A la découverte des sites sacrés de Laoudi-Bâ, expression de l’identité culturelle de la population

La sous-préfecture de Laoudi-Bâ, localité à 31 km de Bondoukou (Nord-est, région du Gontougo), sur l'axe Bondoukou-Bouna se distingue par ses nombreux sites sacrés qui contribuent certes au renforcement de l'identité culturelle de sa population sans toutefois participer de façon tangible au développement de ce village.

La forêt sacrée « Kossian », un exemple de préservation de la biodiversité

Dès l’entrée de Laoudi-Bâ, une magnifique forêt contournée sur un kilomètre par la voie bitumée menant à Bouna se dresse en face du village où vit une population de plus de 8 000 âmes, en majorité Koulango.

Cette forêt sacrée de plusieurs hectares appelée « Kossian » a une histoire et constitue une aubaine pour la population, car, elle contribue à la préservation de la biodiversité du fait de l’interdiction d’y pratiquer la chasse et les cultures pérennes et vivrières.

Selon Kobenan Kouamé Tia Emmanuel, deuxième chef des Lohoron, famille qui garde le tabouret royal à Laoudi-Bâ et intronise le chef du village, Le « Kossian » est un nom femelle descendant du mot de Kouassi.

Jadis, le premier roi du village, en venant s’installer à Laoudi-Bâ avait un fétiche mâle du nom de « Yéboh » qui s’assemblait avec le fétiche femelle « Kossian » dans le but de protéger tout le village.

Le chef Kobenan a indiqué que cette forêt sacrée est un héritage légué par ses ancêtres depuis de nombreuses années et qu’elle accueille des étrangers et autres personnes non initiées pour des sacrifices ou de simples visites avec l’autorisation du chef du village.

Le deuxième chef des Lohoron s’est félicité du fait que la forêt « Kossian » a permis de protéger la vie de plusieurs animaux, notamment des singes de toutes espèces ainsi que des animaux féroces et des espèces végétales, préservant ainsi la biodiversité.

Il a plaidé pour que cette forêt qui contribue au mieux-être de la population soit reconnue par l’Etat comme un patrimoine ivoirien. Il a fait savoir que les autorités du ministère des Eaux et Forêts ont pris le dossier en main et ont décidé de dresser une clôture de tecks autour de la forêt pour la protéger de toutes formes d’agression.

Le chef a toutefois regretté le fait que cette forêt ne soit pas reconnue sur le plan national et n’attire pas un grand nombre de touristes malgré la diversité de ces richesses. Selon lui, la présence des singes provenant de la forêt et se promenant au bord de la route est une découverte pour les enfants qui n’ont jamais vu ces espèces.

Ce sentiment est partagé par plusieurs habitants du village, notamment Abo Kouadio Judicaël, professeur d’Anglais dans un collège privé. Ce dernier souhaite une visite des autorités du ministère de la Culture et de la Francophonie qui selon lui va constituer un effet déclencheur qui attirera de nombreux touristes dans le village.

Dans le but de maintenir la propreté au sein de la forêt sacrée, un système d’entretien a été mis en place. Il s’effectue à l’approche de la fête des ignames. En effet un jour dénommé « Zogbô » signifiant repos en langue Koulango a été décrété pour permettre à des personnes de nettoyer les mauvaises herbes sur les voies menant aux lieux de sacrifices dans la forêt.

Le chef des lohouron a expliqué qu’une personne coupable de feux de brousse au sein de la forêt est passible de sanction consistant à offrir un mouton pour apaiser la colère des génies. « Toutes ces mesures sont prises pour assurer la protection de cet héritage important à nos yeux », a-t-il fait savoir.

La place du « Pied de cheval », début de la fondation du village de Laoudi-Bâ

Plus loin, à 1 km du village, nous nous enfonçons dans la broussaille sur une piste mal entretenue. Quelques minutes plus tard, nous débouchons sur un espace rocailleux au milieu duquel se trouve un trou peu profond contenant une eau colorée. Autour du trou, des petites marques semblables à celles de sabots de cheval. Ce site est appelée « pied du cheval ».

Selon la légende, le roi des Koulango venu de Sayi à 36 km de Bouna s’est implanté à cet endroit avec son cheval pour fonder le village de Laoudi-Bâ. M. Adjoumani Kouadio Marcel, cultivateur et notable du village a raconté que l’instinct du roi, au terme de son périple, l’a amené à poser ses valises à cet endroit.

Ce qu’il fit en descendant de son cheval avant de disparaître subitement dans le trou imbibé d’eau en compagnie de son cheval. Quelques années plus-tard son peuple l’a suivi pour créer le village de Yorou dirigé par le premier chef Saman.

Le chef Taki succéda au chef Saman après son décès. Pour préserver la paix entre les peuples de Laoudigan au nord et Koura au sud, il décide de s’installer au milieu des deux villages en guerre.

