Le village potier de Tanou Sakassou

Tanou Sakassou, village ivoirien, niché à 10 km de la ville de Bouaké. Ce village est loin d’être comme tous les autres. Il abrite une communauté de potiers qui, depuis des dizaines d’années, sculptent l’argile et façonnent les plus belles poteries du pays.

Comptant un peu moins de 2 000 âmes dont plus de 300 vivent indirectement de la poterie, cette petite localité est réputée pour sa maîtrise de l’art céramique et ses poteries en terre noire incrustées de paillettes de silice.

Les formes des réalisations (pots à kédjénou, canaris, vases de chef, jarres, vaisselle variée, ainsi que des objets plus contemporains décorés de motifs géométriques inspirés de croyances et rites baoulé), zoomorphes ou anthropomorphes, se distinguent par leur finesse et leur originalité : col à tête de femme, vase aux anses en forme de personnage courbé, gargoulettes à deux goulots, couvercle orné d’oiseaux assemblés en cercle figurant la solidarité familiale qui se concrétise par la consommation en commun de la boisson coutumière…

Une fois l’argile prélevée dans les carrières environnantes et le pot façonné, les motifs ornementaux sont réalisés en relief ou gravés sous forme d’empreintes pratiquées directement sur la terre crue au moyen d’épis de maïs ou de cordes tressées.

L’œuvre est ensuite mise à cuire au four, puis fumée au son de riz et trempée dans une décoction de bois de séa ou enduite d’un mélange de terre de termitière et de décoction d’écorce d’anacardier, qui lui confère un beau brillant rouge-brun.

Ici, ce sont majoritairement les femmes – réunies en coopérative depuis 1986 – qui travaillent la poterie, mais si vous vous rendez sur place, n’hésitez pas à demander Julien Yao Koffi, artisan-potier passionné par son métier et fervent défenseur du magnifique patrimoine baoulé.

Il vous expliquera tout ce que vous devez savoir sur ce savoir-faire ancestral trop peu connu, si important pour l’autonomisation des femmes et le développement du tourisme interne. Il vous racontera peut-être aussi qu’il a travaillé avec des musées américains fort intéressés par les poteries de Tanou Sakassou, et même pris part à la Foire de Paris.

Il vous dira certainement, enfin, que le Centre artisanal du village, créé en 1972, a été ravagé par un incendie début 2016, et que grâce à l’implication du Fonds de développement touristique de Côte d’Ivoire, il a pu être reconstruit dans une version plus moderne et mieux équipée, avec un atelier et un hall d’exposition permettant aux potières et potiers du village de produire et vendre en moyenne 200 œuvres par semaine.

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