Dieu tout-Puissant, qui décida de les éprouver afin d’arrêter les mesures qui s’imposent.

Il choisit un dimanche, jour où tous les Béchiéduns se trouvaient au grand complet au village. Les hommes, après avoir adoré leurs fétiches, dégustaient paisiblement le bon bangui; gesticulaient inconsidérablement et riaient à gorge déployée sous l’arbre à palabre. C’est ainsi que Dzeu leur apparut subitement sous la forme répugnante d’un petit garçon couvert de pians avec une escorte de mouches. Une soif dévorante lui torturait le gosier. Il se dirigea aussitôt vers les hommes et demanda humblement à boire par pitié.

Mais jusqu’à l’unisson, nos hommes, déjà surexcités par l’alcool, éclatèrent en injures et en insanités de toutes sortes à l’endroit de l’étrange inconnu. D’autres, à l’aide de bâton, de chasse-mouche et de poignée de sable, le ruèrent de coups qui le firent saigner atrocement. Ils ne pouvaient admettre qu’un étranger et, pire encore, une saleté de cette nature ait le courage de demander à boire le bangui dans leur unique kpako (gobelet pour servir le bangui).

Le pauvre enfant cherchait vainement à sortir de la foule qui s’épaississait autour de lui, lorsqu’un homme, du nom de Seubi Bofé qui n’avait pas pris part au mouvement, réussit à l’extraire. Il le conduisit à son domicile, barricada sa porte pour le couvrir des coups qui continuaient à pleuvoir. Il lui donna ensuite à boire dans son gobelet de famille et nettoya le sang qui coulait de ses ulcères. Lorsqu’il se sentit un peu à l’aise et en sécurité, le pauvre petit garçon décida de regagner la forêt et demanda à son protecteur de l’accompagner.

C’était le moment décisif. A l’orée des bois, tous les pians de l’enfant disparurent. Il se transforma en un beau jeune homme au teint fortement clair et qui, sous les yeux de Bofé, commençait à grossir sans arrêt. Son corps prenait des proportions de plus en plus démesurées. Son teint de plus en plus clair illuminait toute la brousse comme sous l’effet d’une fournaise magique. Bofé compris alors qu’il avait affaire à un Kaman, un grand génie de la brousse. Il tremblait de frayeur au pied de son compagnon dont il n’atteignait plus le genou. Tout était devenu calme dans les environs. Et c’est là que le colosse prit la parole: « Bofé! Demain, dès l’aube, tu prendras ta femme, tes enfants, tes bêtes, tous tes biens. Tu quitteras ce village de mécréants et tu monteras vers le Nord à une douzaine de kilomètres d’ici. Tu t’arrêteras sur ce vaste plateau que baignent le Kpanda et l’Ayilè (ce sont deux petits cours d’eau de Bécédi-Brignan), car c’est là que s’épanouira désormais ta vie de digne créature de dzeu, le Tout-Puissant. Obéis et surtout respecte l’heure, car quelques minutes après ton départ, il y aura calamité ». Le Kaman disparut sur ces mots mystérieux et Seubi Bofé rejoignit sa maison dans une course effrénée.

Toute la nuit, il informa sa famille de la grande nouvelle et prépara fiévreusement ses bagages. Dès l’aube, il était prêt à conduire son monde vers la terre promise. Mais à son convoi manquaient sa fille aînée qui refuse de partir et le plus gros de ses coqs qu’il n’avait pas pu saisir. Comme il ne fallait pas perdre de temps, il fut obligé de partir.

A peine Bofé et les siens eurent-ils franchir 6 km sur l’itinéraire sacré que l’inévitable commença à se produire. Le ciel s’assombrit brusquement et le tonnerre gronda sept fois comme pour rappeler la durée de la création du monde. Puis, une lourde pluie de pierres fondues à température infernale s’abattit impitoyablement sur le maudit hameau. Les deux rangées de cases qui le composaient furent séparément ensevelies, donnant ainsi naissance aux deux Mafas.

Pendant ce temps, Bofé et sa suite continuaient paisiblement leur bonne vie sur cette « terre promise » qui devint BECEDI-BRIGNAN d’où sont parties les Béchiéduns, les populations de BECEDI-ANON, MAFFA-MAFOU et MOPE.

Pour manifester sa gratitude envers Dzeu, le Tout-Puissant, Bofé adorait régulièrement les Mafas. Ses descendants continuaient la tradition jusqu’à nos jours. Cette pratique a toujours conservé aux Mafas leur puissance qui se trouve encore dans le pouvoir magique de leur intarissable petit lac.

Mafas, site touristique, d’adoration et de merveilles
Aujourd’hui les Mafas, adorés par les membres de la famille Maffa Seumin, sont devenus un pôle d’attraction ou, mieux, un pèlerinage, un lieu de retraite spirituelle et d’excursion dans le département d’Adzopé voire dans toute la Côte d’Ivoire (pour ceux qui le connaissent). Ces monts, par leur caractère sacré, procurent des merveilles aux filles et fils du village et même aux visiteurs et excursionnistes « croyants ». Chacun y va pour prendre sa part de bénédiction dans le petit lac intarissable. Le cas le plus patent est le bref séjour de l’artiste MEIWAY sur les Roches pour le tournage de son clip « Les génies vous parlent », lequel clip lui permit d’être quatre fois lauréat en 1998 aux éditions Cora et Africa Music Awards.

L’excursion qui se déroule une seule fois dans l’année peandant les vacances scolaires, se fera cette année 2006 le samedi 16 septembre à 8 heures sous la direction de diverses associations de jeunesse de la région.

Source: ATSE N’CHO Jean-Baptiste, Bécédi-Brignan, regards sur un village akyé