Le peuple Ayaou et son Histoire

Le peuple Ayaou est l'un des démembrements de l'ethnie Akan-Alanguiras qui, entre 1610 et 1690, constitue le puissant royaume Denkyra au cœur du Ghana actuel.

Au début du XVIIIe siècle, les Allanguiras sont défaits à l’issue d’un conflit par l’armée du roi ashanti Ossei Tutu. Cherchant refuge, plusieurs familles Alanguiras émigrent vers l’ouest.Celles-ci traversent la Comoé, s’enfoncent dans les savanes du centre de la Côte d’Ivoire actuelle et se dispersent à partir de Bouaké. La majorité de ces familles s’installent dans cette région où naîtra Sakassou.

LA CONQUêTE

Les Alanguiras entreprennent la conquête du pays qui les accueille. Leurs expéditions contre les autochtones Gouros, Koro et Tagouanan ; etc… sont couronnées de succès, mais ils sont peu nombreux pour contrôler l’ensemble des terres conquises. Ils concluent alors des pactes d’amitiés pour retenir auprès d’eux les habitants de certains villages d’autochtones qu’ils ne sont pas en mesure de refouler.

DE LA COHABITATION à LA FRACTURE

Deux décennies après leur arrivée, les Alanguiras accueillent les Assabous qui, pour leur part, fuient les querelles de succession ayant éclatées au sein du royaume ashanti.

Ces deux peules issus d’anciens Etats voisins et parlant la même langue, n’hésitent pas à s’accepter; conviennent de cohabiter pacifiquement et les premiers arrivés acceptent de se mettre sous l’autorité de la reine des derniers venus, ceux-ci étant plus nombreux ; jusqu’au jour où les Alanguiras s’offusquant de l’attitude trop paternaliste et du caractère autoritaire de la reine Akwa Bony, héritière de sa tante Abraha Pokou, rêvent d’une autonomie, dénoncent le pacte d’alliance et de cohabitation. Il s’ensuit une bataille armée victorieuse pour les nouveaux venus bien supérieurs en nombre.

Certains Alanguiras, ayant la défaite amère, choisissent de s’établir plus loin vers le nord et forment les groupes Satiklan, Gblo, Goli.

Les autres, les Ayaous et les Kodès, résignés, décident de rester en place, continuent à vivre sous l’autorité de la reine et se diluent plus ou moins au sein des Assabou.

LE NOUVEL EXIL

Vers 1820; une délégation, formant aujourd’hui le sous groue Assandrè,fut envoyée par le roi Ashanti, après le départ des Assabou du Ghana, demander aux Baoulés de revenir au pays, car depuis leur départ, le royaume s’était affaibli . La reine Akwa Bony, ayant refusé de satisfaire à cette demande du roi, les Assandrès ont à leur tour demandé à la reine, l’autorisation de rester auprès d’elle. N’ayant plus envie de retourner au pays. Celle-ci accepte leur doléance et les installe à côté des Ayaous. Des années passent, Ayaous et Assandrès vivront une cohabitation des plus heureuses. Jusqu’à ce vendredi-là, où un Assandré habillé de blanc et offrant un sacrifice à son idole au bord de la riviere est éclaboussé incidemment par un groupe de jeunes ayaou qui faisait une partie de pêche. Ainsi perturbé dans ses invocations mais surtout observant les tâches boueuses ayant rendue sa tenue impropre à son rituel, celui-ci s’emporte violemment et profère des paroles injurieuses aux responsables de son état d’infortune. Il s’en suit une violente dispute. Plus nombreux que leurs adversaires, les Ayaous prennent le dessus, tuant l’un des Assandrès prénommé Tchessi. La reine Akwa Bony, informée de cela, envoie demander aux belligérants de mettre fin aux hostilités et procéder à un arrangement en famille; les Ayaous ayant mal accueilli les envoyés de la reine, cette dernière prend ombrage et n’hésite pas à sévir sur ce sous- groupe qu’elle qualifie de têtu et palabreur, et dont le chef dans un passé récent, a refusé de lui offrir, à sa demande, le boulier en or (Awalé), objet précieux d’orfèvrerie alors bien connu des Ayaous et qui faisait la réputation et la fierté de ces derniers. Elle enverra donc une délégation punitive contre les Ayaous récalcitrants pour cet autre acte de désobéissance ; ce qui oblige ces derniers à chercher refuge de l’autre côté du Bandaman. Mais quelques jours après leur traversée du fleuve, la reine envoie leur demander de revenir à la terre familiale. Une partie regagne alors la terre natale, formant le groupe Ayou-sokpa comprenant neuf villages (Encadré 1).

