Le département de Boundiali

Après la crise de 2002 qui a meurtri le pays et conduit à une partition de fait de la Côte d’Ivoire entre sa partie septentrionale et sa partie méridionale, la ville de Boundiali s’est retrouvée sous le contrôle des Forces nouvelles de Côte d’Ivoire. Depuis les Accords de Ouagadougou signés en 2007 entre les protagonistes du conflit, l’administration gouvernementale s’est re-installée dans la ville et les projets de développement des infrastructures ont repris.

La ville, située à 9°32 de latitude nord et 6°29 de longitude ouest, fait partie de la grande Région des Savanes, la plus septentrionale du pays, frontalière avec le Mali et le Burkina Faso. Les villes les plus proches, qui sont aussi les chef-lieux des départements éponymes, sont Korhogo à 96 km et Tingréla à 120 km, dans la même région; Odienné à 180 km, dans la Région du Denguélé jouxtant la Guinée; Séguéla à 150 km et Mankono à 180 km, dans la Région du Worodougou. Elle est relié à toutes ces villes par des pistes en latérite. Elle se situe également à 800 km d’Abidjan, la capitale économique et plus grande ville du pays et à 600 km de Yamoussoukro, la capitale politique.

La fondation de la ville de Boundiali remonterait au xive siècle, selon la tradition orale locale rapportée par les griots dont c’est l’essentiel de la fonction sociale.

Administration
Une loi de 19781 a institué 27 communes de plein exercice sur le territoire du pays. Au nombre de celles-ci, figure Boundiali. La commune, collectivité territoriale, est administrée par un conseil municipal présidé par le maire.

Démographie
Dans la commune de Boundiali, en 1998, le Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH 98) a permis d’identifier, outre la ville, appelée également village noyau, 13 campements. Ensemble, ces entités abritaient 4 738 ménages. 29 848 personnes résidaient en ville et 274 dans les dits campements, soit un total de 30 122 habitants dont 15 273 hommes et 14 849 femmes. Ceci donnait un rapport de masculinité de 102,9 %.

Santé
La ville compte un hôpital qui a fait l’objet d’une réhabilitaion en 2005 pour un montant de 30 millions de F CFA, et une officine de pharmacie, la Pharmacie de la Bagoué. Comme dans de nombreuses villes en Afrique, l’hôpital ne fournit pas les médicaments. Il est nécessaire, avant de s’y rendre, d’acheter pansements, seringues, mercurochrome, etc. à la pharmacie. De très nombreux dispensaires ont été construits dans la région avec l’appui de la coopération canadienne.

La lèpre sévit encore dans certains villages de la région ainsi que dans les départements de Danané, Man, Biankouma, Touba, Tingréla, Korhogo, Katiola, Dabakala et Béoumi. En 1984, la Journée mondiale des lépreux a été organisée à Boundiali, sous la présidence du professeur Alphonse Djédjé Mady, alors ministre de la Santé du gouvernement de Félix Houphouët-Boigny.

Langues
Depuis l’indépendance, la langue officielle dans toute la Côte d’Ivoire est le français. La langue véhiculaire, parlée et comprise par la majeure partie de la population, est le dioula mais la langue vernaculaire de la région est le sénoufo. Le français effectivement parlé dans la région comme à Abidjan est appelé le français populaire ivoirien ou français de moussa qui se distingue du français standard par la prononciation. Une autre forme de français parlé à Boundiali est le nouchi, un argot parlé surtout par les jeunes. La ville accueillant de nombreux ivoiriens issus de toutes les régions du pays, toutes les langues vernaculaires du pays, environ une soixantaine, y sont pratiquées. Depuis 2002, avec l’arrivée dans la région de burkinabés, on y parle aussi le Moré, langue des Mossis.

