A la découverte du « Gnangan », dans le village de Motiamo (Bondoukou)

Motiamo est l'un des trois villages qui constituent la communauté Dègah en Côte d'Ivoire. Il est situé dans la région du Gontougo, à 7 km de la ville de Bondoukou. Le village se distingue par la richesse de son patrimoine culturel et touristique et la diversité de ses expressions culturelles et traditionnelles.

Au nombre de celles-ci, l’on a le « Gnangan » ou fête de la nouvelle récolte. C’est une fête de moisson en guise de reconnaissance à « Korowiri » (Dieu) et aux « Voûga » (divinités terrestres) à qui l’honneur est fait d’être les premiers à manger les nouvelles récoltes des champs avant que les populations ne soient autorisées à en consommer. C’est à cette occasion que le Pidii ou fête d’igname est célébré dans le village. Mais la particularité de cette fête, c’est qu’en plus de l’igname, elle concerne tout ce qui est nouvelle récolte, notamment le maïs, l’arachide, le gombo etc. Cette fête se déroule généralement dans la période du mois de Juin-Juillet sur une durée de trois (3) jours et consiste en des rituels et festivités traditionnelles. Elle obéit à plusieurs étapes dont la chasse communautaire du lapin dit « Gnangan Tchooman », les sacrifices rituels d’animaux en l’honneur de Dieu et des divinités terrestres pour leur dire merci, l’adoration du fétiche Gnangan dont la fête porte le nom, le pèhn tahî qui est une sorte de lutte traditionnelle etc.

Ci-dessous, la description complète de cet événement culturel inédit, à découvrir absolument!

I – Fondement de la célébration

Gnangan est le nom d’une divinité dans le village de Motiamo, situé dans la commune de Bondoukou. Celle-ci est considérée par les populations, qui sont de l’ethnie Dègah, comme un dieu protecteur à qui l’on rend hommage chaque année à travers des rituels et des réjouissances populaires. C’est aussi l’occasion de la célébration de la nouvelle récolte dans ce village, et donc une fête de moisson en guise de reconnaissance à « Korowiri » (Dieu) et aux « Voûga » (divinités terrestres), avec Gnangan à la tète, à qui l’honneur est fait d’être les premiers à manger les nouvelles récoltes des champs avant que les populations ne soient autorisées à en consommer.

II – Périodicité

L’évènement se tient généralement dans la période de juin-juillet. La date exacte du début des festivités est fixée lors du Koumou (fête sacrée exclusivement réservée aux chefs de famille) selon le calendrier traditionnel Dègah qui compte six (6) jours que sont successivement Tchîla, Sémé, Kanan, Mouléha, Saaga, et Saaga tchô. Ces jours font la rotation en s’alignant de manière parfaite sur les sept (7) jours ordinaires du calendrier grégorien.

III – Déroulement de la fête

Tout commence par l’appel à la divinité, par les sages, de rentrer au village pour y séjourner en vue d’être honorée. C’est deux (2) jours après cet appel que débute la fête proprement dite qui dure trois (3) jours selon le chronogramme de manifestations ci-après.

1 – Premier jour des festivités

La première journée des festivités du Gnagan est marquée par quatre (4) principales activités que sont le Pènon tahi accompagné du Bahloû, le Hiliman kouan-di, le Doho et le Gnangan tchôra.

Le Pènon tahi accompagné du Bahloû est une lutte traditionnelle qui se déroule sous deux (2) formes. La première forme qui est le Pènon tahi, consiste en un combat de boules.

Ces boules appelées « Pènon », sont obtenues à partir d’un recueil de sève d’hévéa sauvage que les jeunes utilisent pour fabriquer des boules dont les formes varient en fonction de la préférence de ceux qui les fabriquent. C’est donc avec ces boules que les hommes s’adonnent à des combats de lapidation lors du Pènon tahi. Quand au Bahloû qui est la deuxième forme de cette lutte, il se veut un combat de corps à corps entre les jeunes en fonction de leurs générations d’appartenance. L’objectif de cette lutte est d’apprendre aux jeunes le sens des alliances, les valeurs de courage et de pardon, car pendant la lutte personne ne doit se fâcher pour avoir été lapidé à tord où pour avoir subi un quelconque choc. Cette activité, exclusivement réservée aux hommes, a lieu pendant tous les trois (3) jours de déroulement de la fête.

En ce qui concerne le Hiliman kouan-di, c’est un moment de partage de repas dans les différentes concessions autour des doyens. Pour la circonstance, chaque famille apporte le repas dans leurs différentes concessions d’appartenance où les hommes se retrouvent pour le partage. L’intérêt de ce partage est qu’il est une occasion pour les sages de prodiguer des conseils aux jeunes et les enseigner sur les valeurs sociales. Le déjeuner est suivi du partage du « gnangan sin-noû » ou encore boisson de gnangan préparée exceptionnellement pour la fête. Cette boisson appelée « pino » ou « tchakpalo » en d’autres langes, est préparée à base de maïs.

Quand au Doho, il désigne une danse de réjouissance des femmes exécutée essentiellement avec des feuilles et rythmée par des chants qui existent à cet effet. Elle se tient dans l’après midi pendant que les hommes sont occupés au Pènon tahi.

