Historique de Grand-Alépé

A l’origine on appelait Lépin les ancêtres des ressortissants des villages actuels de Grand-Alépé, Memni, et Montézo. Il y a au moins trois (3) versions concernants l’origine de ce nom. Selon une, il vient du Génie tutélaire Lé. Les Lépins étaient ceux qui voulaient un culte au génie Lé, les gens du génie Lé.

Selon une autre, les Lépins étaient des personnes conduites du Ghana par un leader Alé.
Une troisième version est entrain de faire son chemin dans notre département. Nous la recopions intégralement telle qu’elle se trouve dans un cahier de recherche écrit par un prête missionnaire français dont le titre est: Vieux souvenirs transmis par les anciens.

Le chapitre en question commence ainsi «Relations avec les Dans, origine du mot Lépin.
Les derniers arrivés nouèrent des relations avec les Dans. Ceux-ci depuis un certains temps dans la contrée, avaient des petites plantations et ils pouvaient rendre service à leurs voisins.

Seulement le langage de chacun était différent et on se comprenait difficilement. Aussi lorsqu’on voulaient faire des échanges ou des achats, les Dans refusaient de prendre ce qui leur était offert. Leur refus se traduisaient par ces mots revenants souvant se traduisaient par ces mots de leur langue: «elle pain ». Ce n’est pas à payer. Ces mots revenant souvent chaque jour servit à les désigner; d’où le nom de «Lépin» qu’ils ont conservé chez leurs voisins, et celui d’Alépé (corruption du 1er) que leur ont donné les européens »

La version la plus vraisemblable est – à notre avis – la première et cela pour deux raisons.

Premièrement les concernés se refèrent à eux-mêmes en tant que Lépin, «les gens de lé ». Alépin, «les gens d’Alé» n’existe pas dans leur langage, leur est inconnu.

Deuxièment, ils ont donné le nom de ce génie à un des tous premiers sites qu’ils ont habités comme nous le verrons un peu plus loin.
Après ces informations concernant l’origine de leur nom, suivons les Lépins dans leurs pérégrinations.

Les Akyé qui habitaient le Ghana actuel en compagnie des Ashanti, Baoulé, Agni, etc. prirent la fuite entre la fin du dix-septième (17ème) siècle et le début du dix-huitième (18 ème) à la suite d’une querelle qui les opposa aux ashanti. Ils vinrent s’installer à Asseudji dans l’actuel Sous-préfecture d’Afféry. C’est là qu’ils dispersèrent. Les Lépins prirent la direction du Sud puis s’établirent sur le site actuel du village d’Oguédoumé.

Des années après, ils en furent chassés par les Gwa ou M’Batto en provenance de Gomon. Sous la pression constante de ces ennemis, les Lépins occupèrent successivement différents sites peu éloignés les uns des autres.

– Lékoi qui signifie le village de Lé, en l’honneur de leur génie tutélaire peut se localiser dans les environs du village actuel de Domolon (Oghlwlapo). Le terrain leur fut octroyé par Gogo Tanou (que les Gwa appellent Gogo Donou), un homme qui formait un couple étrange avec OYOMO une femme ayant une queue.

– Bochibètoua se trouve probablement en bordure du ruisseau N’Gui;

– Mounin-lc-toua. Ce site est ainsi appelé parce qu’Acassa Mounin, un des deux hommes envoyés en éclaireurs y a découvert une mare qu’on traduit par « lo » en Akyé. A environ cent (100) mètres plus loin se trouve le ruisseau Soboueuh découvert par son compagnon de mission, Kobié. Ce ruisseau a été pendant longtemps appelé Kobié-soboueuh.

Installés à Mounin-lo-toua les Lépin ne se sentaient pas en sécurité non seulement à cause de la menace permanente des Gwa mais aussi du fait de la trop grande proximité des Djin du village actuel d’Ahoutoué qui se trouvaient à Lodji. Ils les repoussèrent jusqu’aux abords du ruisseau Kassé. Cependant, toujours obsédés par le péril Gwa; les Lépins poursuivirent leur migration.

