Le palais de la présidence

Le chantier de " l'Hôtel de la Présidence " (ainsi nommé à l'époque) commence le 19 septembre 1960. Il est achevé pour le 1er anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire : le 07 Août 1961. Les plans sont l'œuvre de l'architecte DUFFAU, grand prix de Rome, et de ses collaborateurs LAFON, BOY et DACBERT.

Les travaux comprennent, la construction, la décoration et l’ensemble de l’ameublement : d’un bâtiment réservé aux réceptions, de la résidence officielle du chef de l’Etat ; d’un bâtiment destiné aux bureaux : bureau du chef de l’Etat et de ses collaborateurs.

Ce chantier comprend également l’aménagement de deux grandes cours d’honneurs, des parkings, des jardins avec des bassins et des fontaines équipés d’éclairages très étudiés permettant de réaliser des mises en lumière réglées et contrôlées pour permettre de créer des ambiances appropriées aux différentes circonstances.

Ces éclairages sont conçus par la société française CLEMANCON qui avait déjà à son actif des réalisations célèbres pour les grands spectacles  » sons et lumières  » de Versailles, Athènes, Rhodes, Baalbleck, Brasilia ainsi que les pyramides d’Egypte.

C’est un vrai challenge de pouvoir terminer un chantier si important en dix mois seulement ! D’autant qu’à cette époque les saisons de pluies, très marquées, pluies torrentielles et incessantes entrecoupées de tornades pouvaient perturber sérieusement l’achèvement des travaux. C’est par rapport à ces conditions climatiques que l’ensemble des constructions devait selon l’architecte DUFFAU, bénéficier d’un revêtement résistant aux agressions et aux détériorations des intempéries. Il proposa le marbre qui répond le mieux à ces critères et de surcroît est d’un entretien facile. Ce matériau sera retenu aussi bien pour les extérieurs que pour les aménagements intérieurs.

Le Président Houphouët-Boigny qui ne rechignait jamais à s’impliquer personnellement dans le suivi des chantiers qu’il initie, effectue un voyage en Italie en compagnie de l’architecte pour choisir lui-même les différents marbres devant servir à l’édification du palais. Les premiers arrivages par bateau ont eu lieu fin janvier1961. Mille tonnes de marbre vont servir à tous les revêtements qui seront posés à une cadence accélérée.

Pendant ce temps, en France, plusieurs centaines d’ouvriers s’activent dans divers domaines : exécution d’ameublements, d’éléments de décoration mais aussi dans la fabrication de vitrages. Ainsi toutes les vitres du bâtiment de réception sont moulées sur mesure dans les ateliers de Saint Gobain.

Depuis sa construction, le palais présidentiel n’a subi aucune modification architecturale. Par contre à l’extérieur son enceinte a été clôturée par des grilles.

Le bâtiment principal communément appelé « palais » a gardé sa fonction première : lieu de travail du chef de l’Etat et de ses collaborateurs.

On y accède par une entrée d’Honneur donnant sur la cour d’honneur et également par une entrée annexe située sur l’aile du bâtiment donnant sur la rue.

Située à l’ouest, l’entrée d’honneur est surmontée à l’extérieur par les armoiries de la république de Côte d’Ivoire. En entrant, le visiteur trouve le rez-de-chaussée, un hall situé devant la salle du conseil des ministres. Sur la gauche une sculpture représente la répression des militantes du PDCI-RDA à Grand-Bassam le 22 Décembre 1949, avec cette légende :  » Elles ont marché sur Grand-Bassam pour défendre leurs chères familles. Après deux jours d’attente et de déception le combat se déclare.  »

Sous l’escalier d’honneur, qui mène au bureau du Président, un ensemble sculpté intitulé :  » La reine Ablaha Pokou et sa suite « . Œuvre réalisée par Georges KOULAï pour le Président Félix HOUPHOUET-BOIGNY à l’occasion du 7ème anniversaire de l’indépendance, le 7 Août 1967.

Face à cet ensemble sculpté, s’ouvre un petit salon situé entre la salle du conseil des ministres et la  » salle mosaïque ». A l ‘entrée de ce petit salon, un tam-tam parleur AKAN qui semble veiller sur les lieux. Sur la droite le mur est marouflé d’une toile de TORDERIE.

A gauche de ce salon, se profile, la salle du conseil des ministres. Le centre est occupé par une immense table aux tons chauds, entourée de fauteuils en cuir marron clair où siègent les ministres. Un peu en retrait, devant les baies vitrées, un emplacement est réservé aux membres du cabinet présidentiel.

A droite du petit salon, se trouve la  » salle mosaïque  » qui doit son nom à une immense fresque murale réalisée en mosaïque aux tons vifs, à dominance rouge. Nous remarquons sur la droite une longue vitrine à cinq compartiments abritant de belles pièces authentiques d’art Africain.

