Buyo, le barrage, le lac, les îles et la forêt noyée

La petite ville de Buyo, sur le fleuve Sassandra, est une préfecture et marque la limite nord de la région de la Nawa et du district du Bas-Sassandra (dont la capitale est San Pedro).

Situé à environ 70 km au Nord-Nord Ouest de Soubré, le barrage de Buyo a été mis en service en 1980. Erigé sur le fleuve Sassandra, long de 3 615 m et haut de 37 m, il fournit une puissance de 165 MW. Comme le barrage de Soubré, il comporte deux sites majeurs : l’ouvrage d’écrétage des crues, qui permet d’évacuer l’excédent d’eau et l’usine hydroélectrique.

Le lac de Buyo, qui est né du remplissage du réservoir en amont du barrage, a environ 20 km de large à son emplacement le plus large (un peu en amont du barrage), et présente une forme fourchue, avec deux branches, l’une vers le nord d’environ 80 km de long, qu’on traverse à Guessabo (région du Haut-Sassandra), et l’autre vers le nord-ouest, sur le fleuve N’zo, affluent du fleuve Sassandra, qui se termine quasiment au niveau de la ville de Guiglo (région du Cavally, district des Montagnes).

Du point de vue environnemental, le lac de Buyo présente un grand intérêt. La montée des eaux a englouti une grande forêt dense, et on reste pantois devant la résistance des bois qui restent debout et solides malgré leur base immergée depuis plus de 35 ans. La partie sud du lac est limitrophe du parc National de Taï et de la réserve de faune du N’zo, où on accède par la route qui passe sur le barrage. Cette vaste zone humide est parsemée de nombreuses îles boisées, et présente de nombreux recoins (comme tout le contour de ce lac, d’allure très irrégulière), où on peut observer une faune nombreuse, comprenant en particulier une multitude d’oiseaux et quelques singes.

Les berges du lac recèlent également quelques caïmans et des hippopotames.

Les eaux du lac renferment une grande diversité de poissons, presque tous comestibles, et font l’objet d’une pêche intensive (avec une activité annexe de fumage et séchage des poissons). La pêche, artisanale, se déroule le plus souvent en fin de nuit. Parmi les familles de poissons présentes, on trouve notamment les Mormyridés (poissons éléphants, poissons électriques), les Notoptéridés (poissons-couteaux), le redoutable Malapterurus electricus (poisson-chat électrique), des Mastacembelidés (anguilles épineuses), des Cyprinidés (plusieurs espèces du genre Barbus), des Anabantidés (Ctenopoma), plusieurs familles de poissons-chats (Clariidés, Mochokidés [Synodontis], etc.) et plusieurs genres de Cichlidés (Hemichromis, Oreochromis, «tilapias»), etc. Les férus d’aquariophilie se retrouveront en pays de connaissance, car de nombreux genres et même espèces présents dans le lac ont aussi un intérêt en aquariophilie… d’autant que nous n’avons identifié ici que ceux qui sont connus pour la pêche à usage alimentaire, en ignorant ceux qui restent trop petits pour cet usage mais dont la petite taille est parfaitement adaptée à la captivité en aquarium.

Buyo est accessible à partir de Soubré. La route est bitumée jusqu’à Yabayo (environ 20 km), puis il reste 60 km de piste dont l’état variable ne permet pas des prouesses de vitesse (on a le choix entre la boue s’il pleut ou la poussière s’il fait soleil). On traverse un paysage fait principalement de plantations de cacao, quelques caféiers et quelques petites cultures comme le maïs, le riz, etc. Dans le meilleur des cas, il faut compter deux bonnes heures pour effectuer le trajet avec un véhicule adapté. On peut également venir d’Issia (au nord-est). C’est vraiment intéressant de passer une journée à Buyo, en particulier de faire une longue excursion en pirogue sur le lac pour admirer la beauté des paysages, les formes surréalistes des arbres émergents et la faune nombreuse et variée qui peuple les îles et recoins de cette espèce de mer intérieure. Attention toutefois aux caprices de la météo, de forts orages et des tempêtes peuvent survenir de manière impromptue.

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