Les Agni de l’Indénié ou Agni-N’dénéan

Les Agni de l'Indénié ou Agni-N'dénéan, rameau du groupe akan, sont originaires d'Agnuangnuan (sud-ouest de la Gold Coast), c'est à dire le Ghana actuel. Leur migration qui se situe vers le milieu du xviiie siècle est consécutive à l'expansion de la confederation ashanti.

L’Ashantéhéné ou le souverain ashanti, après avoir vaincu le Denkyira, tribu régnante à l’époque, chercha à étendre sa domination sur ceux-ci et les autres tribus allies des Denkyira. Il s’agit notamment des N’dénéan, Akyé, Morofouè, Baoulé, etc. En ce qui concerne le N’dénéan, il comprenait les Anikylé, les Assonvo, les Béttié, les Abradé, les Denkyira, les Ahua, les Agnagaman, les Féyassé et les Alangoua.

Vers 1745, pour échapper à la domination ashanti, les Agni-N’dénéan, sous la conduite d’Ahy Bahié, émigrèrent vers le sud-ouest de Kumassi.

Cependant, ils n’ont pas poussé leur aventure aussi loin que les Baoulé, les Morofouè et les Akyé. Ils se sont fixés dans une zone semblable à celle d’où ils étaient partis, c’est-à-dire en zone forestière. Le premier point d’implantation se situe entre les villages actuels de Zaranou et d’Ebilassokro. Le chef de groupe, Ahy Bahié, trouvant cet endroit à sa convenance, s’y installa. Se sentant alors hors d’atteinte de ses poursuivants, il nomma ce lieu « sanan éhoué » c’est-à-dire « sauf la mort », sous-entendu « m’arrachera d’ici ».

Ainsi, prenant conscience qu’une plus grande quiétude était assurée, Ahy Bahié dit « n’dé me néan » c’est à dire « je suis assis, j’observe », sous-entendu « je veux voir si mes poursuivants viendront jusqu’à moi ». C’est cette phrase qui, en forme contractée, a donné le mot n’dénéan. Ce mot n’dénéan a été à son tour déformé par l’Administration coloniale pour devenir indénié. N’dénéan ou Indénié désigne non seulement l’ensemble des tribus en dehors du Djuablin (département d’Agnibilékrou), mais également le terroir qui correspond au département actuel d’Abengourou.

Lors de leur départ d’Agnuangnuan, leur pays d’origine, les fuyards se placèrent sous les ordres de certains chefs vassaux du roi ashanti. Ils se sont donc regroupés sous la conduite d’Ahy Bahié pour mieux résister à leurs poursuivants. Lorsque la tranquillité revint, les différents sous-groupes se dispersèrent sur l’ensemble du territoire actuel du département d’Abengourou. La tribu du chef Ahy Bahié, qui est le groupe Anikylé, se déplaça de sanan éhoué à Zaranou. Quant au groupe Assonvo, il se fixa à l’emplacement actuel d’Ebilassokro. Quatre groupes s’installèrent sur les bords du fleuve Comoé. Ainsi, du sud au nord, on a :
– les Béttié autour de Béttié,
– les Abradé à Abradinou,
– les Denkyira et Alangoua à Ehuasso,
– les Ahua à Aniassué.

Les autres groupes se partagèrent le reste du territoire : ainsi, les Agnagaman se fixèrent autour de Zamaka et les Féyassé à Yakassé. Il convient de signaler que le groupe Anikylé a, par la suite, créé d’autres villages dont l’importance est liée au déplacement du chef-lieu du royaume. Ainsi, de 1745 à 1887, le chef-lieu sera Zaranou. De 1887 à 1900, le chef-lieu sera déplacé à Amoakonkro, actuel village d’Amélékia.
Depuis 1900, le chef-lieu du royaume est Abengourou.

Les Agni-N’dénéan, tout comme les autres ethnies du groupe culturel akan, parlent le twi (langue ashanti).
Sur le plan de l’organisation socio-politique, la royauté n’dénéan est restée identique à celle de la confédération ashanti.
Le N’dénéan était soumis à l’influence des souverains ashanti. En effet, de peur d’être envahis par les Ashanti, les N’dénéan versaient l’ « Assissi tuô » ou impôt foncier aux envoyés de l’Ashantéhené.

Au plan politique, il y avait la hiérarchie des chefs :
– souveraineté du chef de la famille régnante ;
– du chef de vilage ;
– et du chef de tribu ou sous-groupe régnant.
Cependant, ce ne sont pas des chefs élus, ni désignés par le chef supérieur ou le roi. Il s’agit d’une transmission héréditaire suivant la coutume des Akan.

Au plan social, le N’dénéan a hérité de la tradition ashanti. La cellule de base est la famille aboussouan. Il s’agit de la famille parentale, qui s’oppose à la famille conjugale. La famille conjugale, qui est le modèle européen, comprend le père, la mère et les enfants.

La famille parentale englobe la famille conjugale à laquelle s’ajoutent les grands-parents, les oncles et les tantes, les cousins et cousines, les neveux et nièces, etc. Tous les membres de la famille forment l’aboussouan ayant à la tête le patriarche qui est l’aboussouan kpagni ou ahoulo kpagni.

