L’usage de l’arme à feu dans le « Samgbara hôpô, un rite funéraire en pays lobi

Le « Samgbara hopo » est un rite funéraire chez le peuple lobi dans le Nord -Est de la Côte d'Ivoire et qui se traduit par des tirs d'arme à feu émis en l'air pour annoncer le décès d'un membre de la communauté. Aujourd'hui plus que jamais, l'on s'interroge l'opportunité de l'usage de l'arme à feu lors de la célébration, dans ce monde dominé par les technologies de l'information et de la communication (TIC).

Selon les gardiens de la tradition, le « Samgbara hôpô » dans les temps anciens se faisait avec des mousquets, des armes à feu portatives dans lesquels ils mettaient de la poudre à canon. Les détonations étaient des signes de communication et d’alerte à l’endroit des villages environnants au sujet de la mort d’un proche.

« Ces tirs portaient loin la nouvelle du décès, et jadis, c’était uniquement pour l’annonce du décès d’un patriarche », souligne l’ancien Dah Sansan Alfred.

De nos jours, ce rite encore d’actualité, n’est visible que dans quelques contrées de la région du Bounkani. Et dans ces localités, en lieu et place de mousquets, ce sont les fusils de type calibre 12 qui sont couramment utilisés pour cette pratique culturelle qui n’est plus dédiée à la mort d’un patriarche comme autrefois, mais à tout membre de la communauté.

Dans sa mise en œuvre, celui qui s’adonne à ce rituel se tient dans un périmètre non loin du lieu des obsèques , charge son fusil de munitions, oriente son canon vers le ciel et tirs autant de fois qu’il en exprime le souhait, sous les pleurs des parents, amis et connaissances du défunt.

Si le Samgbara hôpô apparait pour le peuple lobi comme un pan important de leur culture, il n’empêche que certains observateurs extérieurs le critiquent pour les dérives qui, des fois en découlent dans sa mise en pratique.

Selon le substitut résident près la section de tribunal de Bouna, Ettien Tiémélé, le « Samgbara hôpô » présente des risques réels et pose le problème de la sécurité publique. »On n’a pas forcément besoin exprimer sa douleur avec des tirs de sommations. C’est pourquoi nous estimons que ce genre de démonstration est inutile et il y a lieu d’y mettre fin. Détenir une arme à feu sans autorisation est illégal donc puni par la loi » a indiqué l’homme de droit.

Le 12 mai à Zanzé dans le département de Téhini, un individu âgé de 50 ans, Kambiré Katiré, voulant se prêter à cette démonstration lors des obsèques de sa belle-sœur avait abattu par maladresse et inadvertance , un villageois venu pleurer la défunte. Il a été condamné à 2 ans de prison ferme, par la section de tribunal de Bouna à qui lui a également infligé une amende 500 000 FCFA, rappelle-t-on.

De nombreuses bavures similaires, liées aux démonstrations du Samgbara hôpô, sont enregistrées chaque année dans la région. Mais, devant de tels actes réprimés, des patriarches dont Ignace Kambou, résidant à Bouna, militent mordicus en sa faveur.

Pour lui, ce rite funéraire doit être pérennisé car au delà de son aspect communicationnel c’est également le témoignage fort de l’amour ou le degré d’attachement du tireur pour le défunt à qui il rend »les honneurs » vigoureusement, au lieu de pleurer comme »les femmes ».

Mais, selon le directeur régional de la Culture et de la Francophonie du Bounkani, Kpan Ernest, le Samgbara hôpô qui est un fait culturel réel, doit aujourd’hui, en raison des réalités liées au changement des temps, exister sous une autre forme, une autre approche.

Par exemple, le muer en une musique funéraire où un instrument lead, en lieu et place de détonations d’armes, projette des notes d’une expressivité exceptionnelle pour rendre hommage au défunt.

»Au delà même de la musique, les pas de danses peuvent être mis à contribution. Danser avec des pas ayant sens, signification et langage spécifique pour exprimer sa douleur, est également cette nouvelle forme de Samgbara hôpô vers laquelle le vaillant peuple lobi devrait peut-être se lancer », a proposé le directeur régional.

L’un des défis majeurs de ce rite demeure la modernité. Ce facteur prépondérant ne va t-il pas contribuer à son extinction totale à travers la fragilisation de la chaîne de transmission des valeurs entre les anciens et la jeunesse?

Les années à venir sont plus que déterminants pour le maintien ou pas, de ce rite funéraire mettant en évidence l’une des particularités exceptionnelles de la richesse culturelle du peuple lobi.

Source: AIP