Les étapes du mariage chez les Sénoufo

Le mariage en milieu traditionnel sénoufo est un long processus que nous pouvons repartir en trois étapes : l'étape des fiançailles, l'étape de la cohabitation à l'essai et l'étape de la prise de foyer.

Il est à noter que toutes les formes de mariage ne respectent pas forcement ces étapes; le lévirat, le rapt et le mariage honorifique se passent bien de l’étape des fiançailles par exemple.

Ici nous parlerons du mariage dans son processus ordinaire, sans l’influence de la religion musulmane et chrétienne. Il existe beaucoup de variantes selon les zones, mais nous nous contenterons des grandes lignes constantes.

Les fiançailles
Comme dans les démarches de la mise à part, les démarches des fiançailles visent à se réserver une fille pour mariage. La différence ici est que le mari est souvent connu ou que la fille a atteint l’âge de la puberté ou
presque.

Une fois que la fille est remarquée et que la famille du jeune garçon est d’avis pour qu’elle devienne une des épouses du foyer, le chef de famille va trouver le père de la jeune fille pour lui exprimer son désir. Dans une première démarche, aucune réponse affirmative ne peut être donnée, car le père de la fille ne peut se prononcer sans l’avis des autres membres de la grande famille ; il ne peut même pas participer à la délibération. Il faut revenir une prochaine fois pour avoir la réponse. C’est lors de la réponse définitive que la famille de la fille accepte les dons de fiançailles qui varient d’une zone à l’autre.

Une fois ces dons acceptés, la fille est considérée comme promise et la famille du garçon doit contribuer d’une certaine manière à son entretien. Des séances de travaux champêtres sont alors organisées au moins annuellement chez les futurs beaux parents et ce jusqu’à ce que la fille plus tard dans son nouveau foyer ait un fils qui ait l’âge d’aller cultiver chez ses oncles. Des dons de pagnes sont faits à la fille à l’occasion des grandes cérémonies du village. Et des vivres sont à offrir à l’occasion des épreuves qui surviennent dans la famille de la fille.

La cohabitation à l’essai
La période de la cohabitation à l’essai commence dès que la fille peut venir officiellement chez le garçon et partager son lit. Cela se passe à la fin de la cérémonie d’initiation des femmes (tiékonrè) qui donne à la jeune fille sénoufo le statut de femme. Une tierce famille est trouvée pour servir d’intermédiaire, pour aller demander officiellement la fille pour qu’elle vienne chez son nouveau mari. Elle est conduite une nuit par une vieille femme dans la case du jeune pour partager le lit. Dès ce jour, la fille ira passer ses nuits chez le jeune et retournera les matins chez elle si c’est le même village ; autrement, elle choisit périodiquement d’aller passer quelques jours chez le jeune et de retourner chez ses parents et ce jusqu’à la prise de foyer qui la rendra désormais stable.

C’est la période de la convoitise, et le jeune garçon doit veiller pour qu’on ne la lui enlève pas. A cette étape, la fidélité conjugale n’est pas d’obligation pour la jeune fille ; elle ne la sera qu’après la prise de foyer. Lors de ces fréquentations, il est donné à la fille de connaître la famille de son mari et surtout aux parents du garçon d’apprécier leur belle fille et de s’assurer qu’elle est féconde. C’est pourquoi la prise de foyer intervient après au moins une maternité.

La prise de foyer
Pendant toute la phase de la cohabitation à l’essai, la jeune fille fait le ménage avec sa belle mère qui observe sa manière de travailler et complète au besoin son éducation. Elle n’a pas de cuisine en son nom. Quand la famille du garçon aura jugé que la fille est apte à fonder son foyer, une cérémonie est faite qui l’installe définitivement comme femme dans la grande famille, le terme est « wali : séparer ». Le déroulement de la cérémonie diffère également d’une zone à l’autre. Mais dans les grandes lignes, on profite d’un des multiples séjours de la fille pour lui construire un foyer (trois pierres sur lesquelles repose la marmite) et l’inviter à préparer un repas (du tô) qui sera servi aux parents et voisins comme repas inaugural du nouveau foyer. Dès lors, elle ne pourra plus faire la navette ; elle est définitivement fixée et est tenue au devoir de fidélité à son mari. En cas d’adultère après la prise de foyer, la femme a à faire aux ancêtres et leur doit une réparation. De même tout homme qui a mangé le repas inaugural de la prise de foyer d’une femme, ne peut pas coucher avec elle.