Ahmadou Kourouma

Né en 1927 à Boudiali, en pays malinké, au nord de la Côte d'Ivoire, Ahmadou Kourouma connut ses premiers ennuis politiques sous Houphouët-Boigny, avec sa pièce le Diseur de vérité, dont l'insolence lui valu d'être banni. Il ne reviendra de façon durable au pays qu'en 1996, date après laquelle il publiera coup sur coup En attendant le vote des bêtes sauvages, inspiré de la sanglante biographie du dictateur togolais Eyadema, et enfin, donc, la chanson de geste d'un enfant soldat livré à la démence de la guerre ethnique.

Pressenti pour présider le Forum de réconciliation d’Abidjan à l’automne 2001, il donnera d’abord son accord, puis refusera pour protester contre l’absence de volonté d’en finir avec le discours de  » l’ivoirité  » naguère forgé par Henri Konan Bédié, lorsqu’il succéda à Houphouët-Boigny.

Par rapport à la première génération d’écrivains dits négritudiens, dont les thèmes principaux étaient consacrés à l’analyse des rapports colons-colonisés, et à la défense des valeurs nègres, le mérite revient à Ahamadou Kourouma d’avoir inauguré une nouvelle ère. Qui sera davantage centrée sur des thèmes nouveaux, relatifs au contexte nouveau. Regard critique du nouvel africain indépendant sur la société nouvelle. Une ?uvre charnière : Le Soleil des indépendances.

Publiée au Quebec, en 1968, et en 1970 au Seuil, cette ?uvre, à elle toute seule, est une référence incontournable, pour qui veut connaître Kourouma. Critiques, universitaires, tous ont souligné l’originalité de ce classique. « Une fable minutieuse et pathétique, enracinée dans la tradition et pertinente dans l’observation de la réalité immédiatement contemporaine « , a-t-on écrit.

La littérature francophone d’Afrique noire venait de trouver une autre voix  » plus africaine « Kourouma, écrit Ghislain Ripault, critique, donne à ses « antihéros  » toute l’épaisseur d’une vie qui a ses lieux, ses us, ses projets, ses mots et sa poésie, sa fureur aussi. Il écrit gaillardement (dans) sa langue, il travaille le proverbe, le refond, le décape, le scande, l’ébouriffe?fait feu d’images, de comparaisons, d’une multitude de métaphores (?) « . La recette : J’ai donc traduit le malinké en français en cassant le français pour trouver et restituer le rythme africain « . Cette confession de l’écrivain permet aux uns et aux autres de dire : personne ne l’a fait comme lui? Il pratique son superbe art du roman à nul autre pareil.

21 ans plus tard, après ce livre culte, il sort Monnè, outrages et défis (1991). Un détour, un regard critique jeté sur un passé révolu ( ?) : la colonisation et ses conséquences sur l’Afrique. En 1986, fait Chevalier de la Légion d’honneur par le Président Mitterrand, la critique le saluera, à nouveau, avec En attendant le vote des bêtes sauvages (1998), « vaste et picaresque fresques de trois décennies de régimes totalitaires « . Suivront de nombreux prix, et un succès en librairie. Son tout dernier livre, ALLAH N’EST PAS OBLIGE (un sujet sur les enfants soldats, à partir des exemples tragiques des pays africains) lui ouvre les portes d’un succès inespéré. Il a le prix Renaudot(2000).Après, entre autres, le Grand prix littéraire de l’Afrique noire, en 1990. Bien après, 1961, Aké Loba (KOCOUMBO, L’ETUDIANT NOIR, 1960), B. B. Dadié (1968) et Jean Marie Adiaffi, 1981.

Agé de 76 ans, Amadou Kourouma, est décédé le 11 décembre 2003 à Lyon

SES OEUVRES
1/ Le Soleil des indépendances. Seuil, 1976
2/ Monnè, outrages et défis. Seuil, 1990
3/ En attendant le vote des bêtes sauvages. Seuil, 1999
4/ Allah n’est pas obligé. Seuil, 2000

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