Etuéboué: l’île Tchéloué ou « le temple des chauves souris »

Il est 18h30mn à Akounougbé, un village de pêcheurs situé au bord de la lagune Aby, dans la sous-préfecture d'Etuéboué. Le ciel est couvert par un nuage de Chauve-souris. Et ce, dans un brouhaha perceptible à plusieurs kilomètres de là.

Ces chiroptères (Chauves-souris) sont en quête de nourriture vers les forêts environnantes. Une nourriture composée en partie de fruits, des pollens, et du nectar des plantes sauvages. Mais, ils vont dans ces forêt pour chasser les insectes tels que les hannetons, les doryphores, les criquets, les sauterelles, les papillons, les mouches, les moustiques, les chenilles etc.

Un caractère remarquable des chiroptères est la faculté de se mouvoir dans l’obscurité totale. Ils se déplacent et chassent la nuit grâce à un système d’orientation actif. Par les narines ou la bouche, ils émettent des ultrasons de fréquences variables selon les espèces. Ces ondes ultrasonores, produites dans la gorge au niveau du larynx, sont réfléchies par les obstacles et les insectes qui se déplacent en volant. L’écho en est capté par les oreilles des chauves-souris qui obtiennent ainsi, par une sorte de « vision acoustique », des informations précises sur leur environnement et leurs proies. Selon les scientifiques, ce système d’orientation, mis en évidence à la fin des années 1930 seulement, est appelé « écholocation ». Développé depuis quelques dizaines de millions d’années par les chiroptères, il est également utilisé par d’autres espèces comme les dauphins. Il y a maintenant un demi-siècle, l’homme a inventé des outils similaires, le « radar » utilisant les ondes radio ultra-courtes et le « sonar » utilisant les ultra-sons.

Ces chiroptères qui donnent ce « spectacle » chaque soir proviennent de l’île Tchéléoué, située à environ 8 kilomètres au large d’Akounnougbé. L’île Tchéléoué est un véritable temple des chauves souris. Les cocotiers, les mangroves et tous les autres arbres de la végétation sur ce bout de terre servent de logis à ces mammifères volants. De sorte que toutes les formations végétales ont leurs grappes de chauves Souris. A plusieurs mètres de cette île, il y a aussi l’île d’Assoco-Monobaha qui héberge aussi plusieurs milliers de cette espèce animale. « Ce sont ces deux îles du parc Ehotilé, contenant un ensemble d’îles, sur la lagune Aby qui hébergent les chauve-souris », explique le chef du village d’Akounougbé Nanan Akane Amichia.

Ces chiroptères sont très sacrés pour le peuple éhotilé. Aussi la consommation et la chasse de ces bêtes sont-elles formellement interdites. Selon la légende, les chauves souris se transformaient en guerriers pour combattre les ennemis lorsque les Ehotilé étaient attaqués. « Si vous observé bien, vous verrez que les îles Tchéléoué et Monobaha encadrent l’ensemble des îles Ehotilés. », relève le chef du village d’ Akounougbé. Avant de souligner que les chauves souris de l’île Tchéléoué, en tant que guerriers s’attaquaient aux ennemis venant du côté de l’actuel Ghana et celles de Monobaha ripostaient aux attaques qui venaient de l’ouest.

Légende indique aussi que des caïmans présents dans les lieux aidaient aussi les chauves souris à combattre. « Contrairement aux chauves souris, les caïmans ne sont pas visibles à l’oeil nue. Pour les voir aujourd’hui il faut faire tout un rituel suivi de sacrifice d’animaux », avance Nanan Akane Amichia.

L’autre curiosité, sur les îles Ehotilé est l’espace Gnandjo . C’est un endroit en pleine lagune où la profondeur de l’eau atteint à peine 1mètre et a une superficie d’environ 4 hectares. « En saison sèche l’eau dépasse à peine le niveau du genou », explique Kadjo Justin, un fils de la région. Ce lieu est l’endroit idéal pour la nage et la pêche.

Depuis quelques années, les villageois d’Akounougbé organisent pendant la fête Pascale des festivités sur cette place. Il s’agit du « Gandjo Beach ». C’est une occasion où les fils et les filles du village se retrouvent avec leurs parents pour communier. Course de pirogue, compétitions de natation et des parties de danse traditionnelle sur la lagune meublent ces journées.

l’île de Tchéléoué et Assoco-Monobaha font partie du parc national des îles Ehotiles d’une superficie de 500 ha.

Le Parc national des îles Ehotilés est un ensemble de six îles localisées dans la lagune Aby sud, juste avant son embouchure dans l’océan Atlantique. Ces six îles situées dans une zone estuarienne forment un véritable delta avant l’embouchure de tout le complexe lagunaire dans l’océan atlantique. Ce sont les îles Assoco-Monobaha, Niamouan, Belouate, Mea, Elouame et Besson-Assoum.

Les autres îles ont chacune une particularité. L’île Bosson-Asoun par exemple fait encore l’objet d’adoration et de sacrifices annuels pendant la fête de Pâques.

L’île Niamouan, est, quant à elle, l’ancien cimetière des rois et notables Ehotilé.

L’île Balouaté lui, présente deux canons datés de l’époque de Louis XIV. De nombreuses fouilles archéologiques y ont été effectuées par Jean Pollet (1973 -1974), un historien français.

Côté faune, il faut indiquer que outre le nombre impressionnant de chauves-souris, il existe de nombreuses espèces de mammifères (le potamochère, l’antilope royale, le guib harnaché et le céphalophe de Maxwel). Parmi les primates, le Cercopithèque hocheur et cercopithèque pétauriste. On y trouve également le lamantin Trichechus senegalensis. Les points d’observations sont constitués de miradors qui entourent les îles.

Au niveau de la flore, les différents types d’écosystèmes forestiers présents sur le parc Ehotilé sont entre autres la forêt de terre ferme, la forêt rupicole (en bordure de rive), la forêt marécageuse classique et le fourré marécageux.

Théodore Kouadio – Fraternité Matin