Les Godié

Les populations autochtones de la "zone de Fresco", fortes, en avril 1970, de 10.141 individus, dont 7.302 résidants, sont constituées par II des 17 "tribus" de l'ethnie godié. Le terme "godié" dériverait de l'expression gwè-dgi, littéralement "chimpanzé-panthère", surnom que leurs voisins du Sud-Ouest, les Neyo, leur auraient donné, par allusion à leur tempérament frondeur, querelleur, "semblable à celui qu'affichent et le chimpanzé et la panthère lorsque ces deux animaux s'affrontent". Un autre sobriquet, franchement péjoratif, leur aurait été attribué par les mêmes Neyo, kla-gnon, "les hommes de la brousse", appellation qui traduit bien l'esprit de supériorité dont s'affublaient les habitants de la région de Sassandra, gardiens de la côte et du fleuve, à l'époque florissante du commerce de traite.

Historiquement, les Godié sont le résultat de la rencontre de deux aires culturelles fondamentalement différentes: l’une akan, à organisation sociale de type matrilinéaire, l’autre krou, à organisation de type patrilinéaire. Les groupements d’origine akan, malgré leur prédominance numérique, semblent cependant avoir accepté d’emblée la coutume d’abord des rares autochtones qu’ils trouvèrent sur place, puis des immigrants krou.

Une étude ethnologique approfondie permettrait sans doute de découvrir des reliquats de la société matrilinéaire antérieure. Quoiqu’il en soit les Godié font désormais partie intégrante du monde krou.

Les Godié forment une société de type clanique, à descendance patrilinéaire et à résidence patrilocale. L’unité sociale maximale, B11 ou!!!il suivant les régions, la « tribu », correspond à une fédération de lignages qui, à une époque donnée de leur histoire, ont décidé de « marcher ensemble », pour former soit un groupement d’alliance, aire privilégiée de l’échange matrimonial, soit un groupement de guerre, entité mieux à même de se défendre en Cas de conflit, soit les deux à la fois. Cette fédération d’alliance est dirigée par un b1i-kagnon ou kamagnon, « l’homme qui commande le b1i », choisi pour ses vertus guerrières et son sens de la justice. Le BLI comprend de deux à plusieurs lignages, lolokpa, le lignage se définissant comme l’ensemble des individus qui descendent d’un ancêtre commun. Les membres du même lolokpa occupent généralement le même village,du et ne peuvent se marier entre eux. Le lignage se subdivise lui-même en séré, ou segments de lignage, par référence à un aïeul distant en moyenne de 3 à 5 générations.

La pénétration coloniale n’a que peu modifié ce schéma. Si le bli, avec la disparition des luttes tribales, n’a plus de raison d’exister comme « groupement de guerre », il continue cependant à constituer une aire privilégiée d’alliance matrimoniale. Le lolokpa, malgré la disparition, avec le regroupement des populations, du village-lignage, a lui-aussi su conserver sa structure ancienne. Ce n’est que lorsque les effectifs devinrent vraiment trop importants que certains lignages décidèrent tout à fait récemment de procéder à des « rites absolutoires » en vue de réduire le cadre exogamique au aéré. Signalons enfin l’existence d’un véritable système de castes au sein du groupement Kognoua. Celui-ci est en effet constitué d’une part d’hommes libres, d’autre part d’anciens captifs, qui n’ont jamais pu et ne peuvent toujours pas contracter mariage avec leurs « maîtres ».

Chez les Godié, le « lolokpa » (clan) désigne l’ensemble des personnes qui se réclament du même ancêtre et qui ont souvent le même interdit alimentaire.

Le « go » désigne à la fois le lignage et l’emplacement qu’il occupe au sein du village; son chef, le « göba », s’occupe de l’organisation intérieure du « go », de la gestion des biens communs et de leur répartition; il rend la justice et contrôle l’éducation des enfants.

A l’intérieur du « go », vivent plusieurs « butu » ou ménage étendu, dont le chef est le « bubuta », chefs de famille marié à une ou plusieurs femmes, avec sa parenté.

Les Godié constituent une société patrilinéaire. Autrefois la filiation était assurée par les femmes mais une légende raconte qu’une femme trompa son mari en lui faisant enfreindre un interdit alimentaire et que depuis ce temps les hommes ne font plus confiance aux femmes. Cependant la femme conserve une grande importance dans cette société où l’homme reste toujours en étroite relation avec le lignage de sa mère.

Le vocabulaire de la parenté consanguine, utérine, et par alliance, est très riche et précis chez les Godié.

Actuellement l’institution de la dot qui est très forte en pays godié (90.000 à 120.000 F CFA), est en butte à l’hostilité des jeunes hommes. D’autre part, les femmes refusant souvent de se fixer pour longtemps dans le « go » de leur mari, leur famille a souvent du mal à rembourser les fortes sommes touchées pour la dot. La polygamie est largement pratiquée en pays godié.

Les femmes sont un facteur de richesse et de prestige, par leur travail propre et par les enfants qu’elles mettent au monde. Elle est cependant en repression, en raison du montant de la dot et de l’exode rural.

Chez les Godié, persiste l’institution des « zokpa », sorte de classes d’âge, qui réunissent les personnes nées dans la même année. Les jeux guerriers entre « zokpa » d’un même village ou de villages différents sont très fréquents et représentent les plus grandes distractions du village.

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