Le système politique des Adioukrou

Les Adioukrou (41.000 individus) sont groupés en majeure partie dans la sous-préfecture de Dabou, dans une trentaine de villages, de dimension moyenne, en majorité adioukrou. Un centre semi-urbain, Dabou (12.000 habitants), est le critère de modernisation du pays adioukrou.

Cette population de paysans pêcheurs vit de l’igname et du manioc, du palmier à huile qui procure aux paysans, depuis 1956 surtout, des revenus substantiels reversés dans la pêche, le transport ou la construction.* Cette population scolarisée à 100%, fortement christianisée, est entièrement acquise au modernisme.

Dans son essai d’anthropologie politique des Adioukrou – autrefois divisés en deux confédérations, celle de Dibrimou et celle de Bouboury, en conflit permanent – l’auteur, tout en s’èfforçant de voir ce qu’il est advenu de l’organisation sociale ancienne, étudie leur théorie du pouvoir, la formation de leur système politique et son organisation, les motivations de cette politique; enfin, la portée du système,en comparant les différentes sociétés à classes d’âge de Basse-Côte. Le système des classes d’âge permet d’établir, dans la recherche de la tradition, des relais chronologiques; cependant la colonisation, l’introduction de l’écriture et le déplacement des hommes (guerre, travaux forcés) sont causes de lacunes dans les structures essentiellement orales de conservation du passé.

Selon cette tradition orale, les Adioukrou, aux ancêtres fondateurs de multiple origine, sont considérés et se perçoivent comme membres d’un même groupe, de même identité ethnique, culturelle et sociale, comme le confirme l’étude de la langue, de la vie ;matérielle, des structures sociales et de la vision du monde.

La société adioukrou est une société virile (malgré l’importance des matrilignages) , esclavagiste (cependant les esclaves n’ont jamais été, en nombre, supérieurs aux hommes libres et peuvent devenir citoyens), où les classes d’âge introduisent une distinction entre les « grands hommes » et les « jeunes gens ». C’est enfin une démocratie d’hommes riches (importance de l’initiation à la société des « hommes riches », nature et degrés de cette richesse), « hommes riches » qui sont au centre du système social.

L’analyse des différents niveaux de la structure sociale, confédération (communauté de tribus), tribu (communauté indépendante de villages), village (organisation spatiale, socio-politique autonome), quartier, classe d’âge, patrilignage, nous met en présence de communautés vivante?, conscientes de leur tradition et de leurs intérêts, de leur puissance matérielle et morale, parties d’un système politique fait d’équilibre sans cesse mouvant entre des forces diverses.

La vie politique des Adioukrou ponctuée par les assemblées aux différents niveaux, connaît des moments forts comme le sacre des gouvernants tous les huit ans, au terme de l’initiation d’une classe d’âge; l’ascension au pouvoir d’une nouvelle classe liée ä l’avènement d’une jeune classe à la citoyenneté, régénère la société entière.

L’analyse de la constitution des biens publics, de leur gestion et de leur utilisation met l’accent sur le caractère « collectiviste » de l’Adioukrou et de la force qu’il tire de cette Unité en vue du bien commun (rénovation et modernisation des villages). Ces objectifs de la politique adioukrou peuvent se ramener à six : l’accroissement de la population, des richesses, la paix; la liberté, l’unanimité, la gloire. Les guerres, alliances et échanges commerciaux ont été les moyens de cette politique, tant intérieure qu’extérieure. Les domaines du politique et du sacré s’interpénétrent.

On assiste à une lutte constante contre la sorcellerie et la pratique de l’ordalie, et à une intégration parfaite de l’homme à cette société par une éducation civique et morale. La comparaison des éléments de base des sociétés à classes d’âge de la Basse Côte-d’Ivoire, permet de conclure à la particulière complexité de l’organisation politique adioukrou : en examinant ce qui reste des pratiques politiques anciennes, l’auteur conclut à une désacralisation de certaines fonctions, et au renouvellement des structures de base (village, classes d’âge, patrilignage) qui affirment leur originalité culturelle et sociale dans le cadre non plus d’une confédération ethnique, mais d’un Etat national.

Source: Une société sans Etat et à classes d’âge de Côte d’Ivoire. Abidjan, Institut d’Ethno-Sociologie, 1969, 450 p., 18 pi., bibliogr.