Le port de la hotte par les femmes, le symbole de l’âme Dida

Au grand carrefour de Divo, une magnifique sculpture représente une femme portant une hotte. La femme de la hotte, mieux qu'une simple image, est trait de culture, le symbole même de l'âme dida…

Lorsque vous parcourez les villages de la région, vous rencontrerez des femmes revenant des champs avec des bagages dans les hottes sur le dos. Pour l’étranger qui découvre cela pour la première fois, c’est une curiosité : des femmes qui portent des bagages au dos au lieu de les mettre sur leur tête.

Pour le professeur Gnéba Akpalé Jacob, député de Divo sous-préfecture, la hotte s’inscrit dans les moyens que la société dida a mis en place pour porter ses fardeaux. Cela est dû dit-il, à l’environnement physique et au déplacement de la forêt. Il y a aussi un côté affectif que la femme dida veut prouver. Pour, elle en mettant l’enfant sur la poitrine et les bagages au dos, aucun danger ne pourra arriver à sa progéniture. Avant de tuer l’enfant il faudra la tuer.

Au-delà de cet aspect protection et affectif, il y a celui d’alimenter l’enfant. En effet, la femme dida porte sur la poitrine son enfant, la bouche placée à la hauteur des seins de sorte que l’enfant puisse téter à tout moment. Pour le Pr Gnépa Akpalé Jacob, les « gboko » (hotte en dida) permettent aux femmes de porter à la fois beaucoup de bagages que sur la tête. Ensuite, elle peut franchir les obstacles en enjambant des troncs d’arbres dans la forêt. Elle peut même s’agenouiller quelquefois pour éviter certaines branches sur son passage et les lianes. L’enfant qu’elle tient en son sein est toujours protégé. En dehors des dida révèle le Pr Akpalé dans la vie courante, des militaires, les Européens portent aussi leurs bagages dans les sacs au dos. Il en est de même pour beaucoup d’élèves aujourd’hui. Car le dos peut plus supporter que la tête. Ces exemples montrent que le peuple dida a eu raison.

En Côte d’Ivoire, chez les Abidji, ce sont les hommes qui portent les hottes ou « gboutou ». La hotte portée par les femmes s’appelle gboko et celle portée par les hommes est appelée gboutou. Les deux peuples étant des alliés ou toukpè. Pour les Abidji, c’est parce que les hommes sont forts qu’ils portent les hottes. Et chez les dida, le port des bagages est l’affaire des femmes. En dehors de la Côte d’Ivoire, au nord du Gabon, les femmes portent également les hottes comme en pays dida. On peut même supposer que c’est pour les mêmes raisons que ces femmes portent les hottes sur le dos. Cette pratique tend à disparaître de nos jours, selon le Pr Akpalé, parce que ce sont plus les sentiers qui sont empruntés par la population pour aller au champ. Ensuite, l’on ne porte plus assez de bagages. Il y a aussi le contact avec les autre populations qui ont leur tradition. Et surtout les artisans qui fabriquaient les hottes n’existent pratiquement plus dans les villages.

Pour ne pas que cette tradition disparaisse, un musée sera créer à Divo afin de conserver tout ce qui est patrimoine culturel dida. On y découvrira hormis les hottes, les pagnes en raphia, les filets de chasse, les colliers confectionnés avec les dents de panthère, symbole de puissance en région dida, portés par les chefs et les queues d’éléphant que les chefs tiennent dans la main droite.

Source: Fraternité Matin