Historique du peuplement Krobou

Les krobou font parti du grand groupe des Akan lagunaires avec pour proches voisins les Abidji, les Attié et les Abbey. Contrairement aux Essouman, Aïzi et Avikam qui vivent sur les bords des lagunes ; les krobou tout comme les Abbey et Abidji occupent les terres de l'intérieur qui jouxtent les lagunes.

Parmi les Akan lagunaires, seuls les Aïzi, les Abidji, les Abbey les Krobou ont un système de filiation à accentuation patrilinéaire, disposé en classe d’âge. Mais n’ont pas d’Etat centralisé, l’autorité se limitant à chaque village; Oress-krobou est le « foyer originel » de tous les krobou, car issus de la migration Akpafu-gbabrobo-Adele-Avitime, ce site fut l’un des centres de rassemblement et unique village des krobou qui vivent à l’ouest du fleuve Agbo (Agneby).

De la légende locale : origine céleste des krobou.

« Nous sommes descendus du ciel, nous avions un chef appelé ADJE Mangbou qui opprimait. Il confisquait toute la récolte et affamait son peuple. Un jour, Dieu nous réunit en l’absence du roi et décida de nous débarrasser de lui. Pour ce faire disait-il « je vais vous faire descendre sur terre pour vous permettre de vivre en paix « . Il nous offrit une longue chaîne et un escabeau pour la descente. La fuite s’organisa secrètement afin d’éviter la terreur du tyran. Elle eut lieu au moment ou tout le monde dormait. La chaîne fut jetée. Et la population commença à descende. Mais le roi informé par l’un de ses hommes put s’accrocher à la chaîne pour nous rejoindre. Pendant la descente la chaîne craqua et seulement trente deux personnes et une femme stérile purent regagner la terre. L’endroit où nous sommes descendus fut appelé Krobou du nom de notre peuple. »

Les krobou tiennent cette tradition orale des Zomon sous-clan du groupe krobou. Si les Zomon disent être descendus du ciel à l’aide d’une chaîne ils tiennent cette tradition de leur groupe d’origine krobo en côte de l’or appelé le clan Akradé. Ce clan affirme être descendu du ciel pour atterrir dans deux grands récipients en cuivre. C’est cette tradition orale d’origine céleste des Akradé qui a retenu l’attention de la plus part des clans krobo dont les Zomon. Ainsi donc à partir d’Oress-krobou seront créés Aboudé Kouassikro et Aboudé Mandéké déformation d’Aboudé Man Diliké: Chez Abou on trouve la nourriture.

A Aboudé Mandéké cinq grandes familles se partagent le droit d’autochtonie à savoir les bouèdè, les zomon les dabou, les aka-bosso et les koffi bosso qui forme le clan Ngadjè, les premiers à s’établir à proximité du site actuel.

Aboudé Signifie village de Abou, le premier à s’établir sur le site d’Aboudé kouassikro suivi par son lignage. La promiscuité du clan Ngadjè, les derniers venus d’Oress-krobou avec les autres membres, pousse ce clan à se retirer et à trouver un autre site auprès du site actuel appelé Dimpou.

Pendant la colonisation la recherche de mains-d’oeuvre amena les colons à l’établissement forcé des indigènes aboudé sur le site actuel nommé par la suite Aboudé Mandéké lors du tracer de l’axe Ndouci – Agboville.

Des caractéristiques du milieu naturel favorable à l’économique de plantation.

Les Aboudé sont installés non loin du fleuve « coconzo », l’une des ramifications de l’Agneby, les caractéristiques du milieu naturel vont ensuite favoriser la venue massive de communautés migrantes :

– Le milieu naturel est favorable à la production des cultures d’exportation que sont le café le cacao et le palmier à huile. Le sol, le relief et le climat sont à l’image de ceux de l’ensemble du département.

– Le sol est de type férralitque légèrement lessivé sur roche granitique. Il est généralement pauvre en argile et se caractérise par la présence fréquente d’horizon gravillonnaires et d’une faible proportion d’éléments grossiers. Ce qui le rend favorable à toutes les cultures.

