La succession dans le royaume de Sanwi

Les rituels de début et de règne malgré le caractère héréditaire de la succession. L'intronisation du roi est précède de longues consultation a l'intérieur de la famille et au sein de l'assemblée des notables les critères entre en ligne de compte.

D’abord, la situation généalogique sur laquelle les vielles femmes et plus particulièrement la mère sont consultés ; le deuxième critère qui concerne la capacité à exercer le pouvoir, relève de l’appréciation des parents masculins
L’intronisation proprement dite se fait le vendredi de la semaine faste et comporte deux phases :
– la première phase consiste à designer officiellement le roi : c’est l’aspect politique
– la deuxième phase, qui est l’aspect religieux, consiste à mettre le nouveau roi en rapport avec ses propres ancêtres par l’intermédiaire de l’ADJABIA ou le siège.
– Cette cérémonie donne lieu à de grandes manifestations de réjouissance.

Us & Coutumes
Le roi est l’incarnation vivante du peuple. Il est intermédiaire entre les vivants et les puissantes surnaturelles. Le roi est habité d’une force que les Agni appellent « TUMI » qui lui confère des pouvoirs à la foi bénéfiques et dangereux.

Le roi est le garant de la prospérité générale du royaume. L’accident ou le malheur qui lui arrive rejaillit sur toute la population qui est affectée au même degré. Le Roi doit être corporellement intègre.
En pays Agni l’Adjabia ne peut échoir à une infirme.

Traditionnellement tous les ans, à l’ occasion de la grande fête des Ignames, le roi subit un examen minutieux pour vérifier s’il ne porte pas en quelque partie de son corps, des traces de coups ou cicatrices, auquel, cas il faut procéder à des sacrifices réparateurs. Le sang qui coule dans les veines du roi est considéré comme le sang de son peuple entier. Il doit être préservé de tout contact avec la mort. S’il perd une de ses épouses par exemple, il désigne un de ses sujets pour faire les cérémonies de veuvages à sa place.

Les revenus du roi
Compte tenu du fait que le Roi exerçait une fonction publique, il devait bénéficier de la part de ses sujets des rémunérations sous forme de prestations en travail et demandes judiciaires.

Adoration
L’Adjabia a un gardien qui assure la sécurité et qui est également chargé d’effectuer toutes les cérémonies qui lui sont consacrés notamment la fête d’ignames et l’investiture ou l’intronisation du roi.

La Succession des Rois du Sanwi:
1- Les critères de choix du Roi
« La légende rapporte qu’en 1898 avant Jésus Christ, les femmes souffraient de vives douleurs au moment de l’accouchement. Ne trouvant pas normal que l’homme, le père de cet enfant, se balade aisément au moment où elles se tordent de douleur, les femmes ont demandé une faveur à Dieu. Elles ont souhaité que le père se torde de douleur en même temps que la femme au moment du travail .Ce que Dieu leur accorda, après un entretien avec leur porte -parole. Et un jour, dans une cour, un homme, assis, déchiffrait son parchemin. Sa femme en travail se tordait de douleur et en lieu place du mari, comme l’avaient voulu les femmes, c’était le voisin qui se morfondait en même temps que la femme, en travail. Après cette scène, qui venait de démasquer une femme adultère, les femmes ont demandé à Dieu de rétablir l’ordre ancien des choses, pour éviter de tels incidents. C’est-à-dire laisser la femme seule souffrir au moment de l’accouchement. Moralité : seule la mère connaît le père de son enfant ». C’est à partir de cette histoire que les Agni, à l’instar des Juifs (Egyptiens) ont opté pour le système matrilinéaire. Parce que, disent-ils, « on ne se trompe pas de la maternité d’un enfant ». Ainsi, le Roi en pays Agni ressort d’une famille précise. La famille fondatrice du royaume Krindjabo. La constitution du royaume stipule que le Roi provienne d’une seule famille. Au-delà de cette considération, un Roi a un rôle social. Il contribue à l’unité de son Royaume en étant rassembleur, non partisan, épris de justice et de vérité.

Intronisation du Roi du Sanwi
Tout comme à l’enterrement d’un Roi, l’intronisation du Roi se fait dans le secret, par le chef du village d’Ehia, qui est le village des intronisateurs en pays Agni d’Aboisso. Elle commence dans la nuit du 4ème jour de la semaine (jeudi) et prend fin le 7ème jour (dimanche). Dans la nuit du jeudi au vendredi, on présente le Roi à un petit groupe de personne, constitué pour la plus part de personnes venues des villages du royaume.
Après cette première étape, les « Adoumouffouê » ou guerriers du royaume, habillés dans des tenues faites avec des sacs de riz, le visage peint d’une poudre noire, et avec une couronne tissée avec des feuilles de bananiers sur la tête ils sont prêts pour la sécurité du Roi.