L’ensemble des tribus constitue la confédération ou le royaume. Il s’agit donc d’une société très hiérarchisée dont la structure se présente comme suit :
– au sommet, le roi,
– puis les chefs de tribu ou chefs de canton,
– les chefs de village,
– les chefs de cour ou de famille.

Le royaume agni de l’Indénié comprend sept cantons, dirigés par des chefs de canton. Chaque canton regroupe plusieurs villages, avec à leur tête un chef.

Dans cette sociéte fortement hiérarchisée, le roi est un personnage très important. Il est l’incarnation vivante du peuple. Il est l’intermédiaire entre les vivants et les puissances surnaturelles. Le roi est habité d’une force que les Agni appellent étimu qui lui confère des pouvoirs à la fois bénéfique et dangereux. Le roi est le garant de la prospérité générale du royaume. L’accident ou le malheur qui lui arrive rejaillit sur toute la population qui est affectée au même degré. Le roi doit être corporellement intègre. Il ne doit avoir aucune cicatrice. En pays agni, l’adjabia ne peut échoir à un infirme. Traditionnellement, tous les sept ans, à l’occasion de la grande fête des ignames, le roi subit un examen minutieux pour vérifier s’il ne portait pas en quelques parties du corps, des traces de coups ou des cicatrices, auquel cas il fallait procéder à des sacrifices réparateurs. Le sang qui coule dans les veines du roi est le sang de son peuple entier ; il ne doit avoir en main aucun instrument tranchant et sa toilette est l’objet de soins minutieux, qui incombent à plusieurs serviteurs, aux activités définies. L’identification du roi au peuple a d’autres effets : si le roi cesse de manger, c’est la famine générale dans le pays. La captivité du roi signifie l’asservissement du peuple entier. S’il est pris par l’ennemi, la guerre est finie. Pendant la guerre, le roi est soigneusement tenu à l’écart des combats. Il reste à l’abri, entouré et protégé par les gens de l’arrière kyidom.

Le roi doit être préservé de tout contact avec la mort. S’il perd une de ses épouses, il désigne quelqu’un parmi ses proches qui, pendant l’enterrement et les funérailles, depuis le rasage de tête jusqu’au bain de purification, tiendra le rôle de veuf à sa place, recevant les condoléances en son nom. C’est son kakifouè (remplaçant), qui lui-même ne modifie en rien ses habitudes quotidiennes ; il ne jeûne pas.

La royauté est symbolisée par trois objets matériels : le tabouret, le sabre et le dja.

1. Le tabouret ou bia ou adjabia symbolise le pouvoir temporel, spirituel et politique du roi. Tout pouvoir politique légitime reconnu est matérialisé par l’existence des bia dont le nombre équivaut à celui des rois ayant eu un règne prospère.

Il existe deux catégories de bia : la première concerne les bia ou tabourets d’origine, emportés de la Côte d’Ivoire, au cours de l’exode (ils ont été transmis de façon héréditaire) et la deuxième catégorie correspond aux bia inclinés ou dédiés à un chef défunt, qui a connu un règne exceptionnel ou un sujet du roi, qui lui a rendu un très grand service.

Les bia ont un gardien qui assure leur sécurité et qui est généralement chargé d’effectuer toutes les cérémonies qui leur sont consacrées. Les Akan disent : « Là où il n’y a pas de tabouret, il n’y pas de roi ; le roi est mortel, le tabouret est permanent ».

2. Le sabre royal êhôtô est le symbole du pouvoir militaire du roi, chef supreme des armées. Il symbolise la paix lorsque la lame est émoussée. Il est souvent accompagné de la machette alèlè dont le détenteur est le descendant de celui qui, pendant la migration, a ouvert la route dans la forêt devant le roi et son peuple.

Dans la hiérarchie politique, son lignage vient immédiatement au-dessous du roi, et lors des cérémonies, il ouvre la marche en tête du cortège royal. C’est également avec le sabre que les peuples soumis et les chefs de province prêtent serment de fidélité et d’allégeance. Le sabre reste également le symbole du messager du roi.

3. Le dja ou la collection des poids à peser l’or, communs à tous les Akan, symbolise le monde, les états de conscience des rois défunts et le pouvoir économique du souverain régnant. Ils ne sont que des instruments de mesure de la poudre d’or et ne changent jamais de mains, mais restent à leur propriétaire. C’est dans le dja que les Akan ont consigné la somme de leurs connaissances par image et par écrits.

Un autre attribut important du pouvoir royal est le kinyankpli, le « grand tambour », qui ne se fait entendre qu’en de rares occasions: pour annoncer le décès du roi ou d’un membre (homme et femme) de son lignage, pendant les funérailles royales, les cérémonies d’intronisation, la fête des ignames.

à côté, existent d’autres accessoires tels que le hamac d’osier tressé mongay dans lequel le roi, porté à demi étendu, lors de la fête des ignames, est un symbole de sa situation d’intermédiaire entre le commun des hommes et les puissances surnaturelles ; les cannes et les chasse-mouches dont les plus anciens sont des queues d’éléphant. Ces chasse-mouches sont destinés à éloigner les mauvais esprits. De nos jours, on trouve des chasse-mouches en queue de cheval.

© Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren 2007

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