La cathédrale Saint Paul d’Abidjan

Dominant la lagune du haut de ses 70 mètres, cet édifice religieux fait l'effet d'un véritable ovni architectural au milieu des tours high-tech du quartier des affaires. Achevée au coût total de 4,5 milliards de FCFA, cette construction de facture italo-israélienne s'impose sur les rebords de la lagune, spectaculaire, audacieuse, agressive, parfois aussi discutée (« La cathédrale ? Ubu de béton, Goldorak rôdant sur la cité, oui… »).

On y accède en empruntant le boulevard Angoulvant jusqu’à l’avenue Jean-Paul II qui débouche sur la Cathédrale. Incroyable d’audace et de prouesse technique – surtout si l’on tient compte du fait qu’il a été construit à peine 20 ans après l’Indépendance -, ce colossal bâtiment érigé à la gloire du Seigneur peut plaire ou au contraire choquer, mais ne laissera certainement pas indifférent. Surtout si l’on se penche un peu sur l’histoire de sa construction et la signification attachée à son architecture si surprenante.

Genèse de la plus grande cathédrale d’Afrique

Le projet d’édifier une cathédrale à Abidjan remonte au début des années 1930, précisément à l’année 1934 où la ville est choisie pour être la capitale officielle de la Côte-d’Ivoire. Il est motivé par un désir de rassembler les fidèles dont le nombre ne cesse d’augmenter, sous l’impulsion des missionnaires. Cependant, dans un premier temps, on conçoit davantage la cathédrale comme un lieu de culte destiné à accueillir les colons européens et les nantis résidant au Plateau que les Ivoiriens habitant Adjamé et Treichville et se contentant par ailleurs de leurs églises de quartier. Malgré un début de cotisation des membres de la communauté catholique, ce projet n’aboutira pas. Un second projet voit alors le jour entre 1945 et 1948, où il est question d’ériger une cathédrale qui s’inspire de la cour africaine. Cependant il ne fait pas l’unanimité et est, lui aussi, vite abandonné. Le troisième projet, conduit au début des années 1950, connaît un sort plus heureux et débouche sur la construction de Notre Dame de Treichville, inaugurée en 1956 lors d’une fête populaire rassemblant plusieurs milliers de fidèles. La capitale a enfin une église capable d’accueillir de grandes manifestations religieuses. Seule ombre au tableau : la position excentrée de celle-ci qui contredit la vocation de rassemblement du lieu de culte. Un autre projet est alors proposé, mais il sera laissé de côté par Mgr. Bernard Yago, qui estime qu’il est plus important de construire chapelles, églises et autres édifices religieux dans les nouveaux quartiers se développant autour du vieil Abidjan que de se focaliser sur un bâtiment unique. C’est dans ce contexte qu’entre 1964 et 1966, le PDCI lance l’opération « édifices religieux ». à cette occasion, le Trésor Public est chargé de prélever sur les salaires des fonctionnaires une somme correspondant à la construction d’une église catholique, d’un temple protestant et d’une mosquée, chacun – et ce jusqu’aux sociétés privées -, cotisant en fonction de son appartenance religieuse. Grâce aux fonds récoltés, le Gouvernement, en accord avec les autorités ecclésiastiques, peut alors lancer l’opération « Cathédrale d’Abidjan ». Officialisée en 1980 à la faveur d’une visite du Pape Jean-Paul II, celle-ci se concrétise par la destruction de l’ancienne préfecture et de la maison d’arrêt, alors sises sur l’actuel emplacement de la cathédrale Saint-Paul. C’est ainsi que le 11 mai, le Pape bénit la première pierre de la cathédrale d’Abidjan, tandis qu’au même moment, l’architecte italien Aldo Spirito achève l’élaboration d’un projet architectural ayant reçu l’aval du Chef de l’état et des autorités religieuses. Les travaux commencent le 15 février 1983 et s’achèveront à peine 30 mois plus tard.

