La reine Pokou, fondatrice du royaume Baoulé

L'épopée de la reine Pokou et du peuple baoulé s'inscrit dans le cadre du grand mouvement de populations qui affectera la région entre les fleuves Volta et Bandama aux XVIIè et XVIIIè siècles. L'histoire de l'exode d'une partie de ces populations vers la Côte d'Ivoire actuelle fait l'objet d'une merveilleuse légende, celle de la reine Pokou.

Peuple de Côte d’Ivoire, d’origine akan, établi dans le centre du pays, à la jonction de la savane et de la zone forestière.

L’héroine de l’épopée africaine

Sous le règne d’Ossei Toutou (ou Osei) naît Abla Pokou qui devait, entraînant une partie de son peuple, devenir l’ancêtre respectée d’une des plus grandes ethnies de la Côte d’Ivoire, les Baoulé.
Abla Pokou est considéré comme une des figures marquantes de l’épopée héroique de l’Afrique.
Le fait mérite d’être souligné, car peu de peuples reconnaissent une femme comme étant à l’origine de leur histoire.

La Yennega voltaique (burkinabè), pour vénérée qu’elle soit en pays mossi, constitue seulement une sorte de transition entre la royauté paternelle et celle que va reprendre son fils.
Toute autre est la reine Pokou, mère du peuple baoulé. Selon les chants qui lui sont consacrés « ce fut elle qui enfantera son peuple elle et elle seule ». Abla ou Abra Pokou naît au début du XVIIIè siècle. Elle est la petite nièce par les femmes du grand Ossei Toutou.

A la mort de celui-ci, le cousin de la jeune fille, Opokou Waré, monte sur le trône.
Soeur du roi, Pokou a tout pour faire la plus grande carrière que peut espérer une femme ashanti.
Seulement les dieux reprennet souvent ce qu’ils semblent donner, Pokou s’aperçoit au fil des années qu’elle est la proie du plus grand des malheurs. Malgré les sacrifices accomplis, malgré les partenaires qu’elle change, la jeune fille devenue femme doit se rendre à l’évidence, elle, dont la gloire dépend de la fertilité, ne peut avoir d’enfants.

Et les années passent. Alors que ses compagnes sont mères et mêmes grand-mères, elle demeure désespérément seule.

Pokou epargnée lors du sac de Koumassi

Pokou doit avoir une quarantaine d’années quand survient l’un des évènements les plus funestes connu par Koumassi.

Le roi Opokou Waré, esprit moins politique que ne l’était son oncle, décide de partir en expédition punitive contre un vassal turbulent.

Il mobilise donc l’intégralité de son armée en laissant sa capitale, Koumassi la splendide, sans aucune défense.

La nouvelle parvient bien vite à un autre peuple vassal, les Sewfi qui supportant eux aussi difficilement le joug, décident de prendre leur revanche. Alors que l’armée d’Opokou Waré se trouve à des jours de marche, ils envahissent l’Ashanti. Détruisant tout sur leur passage, ils parviennet devant la capitale dont la réputation est telle que l’on raconte qu’on y marche sur l’or.

C’est le désastre. Prévenus à temps, une partie des femmes et des enfants demeurés sans défense, va se cacher dans la forêt. Intrépides, les princesses royales refusent de s’enfuir.

Elles sont massacrées par les guerriers Sewfi ivres de leur victoire. Koumassi, totalement pillée, n’est plus qu’un brasier fumant.

Tous les espoirs de succession au trône sont-ils morts avec elles ? Non, car miraculeusement deux princesses survivent : une très jeune fille nommée Akwa Boni et la déjà vieille Pokou.
Le roi des Sewfi leur laisse la vie sauve. Il se rend compte que son expédition, pour victorieuse qu’elle soit, risque de lui ménager des lendemains désagréables.
Aussi décide-t-il d’emmener les deux femmes en otages, monnaie d’échange destinée à pallier la colère prévisible du roi de l’Ashanti.

Une nouvelle jeunesse

Espérance erronnée : Avant même d’essayer de retrouver ses parents, Opokou Waré fait supporter sa vengeance aux Sewfi. C’est seulement après les avoir défaits que le roi envoie chercher sa cousine et sa soeur.

Il a plus hâte de retrouver la jeune Akwa qui porte l’espoir de sa dynastie, que la vieille Pokou.
Il accueille la première en lui disant  » Akwa effri iyé « ,  » Akwa sois la bienvenue « .

C’est par le nom  » d’asae « ,  » celle par qui le malheur arrive  » qu’il salue le retour de sa soeur.
Il ignore qu’un changement radical vient de survenir dans la vie de Pokou: à un âge où les autres femmes ne sont plus que des matrones, elle vient de retrouver une nouvelle jeunesse.

Le guerrier chargé par le roi de la tirer de son exil, un certain Assoué Tano, réussit à la séduire.
L’attirance est réciproque. Bien qu’il soit de beaucoup son cadet, Abla Pokou l’épouse et le miracle se produit.

Voilà que s’annonce enfin l’enfant qu’elle, avait attendu pendant des dizaines d’années.

Les sourires moqueurs qui avaient entouré le mariage tardif de Pokou, s’estompent. Abla n’est plus celle par qui le malheur arrive; la sorcière, celle dont on se méfie; elle est enfin une femme comme les autres et sa joie ne connaît plus de bornes quand elle met au monde un enfant.