L’historique de Bingerville

Bingerville anciennement Adjamé-Santey, naquit effectivement en 1909-10, lorsque prit fin sa mission de capitale provisoire . Elle devint capitale permanente sous sa nouvelle appellation parce que ses fondateurs, les administrateurs principalement, surent imposer leurs vues aux coalitions commerçantes siégeant à Grand-Bassam et à Abidjan.

Ce fut le gouverneur Roberdeau qui amena, par son insistance, le ministère des Colonies à autoriser le transfert du gouvernement dans cette nouvelle cité. Et ce fut le gouverneur Angoulvant qui décida en dernier ressort de son maintien comme capitale.

Les premières maisons édifiées à Bingerville étaient des bâtisses démontables (Wondji 1976, p.89).Le 25 novembre 1900 lorsque le gouverneur Roberdeau s’installait dans le nouveau chef-lieu avec son cabinet et son secrétariat général, il dut se contenter d’une maison en bois située à l’entrée de la future ville en direction d’Abidjan. Elle comportait cinq pièces chacune élevées sur le même alignement et reliées par un pavillon central en maçonnerie comportant deux étages. C’est à ces pionniers qu’il revint d’élaborer un plan d’urbanisme, de relier la nouvelle cité à l’Europe par la pose d’un câble de 50 km dont une partie fut immergée dans la lagune ébrié, de construire les canalisations nécessaires pour la salubrité de la ville. A ce sujet, pour éviter que Bingerville ne devienne comme Grand-Bassam, des mesures vigoureuses d’assainissement furent instituées par le Lieutenant-gouverneur Angoulvant.

Ce sera au service d’hygiène (Koffi 2013, p.19), l’un des plus importants, de la colonie comprenant le chef de poste, le médecin, le pharmacien, qu’incombera la charge de la surveillance technique en vue de garantir la salubrité. Comme mesure, il est décidé de :
– l’aménagement d’une margelle autour des puits s’élevant désormais à 0,60 m et dotés d’une pompe à godets,
– l’assainissement des endroits marécageux,
– l’élimination des larves de moustiques.

C’est dans cette même mouvance qu’il faut situer la structuration des quartiers de Bingerville. L’organisation de l’habitat en fonction des groupes en présence, colons et colonisés, participe de la particularité de la ville.

Dans l’entendement de l’administration coloniale, il devait avoir une séparation nette entre la ville administrative de la ville commerciale (N’Golo 1981, p.58). Il était surtout interdit aux populations autochtones dites « indigènes » de bâtir dans l’enceinte réservée à la ville coloniale, pour garantir la salubrité et l’homogénéité de l’architecture. Pour éviter le mélange des genres il fallait séparer le quartier indigène de la ville européenne, de la délimiter des quartiers administratifs, militaires, commerçants, industriels, de résidence. Le schéma adopté met en relief deux unités d’implantation bien distinctes séparées par une épaisse végétation : le plateau central et la vallée. Nous savons cependant que le moustique malheureusement, ne connaît pas de frontière.

L’administration avait utilisé, pour construire le quartier européen, le site favorable du plateau dont l’extension évoluait vers le Nord et vers l’Est. Il était délimité par des pentes abruptes à l’Ouest vers Abidjan et au Sud du côté de la lagune. Ce site avait été choisi par le Lieutenant-gouverneur Angoulvant selon les recommandations du gouverneur Roberdeau, pour y installer les services publics et autres équipements nécessaires, en « durs »,pour le bon fonctionnement de la colonie. Gbagba le quartier des africains avait bien évidemment une configuration autre. Ses rues dénommées : rue des sénégalais, rue des nago, rue des commis rappelaient la mosaïque ethnique des occupants de l’espace, ou de leur appartenance professionnelle. Ces derniers sont arrivés, par le canal de l’administration à Bingerville pour palier le manque de main d’œuvre (N’Golo op. cit, p.77).

Compressé entre la façade Sud du plateau et la lagune, Gbagba était construit dans la vallée. Les pentes abruptes de la colline, l’exigüité de l’espace et les matériaux précaires dont disposaient les populations, pour se construire un habitat, faute de moyens suffisants, donnaient un aspect précaire aux lieux. Les maisons et les cases étaient en plus agglutinées sur les pentes de la colline. Les rues ornées de cocotiers et de manguiers étaient tortueuses et des palissades en bambou délimitaient les concessions de chaque famille.

La hantise de la fièvre jaune amena à la création d’une « brigade de moustique » (Koffi op. cit, p.19) pour assurer d’une façon permanente l’enlèvement des détritus. Dans la même optique seront réalisés des travaux de :
– débroussaillement,
– tracer des principales artères empierrées avec caniveaux en brique de ciment,
– électrification,
– adduction d’eau,
– défrichement du plateau,
– plantation d’arbres fruitiers.

Les travaux s’inscrivent bien dans l’objectif du Lieutenant-gouverneur Gabriel Angoulvant d’embellir la nouvelle capitale en vue de la rendre digne de son statut de chef-lieu de colonie et au besoin d’y attirer les européens. Tous les côtés du périmètre de la ville, sur un rayon de 500 m seront débroussaillés et débarrassés des souches et racines. Cette première œuvre sera intensifiée par le gouverneur Clozel (N’Golo op. cit, p.85). Celui-ci créa des caniveaux et routes supplémentaires dotées de l’éclairage public avec des lampes lusol.

Bingerville est également désenclavé et rattaché à Abidjan par la route terrestre en plus de la navigation qui permettait jusque là de la rattacher à Abidjan et à Grand-Bassam. La route construite par Monsieur Ravatin, ingénieur des ponts et chaussées, qui fut inaugurée le 12 juillet 1914 par le Lieutenant-gouverneur Angoulvant, faisait une largeur de 8 m. Une autre route de 27 km sera construite en 1915 pour relier cette fois Bingerville à Grand-Bassam. Outre le service d’hygiène et de l’assainissement, d’autres comme l’Hôpital, la Justice, le Trésor seront mis en place. Ces faits montrent l’importance du nouveau chef-lieu de colonie.

Bingerville était doté de quatre services techniques animés par un personnel spécialisé, européens et africains. Ce sont par ordre d’importance le service de l’agriculture, l’inspection des écoles, l’imprimerie du gouvernement, le service automobile et des maisons de commerce (N’Golo op. cit, pp.48-58).

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