Aboisso: Us et coutumes

La ville d'Aboisso est située dans une zone de forêt à relief de collines et de vallées dans le Sud-Est de la Côte d'Ivoire. Elle se trouve à 120 km d'Abidjan et à 60 km de la frontière avec le Ghana. Aboisso, chef lieu de la Région du Sud Comoé comprend les Départements d'Aboisso, d'Adiaké et de Grand Bassam.

Aboisso a un climat de type attiéen. La région enregistre en effet une pluviométrie des plus fortes du pays avec des précipitations annuelles supérieures à 1800 mm. Cette donnée géographique a grandement favorisé le développement exceptionnel des cultures industrielles et vivrières.

La ville d’Aboisso est traversée par la rivière Bia, cours d’eau à régime permanent qui alimente deux barrages hydroélectriques (Ayamé I et Ayamé II).

Historique
Selon la tradition, les habitants de la région d’Aboisso, appelés autrefois agnis-brafê, vivaient en Gold-Coast, actuel Ghana. Au cours d’une guerre contre les Danguira, les agnis brafê ont été vaincus. Ne voulant pas être esclaves des Danguira, ils ont décidé de quitter leur pays.

Sous la conduite d’Aka Essoin, les Brafè sont arrivés en Côte d’Ivoire par la région de Diby. Après avoir vaincu les Agoua, populations autochtones de cette région, ils se sont installés dans la région de Siman.

C’est vers le milieu du 18è siècle que les Agni Brafè s’installent définitivement au sud-est de la Côte d’Ivoire et fondent le royaume Krindjabo. Les successeurs de Aka Essoin agrandissent le royaume et lui donne le nom de «Royaume Sanwi ». Ce royaume était riche grâce au commerce de l’or et du bois.

C’est sous le règne d’Amondouffou II que le colon est arrivé en Côte d’Ivoire. Sous son règne la Reine mère Malan Alloua a refusé que les colons s’installent à Krindjabo. Elle va donc leur indiquer un endroit plein de pierres, Ebouêsso (sur la pierre). C’est ce qui va donner par déformation Aboisso.

Us et coutumes
Filiation et régime successoral
La société Sanwi est une société lignagère à filiation matrilinéaire dans laquelle l’enfant né du mariage demeure membre du clan maternel. Généralement l’individu se réfère au groupe familial du père, mais hérite du côté de sa mère. L’héritier direct c’est le cousin utérin, à défaut le neveu utérin.

Système d’éducation
Il existe des groupes de génération dans les villages. Les enfants et les femmes intègrent le groupe du père de famille. Ce sont essentiellement des groupes culturels et de loisirs (danse, jeux … ) qui ne constituent pas systématiquement des classes d’ages.

La chefferie

Le Sanwi est un royaume à la tête duquel se trouve un souverain, le roi. Il est choisi dans la famille royale suivant les règles du système matrilinéaire Akan. En cas d’absence, le roi est représenté par le chef du village où est installé le trône.
Quant au chef du village il collabore avec la notabilité composée de chefs de quartiers et de chefs de groupes masculin et féminin de génération.

Il y a deux (2) systèmes de pouvoir :
1) La succession par le lignage du fondateur du village.
2) La succession par désignation du conseil des sages des grandes familles du village, selon les critères prédéfinis (sagesse, intelligence, disponibilité, capacité à diriger les hommes).

Le chef dans sa fonction prend les décisions qui engagent tous le village, règle les litiges assistés de sa notabilité. Il est l’interlocuteur de l’administration et garant de la société.
Habitudes alimentaires

Les habitants du Sanwi affectionnent de façon particulière :
– le foutou de banane ou d’igname à la sauce graine,
– l’akpessi de banane ou d’igname,
– le taro et,
– le « bona »

On y mange aussi quotidiennement l’igname, la banane plantain, le manioc, l’attiéké, le maïs, le riz, le machoiron, etc.
Cérémonies traditionnelles

La plus importante des cérémonies traditionnelles est la fête des ignames. Cette fête revêt une grande importance à cause de son caractère mystique et religieux mais aussi en raison du rôle capital que cette denrée a joué durant l’immigration et les guerres tribales.
La fête des ignames commence par le bain du chef (Dongbomin), l’adoration des chaises sacrées, l’aspersion de l’assistance et enfin l’immolation des bêtes. Cette cérémonie se déroule généralement un vendredi et marque le début d’une année nouvelle faite de joie. Il est donc recommandé de lever les deuils au cours de cette manifestation.

