Présentation du peuple Agni Indénié

Les quelques données historiques disponibles permettent de savoir que les N'dénian sont originaires d'Agnuangnuan. Leur migration est consécutive au conflit entre les royaumes du Denkyra et de l'Ashanti.

En effet, après avoir vaincu les Denkyra, l’Ashantihené (Roi des Ashanti) chercha à étendre sa domination sur toutes les tribus voisines notamment celles des Baoulé, des Djuablin et des N’dénian. La migration des N’dénian remonte au milieu du XVIIIe siècle, c’est-à-dire entre 1740–1745. Les premières vagues comprenaient cinq (05) sous-groupes. Il s’agit des Bettié, Allangoua, Ahua, Abradé et N’dénian ou Anikylé.

Les Bettié
Vers 1740, le chef des Sohié, EBIRI Moro, profitant de l’absence de OPOKOU Ware, roi des Ashanti (Gold Coast), massacra les parents de l’Ashantéhené. OPOKOU Ware se mit à poursuivre EBIRI Moro et ses sujets à travers le Sefwi (région du Sayé sise en Gold Coast). Les fuyards vont rejoindre leurs parents Agni Indénié pour émigrer vers l’Ouest. Mais ce groupe va se séparer très tôt des Agni Indénié, pour s’établir au bord du fleuve Comoé entre Malamalasso et Dabo Assué. Leur chef ADOU Aémou demanda à tout le monde « d’écouter » ce qui se traduit en Agni par [bétìé] « écouter » en d’autres termes, prêtez l’oreille pour observer une arrivée éventuelle de nos poursuivants . C’est cette expression [bétìé] « écouter » devenue Bettié qui est le nom du groupe dont le territoire s’étend du fleuve Bia au fleuve Comoé.

Les Allangoua et les Denkyra
Les Allangoua et les Denkyra sont parents. Leur chef de tribu DOUMA Acari a été tué par les guerriers de OSSEY Tutu. C’est ainsi qu’ils se sont enfuis d’Agnuangnuan sous la conduite de KOUADIO Tufo, chef des Denkyra et, de BOAFO N’da, chef des Allangoua. Ce dernier étant un ami de AHY Bahyé, obtint du chef des N’dénian la permission de s’établir sur le territoire situé entre la rivière Manzan et le Comoé. Cette zone est appelée Allangouanou. Quant aux Denkyra, pour éviter de se faire repérer par les Ashanti, ils refusèrent de cohabiter avec les autres peuples. Ils allèrent donc un peu plus au Nord à Diékro, à Assakro et à Amiankouassikro.

Les Ahua
Ils sont originaires de N’duba (pays N’zima). Ils avaient fui les Ashanti pour rejoindre leurs cousins, les Baoulé. Le premier groupe se fixa près de la rivière Ienguin, emplacement actuel d’Arrah. Le deuxième groupe qui avait pris du retard s’installa au bord du fleuve Comoé. Ayant trouvé cette zone inhabitée et à leur convenance, les ahua créèrent leur village surplace et le surnommèrent ?á?wá? sùé? signifiant littéralement « sable eau » qui par déformation coloniale devint Aniassue.

Les Abradé
Les Abradé sont originaires de Sefwi. Leur exode était dirigée par deux (02) frères jumeaux : EBEMBONNU et N’GWA. Ces deux (02) frères se séparèrent à Affewa (Aprompron). La branche conduite par N’GWA poursuivit sa marche plus au Nord et s’installa dans le pays Bona. Tandis que celle conduite par EBEMBONNU trouva l’hospitalité auprès des Allangoua et se fixa à Abrandinou.

Les N’dénian (Anikylé)
Pour échapper à la domination Ashanti, selon les données historiques de A.E. Yao (1984 :p.167), les N’dénian conduits par AHY Bahyé se dirigèrent vers l’Ouest. Ils s’installèrent sur la rive gauche du fleuve Comoé dans une zone forestière non peuplée. La première installation correspond au territoire situé entre Zaranou et Ebilassokro. Leur chef AHY Bahyé qui se sentit hors d’atteinte de ses poursuivants se fixa à cet endroit qu’il appela [sánà? èwùé] ce qui littéralement veut dire « sauf la mort », sous-entendu, m’arrachera d’ici. AHY Bahyé ayant pris conscience qu’une plus grande quiétude était assurée s’écria : [?d?` m??´ n?`á?] ce qui signifie « je suis assis, je regarde ». En d’autres termes, je veux voir si mes poursuivants viendront jusqu’à moi. L’expression [?d?` m??´ n?`á?] devint N’dénian dont la déformation coloniale a donné le nom Indénié.