Les autres qui décident de rester sur leur nouvelle terre de refuge, où ils sont violemment accueillis par les Gouros, notamment ceux de la tribu Yassoua. Aux termes d’âpres et sanglants affrontements qui aboutissent à un armistice, des traités de paix sont intervenus et les Gouros cèdent finalement aux Ayaous les terres que ces derniers occupent actuellement, bien délimitées par une convention reconnue par les deux communautés.

Il est important de rappeler ici l’expression populaire et propre au peuple Ayaou, elle est sous forme interrogative et en langue Baoulé qui est la suivante : « Mi è n’counli Tchessi ô ? » C’est-à-dire « est-ce moi qui ai tué Tchessi ? Ou est-ce ma grande faute ? Autrement dit, est-ce moi qui suis responsable du grand malheur qui nous est arrivé ? Le malheur qu’a été l’obligation pour les Ayaous de quitter leur pays pour aller en exil de l’autre coté du fleuve, pour y rencontrer de gros problèmes d’accueil et d’installation ».

On voit que la mort de Tchessi constitue un élément important de l’histoire de l’Ayaou !

LE MAILLAGE DU TERRITOIRE

Les Ayaous fondent leur premier village au bord du Bandaman appelé Diacohou qui signifie littéralement, « restons ici, si nous allons plus loin, nos pieds déjà fatigués vont mourir». Puis, s’ensuivent tous les autres villages créés en direction de Bouaflé, à partir de campements agricoles et de chasse (Voir encadré 2).

Initialement constitué de quatre sous-groupes, Attossè ; Diacohou ; N’denou et Sokpa, l’Ayaou se trouve aujourd’hui reparti en trois grandes entités issues de la mise en eau du barrage hydro-électrique de Kossou intervenu en 1970.

Certains de ces villages dont les terroirs ont été submergés par les eaux du lac ainsi formé, ont été obligés de déménager dans une forêt classée située à vingt (20km) au sud de Bouaflé, formant huit gros villages (voir Encadré 3).

A ces villages, il faut ajouter un village venu du Yowere, qui a aussi déménagé pour les mêmes raisons, et qui a bien voulu s’intégrer au groupe Ayaou. Il s’agit de Benou qui est le huitième village

Tout cet ensemble forme l’entité Ayaou-Sud ayant pour village centre N’douffoukankro qui vient d’être érigé en chef-lieu de sous-préfecture pour l’Ayaou-Sud.

L’Ayaou-Nord est formé par les villages qui n’ont pas été touchés par les eaux du barrage. Ce sont : Akanguessankro ; Kpangbankouamekro ; Diacohou Nord ; Klingambo; Pakouabo.

Ce dernier est le village centre de ce groupe et vient d’être érigé en chef-lieu de sous-préfecture pour l’Ayaou-Nord.

Le troisième groupe appelé Ayou Sokpa demeure sur la presqu’ile où sont également installés Toumodi Sakassou et les villages Sran, et constitue un gros village : Ayaou- Sokpa, résultant du regroupement sur un même site de tous les villages initiaux qui n’ont pas été menacés par les eaux du lac et dont des ressortissants de certains d’entre eux ont préféré déménager dans l’Ayaou sud pour avoir plus d’espace de culture agricole (c’est le cas de Tiebissou ; Dieou ; Akohuebo ; Nangrekro ; Keklenou ; Sagi). Ayaou-Sokpa est également chef-lieu de sous-préfecture

RéSISTANCE FAROUCHE AUX COLONS

Alors qu’ils s’imaginent avoir retrouvé la quiétude après la paix négociée avec leurs voisins Gouro depuis des années, voici que les Ayaou doivent à nouveau faire face à de nouveaux agresseurs venus d’outre-tombe, ignorant évidemment que ces dernières agressions concernent d’autres peuples de la terre qu’ils habitent. Ayant perçu ces nouveaux intrus comme un tantinet fragile, donc facile à bouter hors de leur terroir, les Ayaous opposent d’emblée une résistance farouche aux assaillants ; mais devant l’armement hautement supérieur et techniquement dominant de leurs ennemis, ces derniers les vaincront après avoir mis la main sur douze de leurs notables, qu’ils vont déporter à Bouaké, à Sassandra, au Gabon dont ils ne reviendront pas, et finalement les conquérants arriveront à soumettre le peuple Ayaou, et l’obligent à déposer les armes en 1911.

L’histoire de l’Ayaou s’écrira à partir de cette date en de nouvelles lettres à l’instar de celle de tous les peuples de la Côte d’Ivoire.

