Histoire et patrimoine des Akyé

Les Akyé vivent dans le bassin de la Mé et dans le confluent du Comoé et de l'Agbo (Agneby), et divisent leur pays en onze zones. Ces zones sont Ketin, Nkadje (Ngadje), Attobrou, Tchoyasso, Brignan, Anape, Bodin, Lepin, Tson, Tchin et Nedin.

La langue akyé a trois variétés dialectales qui sont ketin, nedin et bodin. Ces trois noms dérivent de noms de matriclans qui sont Ke, Ne (Gne) et Be. Les fouilles archéologiques de la Bete dans la zone d’Anyama et d’Atiekwa ont montré que cette partie du pays akyé a été peuplée depuis la période préhistorique. La tradition orale la plus répandue indique sans précision aucune que les ancêtres des Akyé sont venus du Ghana actuel et ont cheminé au cours de l’exode avec les Wawolé Assabou. Avant de prendre le chemin de l’exode, ils ont eu une guerre contre les Asante en vue d’entrer en possession d’un sabre à manche d’or. Les Akyé se sont emparés de la manche, mais la lame est restée avec les Asante. La tradition orale d’Asseudji indique que les Akyé dont le nom ancien est Pie/Apie vivaient précédemment sur les rives du fleuve Asobie (Comoé) avant même de s’en aller en Côte de l’Or puis de revenir dans son ancien foyer en compagnie des Anyi et des Wawolé Assabou.

Cette thèse d’un aller et retour est soutenue par des traditionnalistes Abè comme Yapi Nte du village d’Agouahin dans le Morié. Comme nous l’avons montré, la zone de la Côte de l’Or où étaient les Akyé qui ont migré en compagnie des Anyi et des Wawolé Assabou n’est autre que l’Aowin plus précisément la zone où sera créée par la suite la chefferie Suamara de Dadièso. C’est là que des Asante venus de la cité de Kenyase ont fait la guerre aux Akyé dirigés alors par Oben Aka et aux Wawolé Ahali dirigés par la reine Tano Adjo.

Les migrants Akyé se rassembleront à Uasafoun (ce lieu est à 3 km d’Asseudji. Aussi c’est Asseudji que la tradition cite comme point de rassemblement des migrants) puis l’essaimage se fera4. Au sein des migrants rassemblés à Uasafoun (le nom Uasafoun ressemble à Asafo qui veut simplement dire(guerrier), il y avait des lignages Assabou et Anyi. La tradition orale du village wawolé d’Akawa indique que ses ancêtres ont séjourné à Asseudji (entendre Uasafoun). De même les Anaboula d’Apromprom dans l’anyi Ndenian disent que leurs parents sont allés à Aferi (Affery) dans l’Akyé. Le village d’Asseudji a été fondé à partir de Uasafoun par l’aïeule Asebou Aman qu’assistait son frère.

Les fondateurs du village de Biasso(ce nom signifie en anyi sur le siège, sur le trône) sont partis des rives de la rivière Asseudji, guidés par Ncho Ayé. C’est de ce lieu qu’ils ont créé leur village. L’Aïeule Amon Djambo a fondé Adzopé à partir de Biasso. Les Akyé qui ont fondé Bécédi-Brignan disent aussi avoir séjourné dans la zone d’Asseudji avant de s’installer à Boape. De là ils ont créé Kwalèbonin près de la rivière aman. Au cours de ces déplacements leur chef était Sedji Bofé. Ils s’installent près de la colline Mafa mais un tremblement de terre s’y produit, et ils vont fonder Bécédi- Brignan.

Les Akyé Lepin parlent aussi d’un séjour dans la zone d’Asseudji. Sous la conduite du chef Ale, ils se sont installés dans la zone de la lagune Potou, où ils ont rencontré Gôgô Tano (Gôngôndôn des traditions orales Goua (Mgbato). Ils ont vécu à ses côtés jusqu’à ce que les Goua viennent leur faire la guerre. Pourchassés, ils vont à Boshibèdouè puis à Moninlotoua, entrent en contact avec les gens d’Awoutoué qui leur cèdent leurs terres.

La persistance de la menace Goua, les pousse à partirpour Dzôkwa (village de la poudre à canon), là, ils résistent bien grâce à la poudre à canon fournie par Atobra (il s’agit du roi Atokpola du Sanvi). Ils passent la rivière Ashate et s’installent à Nsankoufou et à Nsankwa. Abro Djè instruit au cours de ses voyages de la danse guerrière Fokue et de l’organisation en classes d’âge incite tous les Akyé Lepin à se regrouper à Brembidji en un seul village afin de mieux résister aux Goua. L’éclatement de Brembidji a donné naissance aux villages de Montezo, Memni et Alépé (Grand Alépé). Une partie de la population de Grand Alépé s’est installée à Bimbresso.