D’autres sous-groupes ont émigré en même temps que les N’dénian. Ce sont les Assonvon à Ebilassokro (Bokasso), les Adufè et les Agnangama.

Abengourou, capitale des N’dénian
La fondation d’Abengourou qui remonte au milieu du XIXe siècle est l’œuvre de MIAN Kouadio, descendant de ATTAHI Pangni. En effet, MIAN Kouadio résidait à Adaou. Mais dans ce village, il y avait très souvent des palabres interminables. Compte tenu des liens du N’dénian avec l’Ashanti, lorsqu’un jugement était rendu dans le N’dénian, l’appel se faisait à Wiasso dans le Sefwi (Gold Coast), la Cour suprême se tenait à Kumassi (Gold coast). Or une affaire arrivant à Kumassi avait la réputation de requérir la peine capitale au perdant. Alors un jour, suite à un incident qui aurait pu conduire MIAN Kouadio à la Cour de Kumassi, il décida de quitter Adaou. C’est ainsi qu’au cours d’une partie de chasse, il découvrit une zone propice à la chasse et à l’agriculture près d’une rivière aux eaux limpides. Il la baptisa [b?´nz??` blá] ce qui sous-entend « on n’a pas besoin de supplier une femme pour avoir de l’eau. » C’est donc au bord de Benzerèbla qu’il créa son campement et qu’il surnomma [m`p?`k??´], c’est-à-dire, « je n’aime pas les palabres », dont la déformation coloniale donnera plus tard Abengourou. Par ailleurs, le campement de MIAN Kouadio va s’agrandir rapidement avec l’arrivée de tous ceux qui voulaient vivre en paix et loin des conflits interminables.

Organisation sociopolitique
Le royaume Agni en général, et des Agni Indénié en particulier est régi par une organisation sociopolitique basée sur le respect de la hiérarchie. En effet, chez les Agni Indénié, l’on a toujours affaire à un plus grand ou à un plus petit que soi. Mais jamais à son égal. Nous avons à la tête de cette hiérarchie : le Roi, lequel a un pouvoir surnaturel et exerce des fonctions religieuses. Il est l’intermédiaire d’une part, entre les ancêtres disparus et la communauté des vivants, d’autre part, entre les forces mystiques et la communauté des vivants. A ce titre, il officie en qualité de prêtre en invoquant les mânes des ancêtres, et en activant les [ètímù] « forces mystiques » à l’effet d’assurer la prospérité et la permanence de la communauté. En raison de son pouvoir mystique, le Roi est soumis à de nombreux interdits. Il ne peut, par exemple, sortir de sa résidence ; il ne peut ni rire, ni boire et manger en public. Après le Roi, viennent les Chefs tribaux ou de cantons, qui sont chargés de rendre compte des affaires courantes du royaume au Roi. Il faut souligner que ces Chefs gouvernent à leur tour les Chefs de villages. Enfin, nous avons au bas de la pyramide des dirigeants, les Chefs de cours ou de familles. Par ailleurs, chez les Agni, la cellule familiale parentale est plus importante que la famille conjugale (famille nucléaire) ; en ce qu’elle prend en compte les grands parents, les oncles, les tantes, les cousins, les neveux… Alors que la famille conjugale se limite au père, à la mère et aux enfants. Pour plus de précisions sur la famille Agni, Elisabeth Annan, Y (1983 :p.23), dit que le système lignager s’articule autour d’une ancêtre commune. En outre, la famille conjugale n’est pas l’unité de parenté de base comme on pourrait le rencontrer dans d’autres sociétés. La raison est que le mari et son épouse appartiennent à des lignées différentes. L’unité fondamentale est constituée par le groupe des descendants d’une ancêtre commune où chacun des membres a une connaissance quasi certaine de ses liens avec l’ancêtre et où la généalogie est réellement connue. Cette reconnaissance de l’ascendance maternelle au profit de l’ascendance paternelle constitue le matrilignage. La parenté est donc déterminée en fonction de la lignée maternelle parce que les Agni estiment que seule la femme est sensée connaître qui est le vrai père de ses enfants. Si la règle de principe est la matrilinéarité chez la plupart des Akan , la résidence est plutôt partout patrilocale. En clair, la mère vient habiter chez le mari et les enfants sont élevés chez leur père. De même, soulignons que l’éducation des enfants est assurée par leur mère.