Et durant tous ces trois jours, les Adoumouffouê, originaires des villages Adaou et Osseybo de la région d’Aboisso, veillent au grain sur le nouveau Roi. La deuxième étape est celle des épreuves. Elle se fait dans le grand secret. On introduit le Roi dans « l’adjabia soua » ou maison du trône sacré, où seuls les initiés ont accès. Une fois dans la pièce, le Roi est soumis au traditionnel rite d’intronisation. On feint de faire asseoir le Roi trois fois sur le trône dont il est l’élu avec des paroles bien précises. La première, fois les anciens disent ces paroles : « A partir d’aujourd’hui, tu es l’élu de ce trône ». La seconde fois, ils déclarent : « Nul n’a le droit de te détrôner tant que tu ne donneras pas dos au trône ». La troisième fois, les anciens disent : « Nous resterons tous soumis à tes ordres ». Le Roi reste dans cette chambre en compagnie des initiés et des « Adoumouffouê », pour se recueillir avec les esprits.
Après cette épreuve, le roi devra subir une autre, qui semble de loin la plus difficile. Le roi va refuser de se soumettre à l’appel de « Morphée », le Dieu du sommeil. Il ne dort pas pendant tous ces jours. Il ne mange pas et ne boit pas.

La suite des rites se fait dans le secret de la tradition
Le dimanche, il est présenté officiellement au peuple, avec les traditionnels « Ossé yeh »et est soumis à l’appréciation de l’Attougblan, tam-tam parleur. La tradition exige que le roi soit porté au moment de cette dernière étape par des personnes bien précises, dans son hamac de roi. Mais, avant de commencer la procession, le Roi va se purifier avec le sang d’un mouton. Il va poser son premier pas de roi dans ce sang, pour être purifié, et avec lui, tous les autres Rois présents à la cérémonie. Après quoi, le Roi, devancé par les « Komians » (féticheuses) qui procèdent à la purification de l’itinéraire du nouveau Roi, part à la conquête de son royaume. Les Adoumouffouê arpentent les rues du village, machettes à la main, pour sécuriser le périmètre de la procession. Le Roi visite son royaume, perché sur les épaules des « porteurs » (on porte le Roi une seule fois l’an). Il faut retenir que cette cérémonie de haute portée culturelle, est rentrée dans les mœurs de toute la cité d’Aboisso mais aussi de l’élite ivoirienne.

Les Rois du Royaume Sanwi
Après la fondation de Krindjabo, Amalaman Anoh a régné sur le trône pendant longtemps. Il est mort au trône. Après lui, Amondouffou Kpangni (le grand) l’a remplacé. Puis lui aussi est décédé, laissant la place à Amondouffou Koutoua (le petit) ou Amondouffou II .Dans la constitution du Royaume Sanwi, le Roi règne à vie. Mais en cas de mauvaise gestion il peut être destitué.

Amondouffou II
C’est sous le règne d’Amondouffou que l’homme Blanc est arrivé en Côte d’Ivoire. C’est le 1er Roi qui a signé un traité avec les Blancs, et a mis en place l’organisation actuelle du royaume de Sanwi. Sous son règne la Reine mère Malan Alloua a refusé que les blancs s’installent à Krindjabo. Parce qu’elle les trouvait pâles et ne pouvait accepter de vivre avec eux. Elle va donc leur indiquer un endroit plein de pierres, Ebouêsso (sur la pierre). C’est ce qui va donner par déformation Aboisso.

Les Rois Kodja Assi, Kodjo Adou, Amon Koutoua et Koua Malan
Kodja Assi fut le 1er des rois destitués du royaume Sanwi. Il a été destitué pour mauvaise gestion. Son successeur, Kodjo Adou, a régné pendant six ans, avant de connaître le même sort que son prédécesseur. Sous le règne du roi Amon Koutoua, il y a eu également un problème de mauvaise gestion obligeant le Roi à abdiquer. Après quoi le poste est resté vacants dix ans durant .En fait, celui qui avait été choisi n’avait pas été accepté par le peuple. Il était le fils du précédent et comme il était lettré, il se chargeait avant la destitution de son père d’interpréter les messages des Blancs en direction des rois et vice versa. Mais, n’ayant pas la maîtrise de la langue française, il ne traduisait pas fidèlement les messages. Ce qui lui a valu un refus catégorique au trône, qui lui était pourtant promu. Après ces 10 ans de vide, Koua Malan monta au trône. Il régna pendant sept ans, avant d’être destitué pour mauvaise gestion. Le Roi Amondouffou III Après la série des Rois destitués, vint au trône Kakou Andoh. Il prit le nom de règne d’Amondouffou III. Très bon Roi, il régna pendant longtemps. Selon plusieurs témoignages, il a eu le plus long règne dans l’histoire du royaume Sanwi.