– Dzo-koi: Dzo-koi se compose de Dzo qui signifie cartouche et koi village. Il est ainsi appelé parce-qu’un commerçant Agni venait de Krindjabo y vendre des cartouches. C’est sur ce site qu’est le nouveau quartier où se trouvent actuellement les maisons d’AKE Aboa Paul, AKON Oboè Eugène, GOSSAN Josaphat…

– N’san-kun-fin qui signifie sur la colline de N’san, se trouve à promité du ruisseau Achaté.

– Bégbidji: N’san-kun-fin et Bégbidji n’étaient distants que de quelques mètres. Bégbidji signifie près de Bégbi qui est un ruisseau.

Le péril Gwa étant écarté, c’est là qu’Aboguié Kakou rassembla les Lépins qui jusqu’alors habitaient des campements éparpillés pour devenir.

Il y réinstitua le fokué. Il y créa un véritable village avec une rue centrale et des cases bâties à droite et à gauche de cette rue. Les données archéologiques en témoignent enore. Ce site vient d’être attribué à la Communauté du Chemin Neuf, qui y a implanté une croix. Les Lépins menèrent une vie paisible à Bégbidji. Au Chef Aboguié kakou succédèrent respectivement AMIAN Yapo, GUITE Adon, YAPI kopi et AGUIE Yapi Aguié. C’est sous le mandat d’AGUIE Yapi que vola en éclat l’unité des Lépins.

En effet, à la suite d’un suite incident ASSOKO Hogui (ou SOKO Guiégui) quitta Bégbidji pour aller fonder son campement. Prié de revenir il rétorqua « mi ti a mli » (ou « man mli » ) qui signifie en Agni « j’ai perdu la tête » (ou « je suis perdu »), c’est ce campement qui donna naissance à l’actuel village de Memni. Les habitants sont des « Memni-son».

Quelques années plus tard, un autre incident éclata et opposa le quartier des jeunes et celui des personnes âgées. A ce propos, il faut faire remarquer que les jeunes gens devenus matures après la grande sortie de leur fokué quittaient leurs parents pour aller construire leurs cases et créer ainsi leur propre quartier. Le quartier laissé aux personnes âgées prenait alors le nom de « Tsakoa koi ». Ainsi, suite à cet incident qui opposa les Lépins de ces deux quartiers, les personnes âgées conduites par Tsakoè Okaingni allèrent s’installer à Mounté-dzô c’est-à-dire en aval du ruisseau Mounté. Ils fondèrent ainsi l’actuel village de Montézo.

Ils fondèrent ainsi l’actuel village de Montézo. Après le départ de ces deux groupes pour créer les villages sus-cités, celui qui est resté dans la cité mère a gardé le nom originel Lépin. Les Lépins désavouèrent AGUIE Yapi Aguié pour avoir été incapable de préserver leur unité. Il le relevèrent de sa fonction de chef du village. Ils poussèrent la sanction si loin qu’ils jetèrent l’anathème sur tout le clan Beu dont il était issu en décrétant qu’aucun de ses membres ne deviendrait plus jamais chef du village. Ils confièrent l’intérim à son porte-parole AKPI Aboa du clan Keu qui l’assuma avec beaucoup d’éfficacité.

Plus tard les Lépins, furent obligés d’abandonner la cité mère parce qu’il y sévissait une épidémie de variole qui risquait de les exterminer. C’est ce malheur qui leur vaut le nom « Agbin » que leur attribuent leurs voisins pour signifier qu’ils ont été décimés, que leur village s’est vidé de ses habitants.

Ils se déplacèrent à Sokiodji dont le site n’est séparé du village actuel que par la voie bitumée. Sokiodji furent à son tour déserté parce que ravagé par un incendie provoqué par inadvertance par une femme du clan Bofountchê. Sa famille paya un lourd tribut pour cette infortune. Elle-même fut déportée à Eloka que les Lépins appellent Agou.

Néanmoins le site abandonné est devenu la propriété privée de sa famille qui l’a transformée en plantation de cacao. Bien plus tard des descendants de cette femme AWAGUIA et AKE MOBIO quittèrent Eloka pour Grand-Alépé. Mobio s’y maria et y passa le reste de sa vie Cette plantation de cacao lui fut donnée en héritage.
Actuellement, ce site mieux connu sous le nom de « Kouè-noun » vient d’être attribué à la Congrégation Don Orione.

C’est donc de Sokiodji que les Lépins vinrent fonder l’actuel village qui prit le nom de Grand-Alépé sous le mandat de leur onzième Chef : ADO Gossan. Comment cela advint-il?