Il y a aussi le « Yabômamzémouam », cérémonie des filles en âge de puberté qui marque officiellement le passage de la fillette au statut de femme dans la société. Cette pratique tend à disparaître de nos jours.
Les danses

La plupart des danses qui caractérisaient la localité a pratiquement disparu. Il reste cependant :
– la danse royale, symbole du pouvoir traditionnel ;
– Akpessé, la danse des femmes âgées ;
– le Golou, l’Abodan, le Kpandan ;
– le N’gofe, propre à Aby dans la sous-préfecture de Mafféré ;
– l’Akété, propre à Yaou dans la sous-préfecture d’Ayamé ;
– l’Adaha, propre à kétésso dans la sous-préfecture d’Ayamé
– l’Aboa
– le N’dolia, propre à Epiénou
– le Dongbomin, lié à la fête d’igname.

La dot
La dot est constituée de: une somme de 6 660 F CFA, 3 bouteilles de gin et 2 gros sacs de sel. Si le prétendant n’est pas du village il donnera 6 bouteilles de liqueur. Après négociation, il faut remettre aussi une somme symbolique au père correspondant aux dépenses effectuées pour entretenir sa fille. La moitié de cette somme sera payée par le prétendant. A tout cela il faut ajouter 20 litres de vin blanc et l’achat d’un couteau payé en espèce. Le montant est fixé par la famille selon la classe sociale du prétendant. Pour sceller l’union, le père fait des libations ensuite les mariés s’embrassent. Pour terminer, il est demandé au mari de faire les comptes pour savoir le montant exact de la dot.

En dehors de la dot le mari enverra aussi aux parents de sa femme une cantine contenant 6 complets de pagne, 6 foulards, un rouleau de fil à tresse, un peigne, une pommade de cheveu et une pommade de corps, une bouteille de parfum, un morceau de savon.
Cette cérémonie s’appelle « attovlè » qui signifie la venue de la nouvelle épouse au foyer. Elle a lieu soit le samedi ou le mercredi.
Les jours conventionnels du mariage sont le mercredi, le samedi et le dimanche.

Le mariage
C’est un moment de grandes festivités. Il permet aussi d’élargir le cercle familial avec la fusion, c’est à dire la nouvelle alliance des familles en présence.
Notons que le mariage ne souffre pas d’interdits majeurs. L’on peut se marier entre membres du même village ou à l’extérieur du village sans contrainte.

Le divorce

En cas de divorce, il est remboursé au mari la somme de 60 F et une bouteille de gin en guise de remerciement. Comme dans bon nombre de société, le divorce est consécutif l’adultère et le manque de respect à la belle-famille.
Le veuvage

Pour les couples mariés coutumièrement, en cas de décès de l’un des partenaires, le veuf ou la veuve doit se faire laver dans la rivière « Ehania » accompagné (e) d’une ancienne veuve. Après la séance de lavage, la femme ou l’homme restera auprès du lit mortuaire et sera soumis à un régime alimentaire spécial, c’est à dire un repas par jour à base de « foufou » durant trois mois.

Pour le divorce, il faudra attendre six mois pour le veuf et un an pour la veuve. A la fin du veuvage, celui-ci ou celle-ci doit aller se laver dans le fleuve « Tanoé » où on lui fixera une amende à payer.
Tabous et sacrés

Le mercredi et le vendredi sont considérés comme jours saints.

A Krindjabo, les forêts Masso et Bossondomian sont identifiée comme lieux sacrés et protégés par les Adoumou (guerriers).

Les objets sacrés dans le royaumes Sawvi sont :
1) L’Assohou, statuette de la protection et de la procréation, les rivières avec les génies protecteurs des familles,
2) Le Gnangon (arbre planté dans la cour avec à son pied une cuvette contenant une pièce d’argent ou d’or) lieu d’adoration et de sacrifices consacrés aux jumeaux et huitième enfant.
Les interdits

Autrefois, il était interdit d’élever des chiens, des cabris et des moutons dans le royaume. De nos jours, ces tabous persistent à Krindjabo et Assouba.

En cas de non-respect des interdits, il était infligé au transgresseur une amende qui comprenait soit de la liqueur (gin) ou un mouton.