La salle mosaïque sert aux déclarations du conseil des ministres, aux réceptions et décorations de moyenne envergure, aux réunions des membres du cabinet. Elle servit également à exposer les maquettes des grands travaux.

Le visiteur accède au premier étage par un escalier d’honneur, recouvert d’un tapis rouge, qui aboutit au bureau des huissiers chargés d’accueillir des personnalités. A ce niveau sur la droite se trouve la salle d’attente des visiteurs du Président. Elle se caractérise par une grande applique murale en forme de sculpture située à gauche de l’entrée. Sur le mur lui faisant face, deux petites appliques sculptées de la même facture. Dans un angle, près de la baie vitrée, un portrait du Président HOUPHOUET-BOIGNY est placé sur un support en bois.

En face de cette salle d’attente, nous trouvons le bureau du Chef de l’Etat.

C’est une pièce majestueuse où rien n’a été changé depuis quarante ans. Les murs sont en laque rouge, sauf celui du fond qui est lambrisé. Le sol est en marbre, recouvert de deux tapis. Tous les meubles sont en marqueterie incrustée de marbre. Au fond à gauche, nous découvrons le bureau du Président à l’arrière duquel se dressent deux belles défenses en Ivoire posées sur un meuble bas. De chaque côté de ce meuble, placées dans un angle, deux bustes de femme dont on remarque que le sculpteur n’a présenté qu’un œil droit pour chacune d’elle.

Le mur à gauche de l’entrée est orné d’une grande tapisserie  » je me sers d’animaux  » de Jean LURCAT, peintre français (1892-1966) qui vers 1939 se consacra à la tapisserie et devient directeur de la manufacture d ‘Aubusson. Le titre de la tapisserie est commenté par un texte tissé :  » Les animaux que j’aime n’ont pas d’âme. Ils viennent manger dans ma main. Je ne pourrai parler de l’homme que plus tard « .

En face de l’entrée, de larges baies vitrées donnent sur les jardins. On peut admirer un beau point de vue du port que le Président GBAGBO aime contempler.  » Depuis le bureau présidentiel, je regarde le port. Le rythme des bateaux me donne le pouls de l’économie nationale  » confia-t-il un jour.

Près de la baie vitrée, le drapeau Ivoirien est suspendu au plafond par une tige dorée qui se termine par une boule au niveau du sol.

Jouxtant le bureau présidentiel à droite, se tient le « Salon des Ambassadeurs. » Ainsi nommé parce qu’il est traditionnellement utilisé pour les cérémonies de remises de lettres de créance des nouveaux Ambassadeurs accrédités en Côte d’Ivoire.

On peut y admirer une toile représentant des papillons peinte en 1961 par Bernard BUFFET, célèbre artiste Français. Le sol est recouvert par un grand tapis conçu par J. BOCKER voulant illustrer les Cinq Continents. Ce salon sert également pour l’accueil des envoyés spéciaux des Chefs d’Etat auprès du Président de la République ou aux visiteurs de marque. Notons qu’il fût utilisé pour la réception de Gabriel TIACOH, médaillé d’argent des Jeux Olympiques en 1984.

En quittant le bureau présidentiel, à gauche du bureau des huissiers, un long couloir mène aux différents bureaux des collaborateurs du Chef de l’Etat sur ce même niveau ainsi qu’au deuxième étage.

En ressortant vers la Cours d’Honneur, on traverse une deuxième Cours d’Honneur où sont situés les deux autres bâtiments.

La Maison des Hôtes
Le premier communément appelé aujourd’hui « Maison des Hôtes » était à l’origine la Résidence Officielle du Chef de l’Etat. Le Président Félix HOUPHOUET-BOIGNY y a résidé jusqu’en 1968. Avant la construction de la Résidence de Cocody.

Depuis cette date, il sert de Résidence d’accueil pour les Chefs d’Etat et Hôtes de marque de passage à Abidjan. L’entrée de la Résidence est surmontée d’un porche. La porte dorée imposante à deux battants est décorée de bas reliefs en bronze représentant des scènes africaines. Le hall du rez-de-chaussée est orné d’une toile de G. RHONER, représentant des instruments de musique. Plus loin sur la droite une vitrine nous laisse admirer des pièces authentiques d’Art Africain.