Les Akyé du village d’Atchiokui (Assikoun) indiquent qu’après l’exode depuis la Côte de l’Or, leurs ancêtres sous la conduite conjointe des frères Osen Tou et Osen aman se sont installés sur la rive Est du Comoé mais ils seront refoulés par les Anyi et s’installeront donc sur la rive Ouest du fleuve. Mosan Achio un descendant d’Osen Tou, sera à l’origine de la fondation du village d’Atchiokui. Il est indéniable qu’il y avait dans l’Akyé des populations qui ont précédé les Akyé venus de l’Aowin avec l’exode de 1721. Au sein même des cantons et des zones Akyé, des villages voisins ont des origines diverses. La zone Nkadje comme nous l’avons indiqué a été peuplé à majorité de populations issues de la migration Akpafu-Ga-Krobo-Adele-Avatime. Le nom Nkadje ou Ngadje qui signifie enfants de Nka/Nga fait référence aux Ga de la région d’Accra. Les Nga ont donné les Ngen de l’Ano et du Wawolé.

Le village akyé d’Agbaou a été créé par des Wawolé Agba d’origine, celui de Danguira a été fondé par des migrants d’origine Denkyira, et le village d’Abradine a été créé par des Anyi Abrade. Les Akyé d’Agou ont pour nom fort Agoma/Agoman/Goman tout comme les Tchaman Nokwa. Ils sont sans doute de même extraction que les Nokwa avec qui ils ont vécus à Dandou dans la région d’Ebimpe. Or nous avons montré les liens de ce peuple avec les Elagaman/Elengaman qui ont vécu dans le pays Mekyibo venant du pays Adjomolo (Appollonie ; futur pays nzema). Les Akyé Gnan (Yan) de la région d’Anyama disent que leurs ancêtres venant de la Côte de l’Or, se sont regroupés à Akpabehwin qui comptait trois quartiers. L’éclatement de ce village va donner naissance à trois villages qui sont : Anyama Adjamé, Anyama Zonzonkwa et Anyama Ebimpe.

Les Akyé Tson faisaient partie des migrants de la migration aowin de 1721. Le leader de leur migration était Yapi (il s’agit probablement du célèbre chef guerrier Abole Yapi qui a voulu réunir sous sa direction aussi bien des Akyé que des Tchaman), il les conduit à Meliegon. Là vivaient d’autres peuples (des futurs tchaman). Le premier village créé par le chef Yapi sera Bedjegon, à partir duquel seront fondés Awoué, Attiekwa, Akwadjame (village d’origine Akyé, mais relevant du peuple tchaman kwè) et Yakassemé. Une partie de la population d’Attiékwa créé Betekan derrière la rivière Bete. La querelle qui a éclaté à Bedjegon est à l’origine de l’essaimage des Akyé Tson.Les Akyé se reconnaissent à travers des matriclans disséminés sur l’ensemble de leur aire, auxquels l’on attribue des qualités. Le clan ke (ses hommes ont la force) et ses rameaux Bofutse et Bitaso (les querelleurs). Les clans be (ceux qui sont lents, patients), Gnua/Gnan/Yan (ceux qui aiment les perles, les ceintures de perles), dzô (les soigneux, ceux qui aiment la propreté), Gnè/nè (les délicats). Il s’agit comme on peut s’en rendre compte de l’institution des matriclans exogamiques.

Akyé Lepin dans la région. Ils vivaient dans un village unique appelé Aya où viendront trouver refuge les Lepin chassés par les Goua. Les Akyé Tchin mènent des négociations avec les Goua pour qu’ils cessent leurs attaques contre les Akyé Lepin à Qui, ils cèdent les terres autour d’Aya. Les Akyé Tchin s’orientent alors vers la Mé et y chassent les Tchaman d’Adjin à deux reprises, obligeant ceux-ci à s’installer de l’autre côté de la lagune. Les Akyé Tchin sont habilités à faire des libations en cas de grand rituel car ils sont les premiers habitants de la zone. L’institution du Fokue (danse guerrière et institution des classes d’âge) leur permet d’être de vaillants guerriers. Leur surnom est donc Mamayèn, ceux que l’on ne peut chasser. Le nom Awoutoue donné à leur village vient d’un interprète abouré qui a voulu signifier aux colonisateurs français que les Akyé Tchin sont des gens qui aiment la guerre.

Les Akyé Tchin ont contracté des alliances matrimoniales avec les Akyé Lepin, Akyé Tson d’Awoué et les Goua. Quand les Anyi Sanvi attaqueront les Goua, ces derniers solliciteront les Akyé Tchin pour les aider à repousser les envahisseurs. Des querelles naîtront entre Akyé Tchin et Akyé Lepin, mais vite réglées par un rituel de reconciliation qui exigea qu’un esclave soit inhumé vivant, en un lieu situé entre Alépé et Awoutoué. Les Akyé Tchin n’ont que cinq matriclans qui sont Be, Ke, Gnè, Nsô (Dzô) et Gnan. Nous pensons que les Akyé Tchin appartiennent à la migration Akwakwa-Abrem de laquelle relève les Nladianbo et Yorokpo de Gomon. Notre hypothèse repose sur la proximité géographique d’Aya l’ancien village des Tchin avec Agrouvri lieu où les populations de cette migration ont séjourné. Le nom Akye/ Apie est probablement lié à Okye terme qui comme nous l’avons déjà indiqué à servi à désigner certains akan. A ce propos le roi des Akyem Abuakwa, porte le titre de roi des Okye/Okyen (Okyenhene) et les Abouré nomment Okye leurs voisins Anyi Sanvi. Le peuple Akyé comme bien d’autres peuples akan lagunaires, est le résultat d’un brassage humain à plus ou moins grande échelle.