Aké Loba (1927 – 2012)

Aké Loba, né à Abidjan le 15 mars 1927 et mort à Aix-en-Provence le 3 août 2012, est un écrivain, homme politique et diplomate ivoirien. Aké Loba devient en 1961 le premier lauréat du Grand Prix Littéraire d'Afrique noire grâce à son roman Kocoumbo, l'étudiant noir, publié en 1960 par Flammarion.

En partie autobiographique et considéré comme le magnum opus de l’auteur, Kocoumbo narre avec humour les pérégrinations parisiennes du personnage éponyme à la fin des années 1950 sur fond de choc des cultures, de nostalgie et de désillusions. Loba inaugure alors, dans la lignée du Sénégalais Ousmane Socé Diop dans Mirages de Paris (1937), ce qui deviendra un poncif chez de nombreux auteurs Africains noirs des générations postérieures, à travers le thème de l’étudiant expatrié, et participe à la démystification d’un Occident idéalisé.

Loba entame par la suite une carrière diplomatique et politique qui durera plus de deux décennies : il vit alors entre l’Allemagne, l’Italie, la France et la Côte d’Ivoire, où il est élu député sous le parti unique, puis maire de la commune d’Abobo, un poste qu’il occupe jusqu’en 1990.

Loba publie deux autres romans dans la première moitié des années 1970, Les Fils de Kouretcha (1970) et Les Dépossédés (1973) ; son rythme de publication connaît un important ralentissement et ne reprend que 17 ans plus tard, avec la parution du thriller Le Sas des Parvenus (1990). Aké Loba a également publié quelques poèmes dans diverses revues et journaux, dont le quotidien Fraternité Matin, organe de presse officiel du pouvoir houphouétiste.

L’œuvre de Loba est aujourd’hui tombée en désuétude et n’est plus rééditée aucun éditeur majeur, et est de ce fait difficilement accessible en dehors des milieux spécialisés.

Biographie

Fils d’un chef traditionnel ébrié, il est initialement scolarisé en 1939 à l’école primaire publique de Grand-Bassam, mais la sévérité de l’instituteur, qui avait incessamment recours au fouet, le pousse à s’enfuir vers son village natal où il reste jusqu’en 1947. Durant cette année, il part en France pour apprendre l’agriculture ; il est employé un an durant dans une ferme bretonne, près de Quimper, avant de passer six mois en Beauce et de s’installer à Paris en 1948. Employé dans une maison de commerce, il exerce tour à tour comme planton, caissier et enfin comptable dès 1956. Il poursuit parallèlement ses études et obtient le baccalauréat en 1958, aidé dans ses révisions par un prêtre breton. De 1959 à 1961, il étudie la diplomatie à l’Institut de Recherches Diplomatiques de Paris. Après l’indépendance de la Côte d’Ivoire, il occupe le poste de secrétaire d’ambassade à Bonn, en Allemagne, de 1961 à 1965, avant d’être nommé conseiller d’ambassade à Rome de 1965 à 1970. Son roman référence, Kocoumbo, l’étudiant noir lui vaut de remporter en 1961 le Grand prix littéraire d’Afrique noire. Aké Loba a en outre été lauréat de l’éphémère Prix Littéraire Houphouët-Boigny en 1969 avec son second roman, Sagaies sous le fleuve, achevé dès 1966 et publié quatre ans plus tard sous le titre Les Fils de Kouretcha.

Loba publie en 1973 Les Dépossédés aux éditions de La Francité, basées à Nivelles, en Belgique. Son dernier roman, Le Sas des Parvenus, est édité par Flammarion en 1990.

Marié à une Française en 1955, il était père de quatre enfants.

Il a également été député, puis maire de la commune d’Abobo à Abidjan de 1985 à 1990.

L’œuvre d’Aké Loba
L’œuvre de Loba accorde un traitement privilégié aux thèmes de l’errance, du voyage, de la solitude et de l’interculturalité. Son second roman Les Fils de Kouretcha interroge le rapport à la modernité technologique et au bouleversement provoqué par son introduction dans le contexte africain traditionnel.

