La Valè-Pouè: célébration de la nourrice chez les Abouré

A Bonoua, il n'y a pas que la production de l'ananas, de l'hévéas, ou la distillation du koutoukou. Les Abouré savent également célébrer la femme, surtout quand celle-ci met au monde un nouveau né.

La cérémonie du Valè-Pouè est un trait caractéristique de la culture en terre Abouré. On accorde un rite particulier à la maternité. Une perception de la maternité qui tire son essence des valeurs d’une société fortement ancrée dans la tradition. La justification socio ethnologique du rite Valè-Pouè chez les Abouré part de certaines considérations. La grossesse est un état de défi physique et moral qui met à mal la santé de la femme. La grossesse est vécue comme un moment d’angoisse et d’incertitude. Incertitude quant à l’issue à la fois pour la mère et pour l’enfant à naître. Dès lors, vivre cet état et par-dessus tout en sortir en bonne santé est une occasion de célébration. Comme une miraculée donc, la nouvelle mère dès sa sortie de la salle d’accouchement, bénéficiera d’une attention particulière. Elle sera soumise à une séance de purification et sera l’objet de soins. Les forces qu’elle a perdu lors de l’accouchement devront être compensées aussi rapidement que le requiert son nouveau statut de mère. C’est par conséquent la tâche de l’époux de pourvoir à la ration alimentaire qui pour la circonstance, peut passer du simple au double, voire au triple. Pour la seule raison que le jour de sa sortie officielle (3 mois après la naissance de l’enfant), elle devra être suffisamment en chair pour arborer avec fierté les nouveaux bijoux et accessoires qui collent à l’évènement.

Une Valè-Pouè qui n’est pas en chair au cours de sa sortie est un déshonneur pour sa famille et son époux. Cela voudrait dire que son homme n’a pas été à la hauteur en donnant la ration adéquate à son épouse, ou encore que la famille a été négligente à l’endroit de sa fille. Les félicitations que la Valè-Pouè recueille çà et là lors de sa sortie, sont adressées à travers elle, à son époux et à sa famille. Au cours de sa sortie, la nourrice sillonne à pied les artères du village pour se faire admirer du public et de ses parents.

Les artefacts vont du tatouage au kaolin sur le corps, aux bouteilles parfumées nouées dans un foulard qu’elle tient en main. La Valè-Pouè en cette période doit être parée de ses plus beaux pagnes (pagnes de luxe, babanguida, kita…), bijoux en or au cou, aux cheveux, et aux poignets.

Pour l’hygiène et la purification, le corps est induit d’huile de palme aromatisée aux plantes naturelles odoriférantes (tchèkè). Les pagnes de diverse nature et parfois aussi de différentes couleurs sont noués autour du rein de la Valè-Pouè. Montés de sorte qu’ils ne dépassent pas les genoux, ils donnent de l’allure et du relief à la nouvelle mère.

Jack Louamy