Le poro: société secrète chez les Sénoufo

Le poro est un rituel sénoufo, qui demande une initiation très longue, parfois une vie entière pour atteindre le degré suprême de la connaissance. L'initiation se déroule sur 3 cycles de 7 ans.

Les femmes ont le droit d’être initiées au premier cycle, puis elles se marient, font des enfants, et peuvent reprendre leur initiation après la ménopause ; il faut qu’elles soient à nouveau considérées comme asexuées pour pouvoir continuer.

 » Pour les senoufos, l’homme, au moment de sa naissance, n’est qu’un animal, et ce qui va l’élever un peu au-dessus de cet état, c’est l’enseignement dispensé par le poro, ainsi que l’entraînement aux épreuves, qui conduit à la possession de soi-même. Il existe plusieurs phases d’initiation, durant chacune 7 ans : le kouord est la période pré-nubile. L’enfant est chargé de certaines corvées et il apprend quelques mots symboliques. Le dain prépare à la vie en commun. Pendant cette période, l’adolescent devra être capable d’accomplir des sacrifices personnels. Il apprend à participer aux travaux collectifs, à confectionner les costumes et à participer aux fêtes rituelles.

Le tcholo incite à la réflexion sur le sens de la vie. Un certain nombre de secrets, qu’il n’était pas apte à comprendre auparavant, sont révélés au jeune homme. Ils concernent la théologie, la philosophie, le comportement social et un enseignement professionnel. Enfin le kaffono permet d’atteindre la connaissance suprême et l’intronisation définitive parmi les initiés masqués. Une fois intégrés totalement dans le poro, les initiés doivent verser une cotisation annuelle. En retour, ils reçoivent l’aide de leurs frères, ils sont protégés par les « grands maîtres », qui ont poursuivi encore plus loin la recherche philosophico-religieuse et, au moment de leur mort, leurs funérailles sont assurées par les membres du poro. Après la mort, l’âme du défunt peut tenter de s’attarder dans les lieux qui lui sont familiers. C’est une situation dangereuse, car elle constitue une porte ouverte sur l’au-delà par laquelle peuvent surgir des monstres. Il faut donc aider cette âme à partir définitivement.

Le mort est placé sur un lit taillé d’une seule pièce dans un tronc d’arbre. Il est isolé, grâce au rite accompli par les initiés qui tournent autour de lui en frappant les tam-tams et en soufflant dans de grandes trompes en bois. Sur le cadavre est placé un petit tambour, frappé à coups redoublés en même temps qu’est agité un puissant grelot : l’âme est ainsi expulsée.

Le corps est ensuite placé sur un brancard et porté en procession autour du village. Les forgerons, immunisés contre les mauvais esprits, se chargent de l’enterrer, sur le flanc droit, la tête tournée vers l’est. Un dernier repas est offert au défunt et les pots ayant servi à sa préparation sont cassés sur place.

Quand la mort semble suspecte, on peut interroger le sandogo, qui dévoilera le coupable. Ou c’est le mort, lorsqu’il est sur son brancard, qui dirige les porteurs vers son assassin sans qu’ils puissent résister à la force qui les entraîne. La punition consiste généralement en sacrifices et en bannissement du coupable. »