Le peuple Éhotilé

Les Éhotilé ou Mékibo forment le groupe ethnique qui occupe la région sur les bords de la lagune Aby et dans l'archipel qui en obstrue l'entrée, la région de Yakassé et les villages de Vitré I et Vitré II dans la commune de Grand-Bassam. Etuéboué, chef-lieu de sous-préfecture du même nom, est le siège du canton éhotilé.

Les Éhotilé vivaient autrefois dans un territoire limité à l’est par l’embouchure du Tanoé, à l’ouest par Assouindé et au nord par le pays agoua. D’après leur tradition orale, les Éhotilé ou Mékibo disent être sortis de l’eau sous la conduite d’un ancêtre mythique nommé N’gbandji Gniman. Leur point d’immersion se situe à égale distance de la colline d’Eléman et de la pointe de la presqu’île Ehoussou.
Une fois sortis de l’eau, les Éhotilé se sont installés sur l’île d’Assoco Monobaha. Ce sont les plus anciens habitants connus de la partie sud et ouest des lagunes Aby, Tando et Ehi. La preuve scientifique de cette ancienneté a été fournie par l’archéologue français Jean Polet. Celui-ci a pu établir, grâce aux fouilles des îles éhotilé, que les ancêtres des Éhotilé vivaient à cet endroit depuis six mille ans avant Jésus-Christ.

Les Éhotilé constituaient le « royaume de Monobaha », nom de la plus grande des îles qui ferment la lagune au sud. Ce royaume, dirigé par un certain Brembi ou Blembi, a connu une grande prospérité. Mais suites aux guerres sanglantes avec les Agni-Sanwi en 1725, les Éhotilé ont perdu leur indépendance. Ainsi, soumis aux vainqueurs, ils ont été intégrés dans le royaume sanwi. Avant d’être dominés par les Agni, les Éhotilé ont vu passer la plupart des populations venues de l’est qui contribueront à la formation des ethnies des Ahizi, Alladian, Ébrié et Abouré.

Ils ont accueilli les Essouma auxquels ils ont cédé des terres en bordure de la mer. Cette assimilation a abouti à la perte totale de l’usage de la langue maternelle des Éhotilé, qui est le bétiné, remplacée par l’agni-sanwi. Cependant, des Éhotilé vont échapper à cette perte totale d’identité et de personnalité, ce sont ceux qui ont pu se réfugier à Vitré I et Vitré II. Ils ont pu conserver leur identité éhotilé et la langue bétiné, qui est encore parlée couramment dans ces deux villages.

Ceux qui ont continué chez les Pépéhurie ont des descendants à Tefredji et Tabot (département de Jacqueville). Les Éhotilé sont organisés en fa, c’est-à-dire en « classes d’âge » ou en « générations », qui correspondent à la répartition de la population en lignages. Il y a deux fa : les sawa et les muluswé. Chaque fa a, à sa tête, un chef fakpahi, choisi pour ses qualités d’homme juste et respecté, et un chef guerrier salahina, personnage doté de la capacité de franchir les limites physiques assignées au commun des mortels. Malgré le passé monarchique (le royaume de Monobaha), aujourd’hui, les Éhotilé ne sont pas organisés sur ce modèle étatique : la société éhotilé entre dans la catégorie des sociétés dites lignagères. Les Éhotilé se répartissent en cinq clans ou lignages afilié : les Boïna, famille royale; les Boyau, qui assurent l’intérim en cas de vacances de pouvoir; les Boitchiman, porte-parole, souvent chefs guerriers; les Bosseman, les guerriers; les Boikrou, sacrificateurs du génie assohoun.

Sources: AKA Konin collection digitale « documents de sciences humaines et sociales »