L’Origine des Abourés

Les Abouré s'appellent eux-mêmes Abou. Ce terme désigne l'ethnie et la langue. Il ne semble pas qu'il faille y voir une allusion au pays d'origine. D'où viennent les Abouré ? à ce sujet, la tradition orale recueillie dans les villages est unanime à affirmer ceci : venus du Nord-est de la Tanoé, les Abou se sont installés d'abord dans la région de la Bia avant de poursuivre leur exode plus loin vers le Sud-ouest.

Les Abouré situent leur pays d’origine dans la région Sud de Koumassi(Ghana), non loin des sources de la Tanoé. Ils constituaient un sous-groupe ashanti organisé en principauté. L’attoumgblan qui est un document sonore ordinairement fidèle aux origines appelle les Abouré : « Be sa blibi adangaman ashanti kôtôkô ». Les Abouré seraient un sous-groupe « Akan » auquel la tradition aurait reconnu des qualités de « guetteur » de conservateur. Ils appellent « Anyouan-anyouan » leur pays d’origine. Des hypothèses de travail ont été formulées sur l’origine et le sens de ce terme. En langue Abouré «Anyouan-anyouan » peut désigner aussi l’Est, l’orient par opposition au couchant.

La tradition orale des Abouré ne précise pas l’identité du pays d’origine. L’évocation du Nord-est des sources de Tanoé reste assez vague. Les Abouré ne citent pas les noms des villages auraient habités dans la région d’anyouan-anyouan. Ils ne citent pas non plus leurs voisins immédiats de l’Est, de l’Ouest et du Sud, ce qui permettrait de circonscrire leur région.

Ils affirment qu’ils parlaient une langue « assadré » dont serait, dérivée l’Abèlè ou la langue des Abou. Ils laissaient entendre d’autre part que leur principauté ou royaume dépendait de Pendema. Dans le premier quart du XVIIe siècle, pressuré d’impôts et de guerre las, les Abou se révoltent contre Pendema. Pour les réduire à l’obéissance, on leur livre une guerre sans merci. Sous la conduite du roi Nanan Aka Ahoba, les Abou quittent leur pays et se dirigent vers le Sud-est.

Ils traversent la Tanoé et Bouègne et s’installent non loin des sources de l’Ehania, à l’est de l’Evia jusqu’à la lagune Edyin. Ils fondent les villages de Dibi et de la Simin où s’installent quelques clans. D’autres descendent plus bas et créent les villages de Kotoka et d’Ehanlihin. Jusque de nos jours, les membres et les fils des clans Oboun et ogboussi se réclament du pays Ekévié qu’ils identifient avec la région d’Ehanlihin ou Ehania.

Nanan Aka Ahoba descend avec tout le clan royal sur les bords de la Bia et fonde les villages d’Aboisso, d’Ahobaklo, de Wessèbo et d’Ehian. Les Abou donneront le nom de Mlé à toute la région royale. C’est aussi le nom du clan royal. Dans tous les villages Abou, les femmes et les filles du clan royal disent et chantent dans les thrènes ou lamentations funèbres qu’elles viennent de Mlé. Les adjectifs Mlévan et Mléliyin désignent les originaires de la région, ceux qui parlent la langue de Mlé. La capitale de toute la région et de tout le royaume Abou était le village d’Ahobaklo (village de Nanan Aka Ahoba).

Les institutions majeures de la société Abouré
« OTCHOUIN » ou familles claniques. Ce sont des clans composés de familles symbolisées par des chaises. Il y a 11 clans et trente neuf (39) chaises reparties par famille. Le clan EHIVEVLE, le plus important, comporte dix (10) familles et dix (10) chaises.

« ÔFWUA » ou classes d’âges et générations. Tous les sept ans, il est procédé à la répartition des hommes et des femmes dans les classes d’âges, après initiation. Cette répartition obéït à des critères d’âges et à des règles bien précises. Il y a 3 générations à Bonoua : M’PLOUSSOUE, N’NOWE et NOUDJOU, comprenant chacune 4 classes d’âges.

« MLINGBI » ou institution royale. Elle impose des critères de naissance, d’intégrité morale et d’aptitude, conditions que doit satisfaire tout prétendant au trône.

Organisation réligieuse chez les Abouré

Dans la pensée abouré, le créateur ou l’être suprême (gnamien) est vu comme ayant préexisté à la création et à tout ce qu’elle contient. On lui trouve des qualités d’omniscience, d’omnipotence et d’omniprésence. Presidant aux destinées du monde, il est situé au sommet de la hiérarchie spirituelle. Il est le générateur, dispensateur te conservateur de la force vitale de tous les êtres animés (végétal, animal, homme). Son éloignement apparent des hommes est le fait de leur mauvaise conduite. La tradition abouré a une vision triadique du cosmos. Celle-ci distingue le ciel (gnanmien), monde de l’esprit, la terre (asiè), monde de l’homme et d’entité divine, l’au-delà (blèlè), monde des ancêtres défunt. Hormis la terre, ces ensembles ne son pas des lieux géographiques déterminés, mais se rapportent à des états de l’être.