Deux (2) frères, N’GUIA Akpi et N’GUIA Assémian du Clan Keu allèrent sur la rive du fleuve Comoé créer un campement : on l’appellait soit « Lépin-so-mun » (la rive des Lépins) soit « Counmoudji » (près du Comoé).

Des Français notamment ceux de la compagnie de Kong créée par Arthur VERDIER y venaient en longeant le fleuve avec de petits bateaux à vapeur.

Quand ils interrogèrent les deux frères sur leur village d’origine, ceux-ci répondirent Lépin. Déformant Lépin en Alépé ces Français baptisèrent le village d’origine de leurs interlocuteurs Grand-Alépé et leur campement Petit-Alépé. Certains faits tels que la date de la première expédition de l’explorateur Treich-Laplène dans la région montrent que la distinction entre Grand-Alépé et Petit-Alépé était déjà en vigueur en 1887.

Les Français entretenaient de bons rapports avec ADO GOSSAN, le Chef du village de Grand-Alépé. Ils signèrent un traité avec lui. A l’occasion de la signature de ce traité ils lui offrirent une canne.

Actuellement, on la sort lors des grandes cérémonies notamment l’intronisation d’un nouveau chef du village. Les Français contribuèrent au dévéloppement de Petit-Alépé en y établissant des comptoirs de commerce. Il est devenu successivement Chef-lieu de subdivision, Chef-lieu de Sous-préfecture enfin Chef-lieu de Département. Pour tenir compte de son statut actuel on l’appelle tout simplement ALEPE. Néanmoins, au plan de la tradition la chefferie d’Alépé demeure l’apanage des autochtones de Grand-Alépé. L’actuel chef est NIANGBO Ignace de la Génération des M’Béchué de la promotion de 1960.
La liste des prédécesseurs est la suivante :

– ADIA YAYA
– AHUI YAPO
– AKOU AYE
– MONSAN ACHI (de kossandji)
– OKPO ALPHONSE
– GOSSAN YAPO
– N’DOMAN LAZARE
– GUIETOUA BASILE
– AHO YAPI
– ALI ALEXANDRE
– MENIN AGUIE

Il a été mentionné plus haut qu’Apèmindji est un campement qui dépend de Grand-Alépé.

Voici comment il fut créé. AHOUA GOSSAN YAPO du clan GNOUHUN et de la Génération des DJIGBO de la promotion de 1890 montra un vif intérêt pour une forêt s’étendent en bordure du ruisseau Apèmin. Il décida d’y créer des plantations et de s’y installer. Il y fit venir ses fils : GOSSAN YAPO, GOSSAN AGUIA, GOSSAN AKE Cyrille dit Dèbè et son neveu N’DOMAN YAYA dit papa Konguiè. Celui-ci à son tour y attira ses neveux ABOUAN ABOA et OKPO AKOUN puis favorisa l’nstallation de plusieurs N’ZIMA. SIKA YAPO, un autre Gnohun s’y rendit aussi avec ses fils : YAPO SIKA KPE, YAPO AGUIE SUNFI, YAPO YAPI ABEU, YAPO GBAKE Emile et fit bon accueil à des personnes venant de Danguira.

Ainsi commença le peuplement d’Apemindji qui signifie littéralement près d’Apèmin qui est un ruisseau. Chaque famille avait sa case dans sa plantation. Des années après la mort d’AHOUA YAPO GOSSAN, le fondant, son fils GOSSAN AKE CYRILLE dit Dèbè proposa le regroupement des cases. Il offrit un terrain à proximité du ruisseau Foussô à cet effet et devint ainsi le premier chef d’Apèmindji.

Ce schéma rappelle le regroupement des campements lépin à Bégbidji par ABOGUIE KACOU qui devint ainsi leur premier chef.

GOSSAN Akè Cyrille dit Dèbè était de la Génération des Gnando de la promotion de 1926. Après sa mort survenue le 21 février 1976, il fut remplacé par KOFFI Dèchi de la Génération des Djigbo de la promotion de 1943. Depuis le 10 octobre 2003 ACHI Adon Michel de la Génération des M’Béchué de la promotion 1960 est le troisième Chef de ce campement.
Quant au village de Grand-Alépé il est actuellement à son trentième chef.