S’agissant du Gnangan tchôra qui intervient dans la soirée, il consiste en des sacrifices de remerciements qui se tiennent au sanctuaire de la divinité. Le départ sur le lieu du sanctuaire est accompagné par la danse « Ganhin ». Sur le lieu de l’adoration, seul le chef du village et les chefs de concessions entrent dans le sanctuaire. Pendant ce temps, la foule reste à une bonne distance de l’entrée du sanctuaire, avec les femmes d’un coté et les hommes d’un autre, occupés à des chants, danses et jeux divers. Les animaux abattus sur le lieu de l’adoration sont ensuite fumés et mangés sur place avant de retourner au village. Sur le chemin du retour, la danse « Ganhin » conduit encore la foule, pendant que le chef du village est porté, signe de sa noblesse, sa dynastie et sa suprématie. La procession se termine dans la cour du chef ou la danse « Ganhin » est à nouveau exécutée de manière solennelle devant toute l’assemblée. Il faut préciser que le « Ganhin » est une danse guerrière réservée exclusivement aux initiés.

2 – Deuxième jour des festivités

Le deuxième jour du Gnangan est meublée par le Pènon tahi et le Bahloû (lutte traditionnelle) toute la journée, le Hiliman kouan-di (repas dans les concessions) en milieu de journée et le Tchola dans l’après midi.

Le Tchola, que l’on identifie en langue française comme le batifolage, est un jeu des femmes exécuté sous forme de danse sur la place publique. Cette danse réuni toutes les femmes sans distinction et parfois même des hommes, au grand plaisir des spectateurs. La spécificité de cette danse c’est surtout son caractère humoristique lié à l’accoutrement des femmes qu’on voit parfois nues, mais protégées au niveau de leurs parties intimes par le « atoûfoû » qui est un dessous traditionnel pour femmes.

3 – Troisième et dernier jour des festivités

La fête du Gnangan est couronnée au troisième jour par une vive animation marquée par le Pènon tahi dans la matinée et dans l’après midi, le Hiliman kouan-di en mi-journée, le Tchola dans l’après midi, le Gnangan tchoman en début d’après midi, le Guélatcho dans la soirée et une variété de jeux traditionnels.

Gnangan tchoman désigne littéralement « le lapin de Gnangan ». Celui-ci est chassé et tué par les hommes avant l’exécution du Guélatcho qui est une danse traditionnelle.

En effet, il est raconté qu’à l’appel des sages, avant le début des trois (3) jours de festivités, demandant à la divinité Gnangan de venir séjourner parmi les hommes, celui-ci vient effectivement sous des formes diverses (un grand vent spontané, une pluie, un tourbillon, un temps nuageux, etc.). Mais pour le raccompagner, il prend la forme d’un lapin. C’est ainsi qu’une partie de chasse est organisée pour capturer ce lapin. Il se dit aussi que la divinité elle-même choisit le lapin qu’il veut incarner et la personne qui doit capturer ce lapin. Ainsi, si elle n’est pas d’accord sur un fait quelconque, pour non respect d’un interdit par exemple, la chasse peut s’avérer infructueuse aussi longtemps qu’elle peut durer, tant que des sacrifices pour la satisfaire n’ont pas été faits à cet effet, ou alors si la personne choisie par elle pour capturer le lapin n’est pas de la chasse. Une fois la chasse terminée, l’individu ayant capturé le lapin est accompagné chez la doyenne de sa concession pour être habillé, par celle-ci, comme un héros.

Ce héros que l’on appelle « Gnangan han-faloû » ou encore la nouvelle épouse de Gnangan est porté pour être promené et présenté dans les différentes concessions du village, au rythme de la danse Guélatcho exécutée essentiellement par les hommes, déguisés pour certains et tous munis de branchages qui leurs servent à se chicoter en signe de bravoure. A chaque étape dans les différentes concessions, le lapin est présenté et les chefs de concessions à qui l’on rend visite offrent des boissons à l’assemblée. Par ailleurs, lors de cette danse, sept (7) chants sont enregistrés avec leurs significations en fonction du quartier et de la concession visitée, faisant l’éloge de ces quartiers et montrant la place de chaque famille dans la société. Ces sept (7) chants concernent seulement cinq (5) quartiers sur les sept (7) que compte le village, avec un chant dans chaque quartier et trois (3) dans le quartier dont est issu le chef du village. Aussi, à chaque étape, c’est le chef qui reçoit qui entonne le chant de sa concession que l’assemblée reprend en refrain. Il est dit que cette tournée dans les concessions qui se termine dans la cour du chef du village, où les hommes s’adonnent à un spectacle de lutte et de force avec leurs branchages, symbolise les adieux de la divinité Gnangan, que l’on raccompagne, aux différentes familles.

Pendant toute cette étape du Guélatcho qui parcourt les différentes concessions, des jeux divers sont enregistrés sur la place publique et on peut citer parmi ceux-ci, Tchogolo lomi tchogolo, Kolio lio, Kélimissagbéné, Moutéri hé ba-ba, Ozimo et Ya yo moutéri.

Les festivités du Gnangan prennent fin autour de 19h et 20h après les jeux et animations diverses et la dernière étape du Guélétcho dans la cour du chef du village.

Source: maliret.blogspot.com