Urbanisme et habitat
La ville est organisée autour d’une route principale bitumée, bordée de flamboyants, et autour de laquelle s’est installé le marché. Elle comporte à la fois des maisons « en dur », construites en parpaings et recouvertes de toits en « tôle ondulée », et des quartiers organisés selon le système de la « cour » collective autour de laquelle sont construites plusieurs habitations en banco, rondes ou rectangulaires, ce qui respecte l’organisation habituelle et multi-séculaire des villages sénoufos de la région. Les différents quartiers de la ville sont parfois nommés : il existe ainsi un « quartier résidentiel », un « quartier CHERIF », un « quartier FAGAYOGO »,quartier TCHOGONA, et un « quartier des forgerons » LOWORO, Quartier NABANGA noyau de ville} et le quartier BELE. De l’époque coloniale subsistent quelques maisons en bois surélevées qui présentent l’avantage inestimable, grâce à la convection naturelle, de ne nécessiter aucun système de climatisation

Secteur secondaire
À la suite du désengagement de l’État ivoirien des activités productrices de coton, le consortium IPS (WA) et la Société Paul Reinhart Ag ont créé, le 23 août 1998, la société Ivoire Coton, qui est propriétaire à Boundiali de deux usines d’égrenage de coton présentant chacune une capacité de traitement de 70 000 tonnes/an : Boundiali 1 et Boundiali 29. Le coton constitue la principale richesse de la région, au point d’y être appelé l’« or blanc ».

De façon artisanale, de nombreux tisserands transforment le coton en pièces de tissu et les couturiers fabriquent ensuite des boubous, des pagnes et des vêtements de toute nature sur mesure à la demande des clients et clientes, la couture étant ici une activité pratiquée par la gent masculine.

Transports
Depuis la gare routière de Boundiali, des compagnies de bus et des taxis brousse relient la ville aux localités voisines. La ville est équipée d’un aéroport dont la piste a été construite en latérite (code AITA : BI, code OIAC DIBI). Dans les années 1980, chaque jour, un avion de la compagnie Air Ivoire reliait la ville à la capitale économique du pays, Abidjan.

Marché de Boundiali.
La ville est équipée en son centre d’un marché dont l’activité est quotidienne mais qui culmine le samedi lorsque les villageois des alentours viennent s’approvisionner et y vendre leur production. Elle compte aussi un supermarché, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de villes analogues de Côte d’Ivoire.

Après la prise de contrôle de tout le nord du pays par les Forces nouvelles de Côte d’Ivoire en 2002, le commerce transfrontalier avec le Mali et surtout le Burkina Faso s’est considérablement développé, l’approvisionnement par le sud étant devenu très difficile et aléatoire. Il en a résulté une moindre taxation des marchandises, la vie devenant ainsi meilleur marché au nord qu’au sud, contrairement à la situation qui prévalait antérieurement.

Banques
Trois des principaux établissements du réseau bancaire ivoirien disposent d’une agence à Boundiali : SGBCI, BICICI, SIB (Société Ivoirienne de Banque). Une agence de la Caisse d’épargne (COOPEC) y est également implantée. Toutes les banques citées plus haut n’existent plus. Seule la SIB existait dans les années 80. Il existe actuellement,à Boundiali, deux agences des banques BACI (Banque Atlantique) et BNI (Banque Nationale d’Investissement).

Culture
Boundiali dispose d’une salle de cinéma fermée, à la différence de beaucoup de villes africaines dotées de cinémas en plein air. L’essentiel de sa programmation propose des films de karaté, des films égyptiens ou des films indiens venus de Bollywood. Comme dans la plupart des pays du tiers-monde, le cinéma indien est très apprécié en Afrique de l’Ouest. La ville est équipée d’un centre culturel. Elle est dotée d’une seule librairie. Au centre de la ville s’élève une mosquée de style soudanais.

Un peintre local, reprenant une très ancienne tradition familiale, a développé un style original de peintures représentant la vie de la région et de ses habitants dans un genre tout à fait différent de celui des célèbres toiles de Korhogo. Elles sont faites en « peinture naturelle », à base de plantes, sur des bandes de coton que lui procurent les tisserands de la ville.

La région est aussi le lieu de naissance de Muriel Diallo, auteur de contes pour enfants, de la chanteuse mandingue Aïcha Koné, originaire de Gbon, et du grand écrivain ivoirien, Ahmadou Kourouma, lauréat à deux reprises, en 1969 et 1991, du Grand prix littéraire d’Afrique noire et auteur de : En attendant le vote des bêtes sauvages, Allah n’est pas obligé, récompensé par le Prix Renaudot en 2000, et surtout Les Soleils des indépendances, écrit en 1968 en réaction aux régimes politiques africains issus de la décolonisation et qui lui valut quelques « soucis » dans son propre pays le conduisant à plusieurs années d’exil.