Le visiteur accède alors au Salon d’Honneur, très vaste, occupé par différents petits salons. En entrant à gauche, une toile peinte pour Bernard BUFFET en 1973 (paysage aux péniches). A droite, un paysage champêtre de Maurice de VLAMINCK, peintre français (1876-1965) et la Place ST Marc à Venise peinte par Tristan KLINGSOR. Sur le mur du fond est tendue une grande tapisserie du XVIIèS, représentant un sous bois. La salle à manger, étroite, contraste avec la solennité du Salon d’Honneur. Le marbre de ses murs est veiné d’ocre comme pour donner de la chaleur et de la convivialité. Au dessus du buffet bas une nature morte de Maurice de VLAMINCK semble inviter à passer à table en offrant ses poissons et ses fruits. Plus loin une toile peinte par Bernard BUFFET en 1976 égaye la pièce par ses fleurs vives. De la baie vitrée, on peut se laisser aller à rêver en admirant les jets d’eau du bassin décoré de poissons et d’oiseaux en bronze, le « bassin aux oiseaux. »

La salle des réceptions

En quittant la « Maison des Hôtes » on longe ce bassin pour arriver au niveau du deuxième bâtiment qui est réservé aux grandes réceptions. En entrant, il faut parcourir une longue galerie bordée de chaque côté par d’immenses baies vitrées qui donnent à gauche sur la cour d’Honneur et les jardins, à droite sur un patio où se dresse la belle sculpture en bronze de COLA MARINI représentant un couple de danseurs.

Au niveau du patio, un grand escalier permet d’accéder aux salles de réception.
A gauche est situé une salle de réunions, nommée « Bureau Politique. » Elle servait de lieu d’entretien des Membres du Bureau Politique sous le parti unique avant les grandes réunions. Actuellement, le Président GBAGBO y reçoit les délégations des différents partis politiques et les Associations de la Société Civile en vue du Forum de la Nation.

A droite, en face du « Bureau Politique », nous trouvons la salle destinée aux grandes réceptions, appelée « Le Grand Salon ». C’est dans cette salle qu’eût lieu la veillée funèbre du Président HOUPHOUET-BOIGNY. C’est également dans ce Grand Salon que s’est déroulée la cérémonie d’investiture du Président GBAGBO. Cette Salle a été choisie pour accueillir l’exposition de photographies sur le Palais Présidentiel.

Attenant au Grand Salon, se trouve un fumoir, avant de pénétrer dans la salle à manger utilisée pour les grandes réceptions : « la Salle aux 110 couverts » Ce bâtiment comprend également deux chambres séparées par un boudoir. Ce boudoir possède une belle collection de vases de Murano.

L’une des chambres est décorée d’une grande tapisserie de Jean LURCAT, « Apollinaire bleu » On y trouve également deux lithographies de Kostia TERECHKVITCH, peintre Russe (1902-1978). Dernière richesse artistique et non la moindre le boudoir offre une très belle tapisserie, aux dimensions impressionnantes de 5M2, intitulée « le chien veille », signée en 1955 de LE CORBUSIER : célèbre Urbaniste et peintre français de son vrai nom Charles Edouard JEANNERET.

Les grands travaux de la naissance

En 1897, à l’aube du XXè siècle, le Ministère des Colonies charge une mission, conduite par le capitaine du génie HOUDAILLE, assisté des capitaines CROSSON DUPLESSIS et THHOMASSET, d’étudier un tracé pour la ligne de chemin de fer qui doit traverser la Côte d’Ivoire pour relier le fleuve Niger à l’océan Atlantique, ainsi que la possibilité de créer un port.

Le chemin de fer est la première grande réalisation qui voit le jour en Côte d’Ivoire. Le capitaine HOUDAILLE choisit comme terminus du rail le site actuel du Plateau. En 1903 une équipe composée d’Européens et de manœuvres africains s’installe à Abidjan pour commencer la construction du chemin de fer. La construction du port d’Abidjan est soumise à maintes mésaventures. Le premier projet est élaboré en 1899 par les capitaines HOUDAILLE et CROSSON-DUPLESSIS. La première guerre mondiale interrompt les premiers travaux. Par la suite diverses études sont effectuées. Les travaux reprennent pour être malheureusement interrompus par la deuxième guerre mondiale.

L’année 1950 voit enfin la naissance du Canal de Vridi qui ouvre à la navigation maritime un port en eau profonde abrité par le cordon littoral. Cela permet, dès 1951, de traiter 702.000 tonnes. Désormais la ville d’Abidjan dont la population double tous les 7 ans va devoir au port sa croissance industrielle.

Les liaisons aéronautiques sont importantes pour un pas qui souhaite accroître ses relations avec le reste du monde. Abidjan est décrétée capitale de la Côte d’Ivoire le 10 août 1933. Quelques années plus tard, des bimoteurs venant de Conakry e Monrovia amerrissent déjà régulièrement sur le plan d’eau de la baie du Banco. Plus tard, en 1947, la piste de l’aéroport est construite. Le trafic du petit aérodrome d’Abidjan ne cesse de s’accroître. En 1967, il accueille 110.000 passagers et 14.000 mouvements d’avions. La décision est prise de construire un nouvel aéroport : La première pierre est posée le 8 Février 1967.

A partir de 1961, les grands travaux se multiplient à Abidjan. On trouvera dans l’exposition, les photos de quelques uns de ces travaux de la naissance…

Source: presidence.ci