Le fait de se conforter dans sa position stratégique de médiateur pour empêcher le sang de couler entre les deux peuples explique l’origine du nom de l’actuel village. « Ô Laôdi », signifiant en français « Si je m’en vais de ce lieu, ces gens vont entre-tuer ». D’où le nom « Laoudi ».

« La présence d’un trou dans une roche n’est pas l’œuvre d’un être humain mais c’est une œuvre divine », a-t-il soutenu, insistant sur le fait que cette eau ne tarit jamais quel que soit les saisons. Pour lui, elle est une source de bénédiction pour tous les habitants qui viennent la puiser.

M. Adjoumani a plaidé pour l’entretien de ce site méconnu mais ouvert désormais aux visiteurs. Il craint que ce joyau qui retrace l’histoire du village soit rangé aux oubliettes et ne profite pas à la population notamment aux enfants.

En effet Kouakou Nestor, élève en troisième dans un collège ignore l’existence de ce site et souhaite qu’une excursion soit organisée pour permettre aux élèves de le visiter.

Même son de cloche pour Yahoua Simone vendeuse de produits de beauté. Celle-ci affirme qu’elle n’a aucune information de ce site sacré. Elle a plaidé pour que les anciens du village initient des rencontres afin d’expliquer son origine et ce qu’il apporte aux habitants.

Les pierres de la jeune fille « Yrègbolène » ou le désir d’une femme de fonder son propre village

A 500 mètres du village de Laoudi-Bâ, nous parcourons une voie non bitumée qui nous entraîne dans un endroit broussailleux laissé à l’abandon. Nous nous frayons un chemin dans la forêt à l’aide d’une machette avant de nous trouver en face des rochers de près de trois mètres de haut marqués par du jus de la noix de cola.

Selon Kouakou Kouamé Gérard, notable, conseiller du chef suprême des Koulango, ces rochers du nom de « Yrègbolène » ou les pierres de la jeune fille étaient le symbole d’un village crée au 13è siècle par la nièce du premier roi des Koulango, Sougayèrè Tchètchè Dô, signifiant petite femme très riche.

Accompagnant le premier roi sur la terre de Laoudi-Bâ, Sougayèrè Tchètchè Dô a décidé de rester à cet endroit avec une partie du peuple pour attendre le retour de son oncle, le roi. Mais, quelques mois plus tard, elle apprend que son oncle a pénétré sous la terre avec son cheval à la place du « pied de cheval ».

La nièce du roi décide d’en faire autant afin de sédentariser son peuple. Elle mâche de la noix de cola et asperge le jus sur les rochers. Ceux-ci se fendent et la nièce du roi pénètre dans les monstrueux cailloux avant de disparaître en demandant au préalable à son peuple de rester définitivement à cet endroit.

Si cet endroit ne fait pas l’objet de rite sacrificiel, il est important de remarquer qu’aucune activité agricole ne s’exerce autour de ce site qui demeure malgré tout sacré pour les habitants du village, car, retraçant un pan de l’histoire de Laoudi-Bâ.

La population de Laoudi-Bâ veut aspirer à son développement

Derrière ces sites sacrés d’une valeur culturelle inestimable se cache un véritable problème de développement qui se résume en plusieurs maux. Le manque d’adduction du village en eau potable.

Laoudi-Bâ, population de plus 8 000 âmes se contente de l’unique puits du village au désarroi des femmes obligées de se lever très tôt le matin pour avoir accès à cette manne rare.

« Nous souffrons dans ce village parce que nous n’avons pas d’eau potable et nous voulons demander pardon à l’Etat pour qu’il nous aide à avoir un château d’eau pour que nous puissions boire de l’eau potable », a plaidé, Ama Kouman Catherine, ménagère à Laoudi-Bâ.

Elle a trouvé cette situation gênante pour les fonctionnaires d’Etat obligés eux aussi de se plier en quatre pour un simple bain avant de se rendre au travail.

Pour Kouamé Kouassi Valery, président des associations des jeunes de la sous-préfecture de Laoudi-Bâ, outre le château d’eau, le village a également besoin de l’extension de son réseau électrique avec l’ouverture des voies.

Il a souhaité que le collège soit érigé en lycée moderne pour accueillir un grand nombre d’élève et la construction d’autres écoles primaires publiques pour le village qui ne cesse de s’accroître numériquement.

Pour le président des jeunes, le développement du village passe aussi par la construction des usines de transformation de manioc, de maïs et de tomates afin de créer des emplois pour la jeunesse.

Les sites sacrés du village de Laoudi-Bâ sont une forme d’affirmation de l’identité culturelle des habitants. Mais, ces sites laissés le plus souvent à l’abandon par ignorance ne contribuent guère au développement de ce village par manque de promotion. L’appel lancé aux autorités sera certainement entendu afin de satisfaire la population qui souhaite ardemment la présence de touristes nationaux et internationaux sur ses terres.

(AIP)

Reportage réalisé par Alain Zagadou, chef du Bureau régional de Bondoukou