Avec plus de deux décennies au trône. Amondouffou IV
A la mort d’Amondouffou III, Kassy Anzian Paul eu droit au trône sacré. Il régna de 1985 à 2002. Roi longtemps contesté, il avait été rejeté par feu le président Félix Houphouët-Boigny qui doutait de sa moralité et de ses origines. C’est plus tard que cet ancien capitaine de l’aviation civile se dévoilera au grand public. On disait de lui qu’il était un mauvais Roi, puisqu’il acheminait toutes ses richesses au Ghana, d’où il serait originaire. Ajouté à cela, le non respect des lois qu’il s’était cousues à juste mesure. Après 17ans de règne passés à se rire du peuple Sanwi, la destitution de Amondouffou IV fut imminente et sans appel. La destitution qui avait été préméditée par deux fois, sans succès, a fini par devenir réalité, un soir du mois d’août 2002. Le Roi ayant abdiqué.

Amondouffou V actuel Roi du Sanwi homme d’affaire résident à Bouaké, Enan Eboua Koutoua Francis; celui qui est devenu Amondouffou V, est rentré au village après les évènements de septembre 2002. Dans le royaume Sanwi, les ayants droit au trône ne doivent pas être proche du royaume. Alors, sa position « d’enfant prodigue » et qui plus est de la lignée des Rois, ont convaincu les gardiens de la tradition, sur son choix au trône sacré. Ainsi, il a été fait Roi du Sanwi par une intronisation qui a mis trois jours (les 5,6 et 7 Août 2005), comme l’exige la tradition.

Les cantons et leurs rôles
Originairement, le royaume Sanwi s’étendait sur sept cantons (d’Assinie à Noé, la frontière du Ghana). Mais, Aujourd’hui, avec le départ de Tiapoum et des Ehotilé, le Sanwi reste constitué de six cantons regroupant les Blafê ou Agni-Sanwi. L’exercice des règles traditionnelles qui le régissent, chaque canton respectant fidèlement ses attributions et rôles, a longtemps fait de ce royaume un exemple de démocratie (traditionnelle).

– Adjouan Il a le rôle d’éducateur et formateur des candidats au trône du Sanwi. En effet, Adjouan enseigne au futur roi d’abord son rôle au trône, ses relations avec son peuple, les principales familles composant son peuple, les villages et les limites territoriales de son royaume. Il l’instruit aussi sur les alliances avec les autres peuples. De par sa situation géographique (sur une colline qui domine la lagune Aby, donnant une large vue sur tout le royaume), ce canton constitue un refuge privilégié pour les princes héritiers en cas d’attaques ou d’invasion du royaume par un ennemi. C’est de là que partaient les princes héritiers pour le trône à Krindjabo. Adjouan était également un haut lieu de culture où on célébrait les mariages des membres de la famille royale.
– Assouba Traditionnellement, il est appelé le Front. C’est ce canton qui valide et entérine le choix du roi fait de manière collégiale par l’ensemble des chefs de canton. Il légifère et conduit la cérémonie d’intronisation du nouveau roi. Assouba a donc les attributions de haute juridiction et joue à la fois les rôles de Cour Suprême et de Conseil constitutionnel.
– Krindjabo C’est là où se trouve le domicile officiel du roi, il est la capitale du royaume. Selon des critiques, sa fonction de «simple» résidence du roi semble reléguer son titre de canton « souverain ».
– Assinie Lorsque le roi a envie de se reposer, Assinie a pour tâche de le recevoir. Ce canton sert de lieu d’accueil au roi pour ses virées discrètes, avec ses maîtresses par exemple.
– Kouakro et Ayamé (Ce dernier représente l’aile gauche du royaume, appelée originellement le Djandji) Les deux ont pour rôle de défendre et protéger les frontières du royaume pour ne pas qu’il y ait des d’incursion ennemies. Ils y sont aidés par Adaou, un village du canton Assouba.

N.B: Les sept familles royales sont représentées dans chacun des cantons. Les notables dans le royaume sont les conseillers du roi. Ils font partie de la Cour du roi. Après eux, viennent les chefs de canton, les chefs de village, les chefs de quartier qui sont aussi appelés « chefs de chaise ». A Krindjabo, il y a sept quartiers et chaque quartier possède une « chaise » ou un tam-tam.