Le Gbônô: Evènement Culturel en Pays DEGAH de Motiamo

Le gbônô est un rite de la tradition DEGHA. Il consiste à organiser des funérailles d'adieu pour rendre un dernier hommage à tous les morts du village pendant l'année.

Cette cérémonie marque la séparation définitive d’avec toutes les personnes du village qui ont quitté la terre des humains au cours de l’année. Elle se tient chaque fin d’année selon le calendrier traditionnel Dêgha (généralement dans la période d’Octobre-Novembre-Décembre du calendrier grégorien).Elle se déroule en deux phases : les cérémonies d’adieu proprement dites et une fête populaire pour marquer en beauté cette douloureuse séparation pour toujours. M ais, intéressons nous à la première phase, celle des adieux. Les cérémonies traditionnelles d’adieu du Gbônô donnent lieu à un spectacle dont nous allons citer quelques caractéristiques.

I – LA THEATRALITE DANS LE GBÖNÖ

Cette fête d’hommage aux morts a lieu dans le village de Motiamo dans la commune de Bondoukou. Elle se tient sur une distance allant de la place publique du village au cimetière par une grande procession. Ici, les morts que l’on est en train de célébrer sont les acteurs ou les personnages du spectacle. Ces morts sont incarnés par des personnages proches issus de leurs familles selon qu’ils soient hommes ou femmes. Toute la population villageoise, les amis, connaissances, et proches d’ailleurs avec en premier les parents des disparus venus assister à la cérémonie d’adieu de manière définitive sont les spectateurs de ces évènements où spectacles.

II – LECTURE DU GBÖNÖ OU ELEMENTS DE LANGAGE AU GBÖNÖ

A présent, intéressons nous à quelques éléments particuliers de ce spectacle.

Tout commence avec un sage du village ou une personne âgée qui cite par ordre de décès, les noms des disparus de l’année que l’on va « accompagner de manière définitive ». A chaque appel, apparait un homme ou une femme incarnant le disparu. Devant tout le monde (parents, amis, connaissances et proches), celui-ci passe, dit-on, « avec l’âme du disparu dans le corps ». Cette incarnation se manifeste par le comportement, la démarche, les gestes, mouvements, voix, sourire, style…de l’être incarnant qui sont identiques à ceux du disparu de son vivant, avec souvent des effets stylistiques tels l’humour, la comédie, le regret, le mécontentement etc. qui sont habituels au disparu.

Chaque passage est suivi d’une prise de parole marquée par un dernier message que le disparu laisse à ses proches. Cela peut être un message de regret, de reconnaissance à ses bienfaiteurs de son vivant, de mécontentement, d’adieu, d’invitation à l’amour, à la paix où à la réconciliation entre personnes en conflits, de lègue… selon l’expression, le rythme, la hauteur, et le timbre de la voix. Toujours concernant le disparu qui s’exprime par incarnation, il produit des gestes qui accompagnent son discours pour se faire entendre davantage. A ce niveau, il faut remarquer qu’en même temps qu’il parle, il produit aussi des gestes qui ne sont pas souvent tous compris de tous les participants. Seuls les sages en comprennent le sens et c’est ceux- là qui traduisent ces messages codés aux membres de la famille à qui ils sont adressés après la cérémonie.

Aussi, les mouvements de l’être incarnant sont-ils à l’image de la personne incarnée (le disparu) selon son état d’âme. Ainsi, peut-il circuler dans tous les sens quand le disparu est content et se sent en situation de fête où ne pas faire du tout de mouvement et marcher tout droit vers le cimetière quand le disparu se sent blessé (par exemple, exprimer son regret, son indignation suite à une mort précipitée où occasionnée par quelqu’un d’autre).

Au niveau du costume de l’acteur, notons qu’il est choisi par rapport à une situation de fête parmi les plus beaux vêtements du disparu selon la manière dont celui-ci s’habille de son vivant pendant les fêtes. Rappelons qu’à l’approche des cérémonies, le personnage incarnant est choisi d’office selon des critères connus seulement de la famille proche. Mais, le jour-J, celui-ci peut changer en fonction de la préférence du défunt qui le signifie par le corps de la personne qu’il choisi pour habiter à travers la présence de son âme. On réhabille alors ce dernier pour la circonstance. On raconte que l’être incarnant, même s’il est très loin, il est toujours attiré au village à cette occasion quand c’est lui qui doit jouer ce rôle. En plus des vêtements portés, l’être incarnant porte toujours sur sa tête un bagage contenant du vestimentaire, de la nourriture… appelé colis oublié qu’il dépose à la fin de son parcours sur la tombe du défunt. Làba, l’être incarnant passe un moment couché sur la tombe du défunt, le temps pour le mort de quitter le corps de l’être incarnant et de retrouver sa demeure. Mais tous ces évènements sont précédés et achevés de rituels faits par les anciens « pour appeler et raccompagner les morts ». Pendant tous le parcours allant de la place publique au cimetière, l’on assiste à des pleurs, des rires, des cris… tant au niveau des spectateurs qu’au niveau des acteurs (les morts incarnés). Cette première phase du Gbônô se déroule en un jour sur un timing selon le nombre de morts à célébrer. Et le soir, la fête commence pour finir trois jours après.

Source: maliret.blogspot.com

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