Architecture et signification religieuse

L’architecture de la Cathédrale Saint-Paul s’inspire du mystère de la Sainte Trinité, d’où son plan triangulaire. Et la Trinité étant une seule et même personne, c’est le voile de toiture qui réunit les trois éléments du triangle. Ce voile s’élève en une parabole de la terre vers le Ciel, symbole d’élévation et de vérité, reflet architectural de l’exhortation de Saint-Paul : (…) du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ (dans le baptême) recherchez ce qui est en haut… C’est en haut qu’est votre but et non sur terre (col. 3, 1).Le voile symbolise aussi la Tente, lieu de Réunion, et la fonction parabolique figurée par la toiture se veut également représentative de la progression du catholicisme en Afrique. Cette structure triangulaire s’étend sur 4500 m2. Appuyée sur son périmètre, elle n’est supportée par aucun pilier intermédiaire et est reliée aux trois clochers qui la soutiennent partiellement par des haubans en acier protégés par des gaines. Ceux-ci, fixés au clocher central, supportent la moitié du poids de la couverture triangulaire, le reste étant supporté par les appuis latéraux et frontaux de l’ouvrage. Au nombre de 7, ces haubans représentent les 7 sacrements et les 7 vertus. Les clochers adoptent eux aussi une forme triangulaire et s’unissent à 45 mètres de hauteur pour ne former qu’un seul et même corps : celui de la Sainte Trinité et du Christ accueillant en sa demeure et à bras ouverts le peuple de ses fidèles. Le haut du clocher a la forme d’une croix constituée de deux terrasses qui partent du point de jonction du clocher principal (culminant à 70 mètres de hauteur) et des deux clochers secondaires. Les murs latéraux de la cathédrale se prolongent au-delà de la paroi frontale en deux défenses d’éléphant qui, à leur tour, se prolongent en enlaçant tendrement les clochers, comme pour symboliser la Côte-d’Ivoire enlaçant la religion catholique. à l’extérieur de la cathédrale, dans les jardins, se trouve le chemin de croix. Celui-ci se développe le long d’un ample escalier dont la raideur varie en fonction de la signification de la station concernée. Ainsi, les épisodes reflétant la plus grande souffrance du Christ sont-ils soulignés par des marches très raides, comme s’il s’agissait de recréer la sensation physique même du calvaire. Les stations, quant à elles, sont représentées par des bas-reliefs en céramique appliqués sur des panneaux en béton. à l’intérieur de la Cathédrale, qui possède une capacité d’accueil de 3 500 laces, la position centrale de l’autel permet aux fidèles d’assister à la messe sans aucun obstacle visuel et ce, quel que soit l’endroit où ils se trouvent. à la hauteur de l’autel, latéralement, se trouvent les deux sacristies au-dessus desquelles, à 3,50 mètres de haut, sont placés respectivement les choeurs et l’orgue. Cette disposition reflète une fois encore le concept de la Trinité qui, dans ce cas précis, est représentée par la voix (le verbe) qui naît sur l’autel, la musique (esprit et essence de l’âme) qui naît de l’orgue, et le chant comme expression de l’Alleluia, qui jaillit du choeur. Les 370 m² de vitraux de la Cathédrale sont répartis en quatre panneaux principaux dont le panneau d’entrée, qui représente des scènes de la vie quotidienne au temps de Jésus, les deux panneaux latéraux en forme de vague (le panneau de droite – l’arrivée des premiers missionnaires à Bassam – se faisant l’écho positif de celui de gauche – le Naufrage) et enfin un grand panneau derrière l’autel, figurant la conversion de Paul sur le chemin de Damas. à côté du baptistère enfin, se trouve la tombe du cardinal Bernard Yago, premier archevêque d’Abidjan, élevé à la pourpre cardinalice par sa Sainteté le Pape Jean-Paul II en 1980. Bien qu’elle demeure une référence en matière d’architecture et un site incontournable lors de votre passage à Abidjan, la cathédrale souffre aujourd’hui de sérieuses dégradations. à titre d’exemple, les deux ascenseurs qui, il y a quelques années encore, permettaient d’accéder aux terrasses des clochers et d’avoir une vue panoramique imprenable sur la ville et ses environs immédiats sont aujourd’hui hors service et le montant de leur réparation est estimé à 85 millions de FCFA, l’ensemble des travaux de réhabilitation de l’édifice (travaux de climatisation et d’électricité, réfection de la toiture, étanchéité, etc.) s’élevant, selon la Fondation Saint-Paul d’Abidjan, à quelques 750 millions de FCFA.

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