Romans
Aké Loba a publié quatre romans entre 1960 et 1990. Son premier roman, Kocoumbo, l’étudiant noir, est l’un des premiers à proposer une description de l’univers estudiantin africain à Paris, et est favorablement accueilli par la presse francophone lors de sa sortie. Brossant un portrait satirique de l’univers estudiantin africain de l’époque, ce premier roman vaut à son auteur d’intervenir en tant que conférencier au sein de plusieurs universités européennes au cours des années 1960 pour y disserter sur la condition et le statut de « l’écrivain noir dans le monde ». Loba connaît par la suite un succès modeste et limité au champ littéraire ivoirien, ses romans suivants connaissant une diffusion plus limitée.

– Kocoumbo, l’étudiant noir, Paris, Flammarion, 1960, 269 p., réédité en 1983 puis en 2001 par J’ai lu (283 p.). Traduit en allemand par Rolf Römer sous le titre Kocoumbo ein Schwärzer Student in Paris (Speer-Verläg, 1961, 353 p.)
– Les Fils de Kouretcha, Nivelles, La Francité, coll. « Romans contemporains », 1970, 172 p. Traduit en hongrois par Péter Forgács et Bodoky Dorottya, sous le titre Folyósten Fiai (Európa, 1974, 204 p.)
– Les Dépossédés, Nivelles, La Francité, coll. « Romans contemporains », 1973, 229 p.
– Le Sas des parvenus, Paris, Flammarion, 1990, 240 p.

Poésie
La poésie d’Aké Loba reste relativement inconnue du grand public, et Loba est à ce jour davantage connu comme romancier. Il a publié plusieurs textes entre 1965 et 1971 dans les revues Éburnéa, France-Eurafrique et Fraternité Matin. Son long poème « Interférence », paru en 1965 dans le mensuel France-Eurafrique, est placé sous le signe du souvenir exotique et du mal du pays :

Soudain flotte un rayon vagabond,
Sur feuille neuve et sur case chauve,
L’aurore vient à tomber d’aplomb.
Non loin l’ombre s’affole, plaintive,
Elle entraîne son plaid de fraîcheur,
S’agrippe aux cimes fantomatiques ;
L’encens descend, ruche de chaleur,
Alors du ciel, l’œil exotique
Mitraille dans les verts monotones
Le bleu des tracés appesantis,
Et marque d’une haute couronne
Les toits de mon village à midi.
Contre la paille tressée des cases
Le zinc conspire avec le soleil,
Rivalise, plein d’une emphase
Vive, et des reflets aveuglant l’œil
Dardent les entrailles de la terre.
Les souveraines bouffées de sable
Soufflent les vapeurs de la misère
Jusqu’aux moindres mots déraisonnables
Des travailleurs qui sont dans les bois.
Ceux-là serrent la daba ou la houe
Sur leur poitrine dure : ô foi !
Ils fouillent au puits d’espoir, la boue !
Venimeux et tueurs sont partis,
Laissant là les oiseaux qui chantent
Et l’homme qui songe à son paradis,
Au-dessus du présent qui hante
Mon cœur. Sous le palmier, je rêve,
J’entends résonner les chants si gais
De l’atelier éclos de la sève,
Je vois l’acajou, nuage épais,
Effacer tout l’argent des étoiles,
Devenu au cœur du firmament
Grand barbouilleur, sorcier dans des voiles.
Pour demain, est-ce joie ou tourment ?
Redites-moi où se cache mon enfance ;
Elle aussi a quelque chose légué
À cette vieille case en partance.
Mon esprit est encore troublé.
Quoi ! N’en ai-je plus le souvenir !
Ces métamorphoses ne m’affectent
Plus. Faut-il que vienne l’avenir,
Que se brise une pièce du pacte !

« Interférence », France-Eurafrique, 1965, p. 30

Outre « Interférence », les autres poèmes d’Aké Loba connus à ce jour incluent :

– « Triton », Éburnéa, n° 14, juin 1968, p.18.
– « La faute », Éburnéa, n° 17, sept. 1968, p.62.
– « Ton regard à toi, l’inconnue », Fraternité Matin, n° 1972, 15 juin 1971, p.8.

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