Nigui-saff, terre du Mapouka

Le Mapouka a ses jeunes racines profondément encrées dans le sable fin blanc de Nigui-Saff. Ce petit village ahizi d'à peine 3000 habitants, fait fièrement face à la lagune ébrié et à la ville de Jacqueville, son chef-lieu de département. C'est dans cette petite bourgade située à 70 km d'Abidjan sur la côtière d'abord, puis 10 km de piste ensuite, que naît le Mapouka.

Le mot Mapouka est la contraction de « Mapouka-té » qui signifie en langue ahizi « couvrir, mettre en sécurité ». « En effet, il est conseillé d’emblée aux amateurs de cette danse de régler les affaires courantes du foyer avant de s’aventurer sur la grande place, sinon, on est emporté par ce rythme envoûtant au point qu’on ne pense à rien d’autre qu’à la danse », explique le Dr Pitté Albert, fils de Nigui-Saff et promoteur du groupe Nigui-Saff K. Dance.

Le Mapouka dérive d’un rythme importé de Grand-Lahou « Ahoussi » en 1988. Le Mapouka se tenait au cours de certains cérémonies en zone rurale, ou les femmes en mal avec leurs époux, dans leurs plus belles parures, un pagne bien noué au niveau de la ceinture, descendaient dans le cercle avec la détermination de reconquérir leur place auprès de ces derniers. La partie supérieure du corps incliné à 50 -60°, toute la partie inférieure vibrait au rythme très synchronisé et syncopé des tamtams et animations vocales. Puis le Mapouka a quitté les zones rurales pour gagner les centres urbains où il a connu moult variances, pour devenir chez certains praticiens une danse très osée.

Monsieur Avié Emmanuel (gendarme de profession et fils de Nigui-Saff) décide de transformer la chorégraphie de l’Ahoussi en 1988. Pour ce faire, il immobilisera les hanches de sa jeune fille et lui demande de ne faire bouger que les muscles fessiers. Le résultat de cette expérience lui agrée et tout le village s’emploie alors à danser de la même façon. Très vite, des groupes de jeunes vont se constituer à Nigui-Saff. Sur la base rythmique de 2 tambours, de castagnettes, de cloches, vont se construire des mélodies chantées sur les thèmes de la vie quotidienne, de l’incitation au travail, de l’humilité, etc. Ainsi, naît le groupe  » Ambiance facile de Nigui-Saff  » qui sera de toutes les cérémonies de réjouissance tant à Jacqueville qu’à Bouaké et à Grand-Bassam. Jusqu’à la fin de l’année 1997, les ambitions de ce groupe de Mapouka se limitent à ce genre d’animation. Mais la même année, un autre groupe de Mapouka  » génération mot à mot  » du village de Tiami, met sur le marché une cassette avec six morceaux  » piqués  » à Nigui-Saff.

Se sentant grugés et piqués dans leur amour propre, les fondateurs du Mapouka sous la houlette du Dr Pitté Albert prennent des contacts en vue de l’enregistrement et la promotion du mapouka originel.

En février 1998, l’oeuvre est sur le marché.  » Ambiance facile de Nigui-Saff  » devient alors  » Nigui-Saff K. Dance « . Soutenu par tout un village, par toute une communauté, le groupe est invité à diverses manifestations dont le clou est incontestablement la sélection aux phases finales des Kora 99 en Afrique du sud.

Ce sont donc 16 artistes, dont 3 fillettes et 2 garçons âgées de 7 à 10 ans qui feront découvrir, le 4 septembre prochain à près de 300 millions de téléspectateurs du monde entier, le mapouka de Nigui-Saff, cet autre par notre riche patrimoine culturel. Et comme le dit avec conviction le Dr Pitté Albert « toute action bâtie sur le socle du traditionnel, est comme du roc et ne peut que connaître un grand destin ».

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