Encadré 1

Nangrekro ; Dieou ; Kékrénou; saguiwawassou ; Tiébissou ; Kpètoukro ; Blongonzué ; Assamabo ; Akohuébo

Encadré 2

Pakouabo ; N’denoukro ; N’douffoukankro ; Kpangbankouamekro ; Akanguessankro ; Attossè ; Lagrikro ; Trènou ; Blè ; Allé ; Diomambo ; Akottiakro ; Kroukouamessou ; Klingambo ; Frossou

Encadré 3

N’DOUFFOUKANKRO (Akotiakro ; Allé ; Trènou ; N’dèbo)
N’DENOUKRO (Diomambo)
BLE (Lagrikro)
ATTOSSE (kroukouamessou)
DIACOHOU SUD ( partie Diacohou initial)
NANGREKRO (Kekrenou et Saguiwawassou)
AKOHUEBO (Tiebissou et Dieou en partie)

Encadré 4

Dates clés
1701 : Le royaume Denkyra est défait par l’armée du roi Ossei Tutu. Les Allanguiras cherchent refuge vers l’ouest de leur terre.

1702-1704 : Ils traversent le fleuve Comoé et s’établissent au centre de la Côte d’Ivoire actuelle.

1720 : Les Assabous émigrent à leur tour du royaume Ashanti suite à des querelles de succession et s’installent aux côtés des Allanguiras.

La cohabitation pacifique vire en affrontements. De la fracture naissent les groupes Satiklan, Gblo et Goli.

Peu après, les Ayaous migrent vers le centre-ouest et s’installent sur la rive droite du Bandaman blanc.

1902 : Les Ayaous empêchent le colonisateur d’entrer sur leur territoire.

1907 : La France dirige une colonne contre les Ayaous, les Sokpas se soumettent.

1908 : De nouvelles colonnes sont envoyées en mars-avril.

1909 : le Capitaine Foussat lance, en février, une colonne, mais fait demi-tour. Le mouvement insurrectionnel gagne l’ensemble des factions Ayaou, un mois plus tard. Les Yowere se joignent aux Ayaou.

Les Capitaines Cahen et Foussat s’emparent de Tiébissou le 14 avril, d’Attossé le centre de la révolte, le 19 avril puis des villages de Diacohou et de N’denoukro.

La colonne du Lieutenant Bayle traverse le pays Ayaou du sud en direction de Bouaflé fin juillet.

1910 : toujours en révolte, les Ayaous du nord attaquent le Lieutenant Bayle en juillet.

1911 : La France déporte ou assassine douze chefs de villages et notables. En mars, la soumission des Ayaous est quasiment assurée.

Encadré 5

La symbolique identitaire de l’Ayaou

L’Ayaou ayant été longtemps dans l’histoire reconnu de posséder un grenier rempli d’or et un awalé en or,qui ne sortait que le vendredi et se jouait sur une peau de léopard avec des boules en or par les hautes personnalités nobles, on peut imaginer et considérer à juste titre que les éléments constitutifs de la symbolique identitaire de l’emblème Ayaou sont : Le Grenier, l’Awalé et le léopard.

LE GRENIER D’OR
Le grenier traduit l’abondance, donc la richesse mais aussi la noblesse, la fertilité et la prévoyance. Il implique la notion d’effort et celle d’économie et d’épargne, un sens aigu de la sobriété qui use de toute chose avec modération.

Connu depuis l’Antiquité des Akan, l’or est toujours recherché et présent dans toutes les grandes cérémonies d’apparat, de réjouissance, funéraires ou les célébrations. C’est le cas du Son’va, une exposition d’objets d’orfèvreries dans la chambre mortuaire du défunt ou de l’Aton’vlè, la mariée parée de bijoux en or le temps des noces. De plus chez les Ayaous, l’or est le principal élément constitutif de la dot offerte par l’époux pour que sa descendance intègre le système patrilinéaire.

L’AWALé EN OR
Jeu d’intelligence, alliant réflexion et sens aigu de la tactique, ne se pratique que le vendredi, jour sacré dans la tradition Ayaou. Il traduit le caractère à la fois noble, pragmatique et avisé de ce peuple à la hargne invincible qui s’est maintes fois illustrées, notamment pendant les guerres coloniales de l’empire français, et qui affiche aujourd’hui, un taux de scolarisation largement positif en raison de la densité de ses cadres dont il peut, à juste titre, s’enorgueillir.

LE LéOPARD
Symbole de puissance et d’agilité, le léopard incarne la force alliée à la bravoure et à la noblesse. Il personnifie à dessein ce peuple de caractère, volontiers travailleur, courageux et épris de justice que certains qualifie à tort de têtu et fougueux.

Les obstacles franchis depuis leur départ du Ghana ont sans nul doute contribué à forger le caractère de ce peuple, quantitativement modique mais économiquement dynamique et prospère.

Source: ayaou.fr

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