– Le relief est très accidenté et se caractérise par la présence de collines et de vallons plus ou moins accentués dépassant rarement 1000m d’altitudes. La présence de nombreux bas-fonds souvent marécageux constitue la principale contrainte physique.

– Le climat est de type tropical humide (attiéen) caractérisé par deux saisons humides et deux saisons sèches.

On le voit les possibilités du milieu physique ayant permis le développement ultra-rapide de l’économie de plantation est à l’origine de l’arrivée des vagues migratoires et de la transformation du statut de la terre devenue désormais une source de richesse et donc un enjeu économique entre les composantes ethniques du terroir villageois.

Trois termes permettent d’identifier la communauté autochtone d’Aboudé Mandéké à savoir les krobou, dénomination unifiante et unificatrice. Lorsqu’un autochtone se désigne krobou, il fait référence à l’ensemble du groupe dont la base est à Oress-krobou. Ainsi, « le krobou est venu du ciel (…), ne mange pas et n’élève pas le cabri ». Le terme krobou est employé de nos jours pour désigner ceux resté sur le site d’Oress-Krobou.

Les Aboudé sont une phratrie des Krobou du nom de ceux ayant suivi Abou dans sa migration vers le site actuel d’Aboudé Kouassikro dont une partie s’est ensuite détachée pour créer Aboudé Mandéké.

Les aboudé sont donc les krobou originaires d’Aboudé Mandéké et Kouassikro. Une troisième appellation semble de plus en plus spécifier les habitants de Mandéké à savoir les Mandéké. Si l’Aboudé se recrute dans les deux villages Kouassikro et Mandéké, le Mandéké ne se recrute qu’à Aboudé Mandéké. Bien que pas assez suffisamment employé, ce terme comme « identifiant » tend à s’imposer comme identité des Aboudés vivant à Aboudé Mandéké.

Comme on le voit, l’ethnie est une structure sociale en réserve pouvant ou non être activée par les acteurs. Elle n’est pas une structure de base immuable, c’est le sentiment d’appartenance perpétuelle à un groupe. C’est une reconstruction historique. Du Krobou, groupe originel créé par la migration naquirent successivement l’Aboudé, (référence à un ancêtre commun), et le Mandéké (référence à un territoire). C’est cette conscience d’appartenance qui guide les autochtones Aboudé dans les processus d’identification, non seulement vis-à-vis des autres autochtones mais aussi vis-à-vis de l’ensemble des groupes migrants présents sur le site et dans le terroir villageois à la faveur de l’économie de plantation.

Migration et établissement des communautés migrantes à Aboudé Mandéké.

Installation des allochtones et éclatement du « terroir originel »
Les premiers migrants à investir les terroirs d’Aboudé Mandéké sont les Baoulé et les agni. Depuis la période coloniale et la création d’Aboudé Mandéké, les premières communautés à côtoyer les Aboudé furent les Agni et les Baoulés. Dans les discours autochtones, « Mandéké veut dire «man di like » qui est un terme agni. Ce qui veut dire que nos rapports avec ce groupe ne datent pas d’aujourd’hui. » Cependant, les baoulé et Agni ne se sont pas établis aux cotés des Aboudé dans le cadre de l’économie de plantation. Ils ont notamment créé des campements ou des abris de fortune aux abords des plantations de café et de cacao qu’ils exploitent. Ils ont pu avoir directement accès à la terre grâce au système de tutorat qui présidait les rapports au moment du démarrage de l’économie de plantation.

Ainsi, laissant les villages autochtones, ces groupes ont recréé au sein de ces implantations à l’origine temporaires un espace social semblable à celui de leur groupe d’origine. Ayant acquis de vastes surfaces de forêt dès le début de leur installation, les plantations des chefs de familles Baoulé et Agni dépassent la moyenne villageoise en superficie. En dehors de ce type d’établissement à l’origine qui leur était propre, les communautés Agni et baoulé qui s’établissent de nos jours le font aux coté des autochtones et d’autres migrants allochtones à savoir les sénoufo, les malinkés et les Gouro (les derniers allochtones à venir s’établir auprès des autochtones) présents à Mandéké depuis la période des indépendances. A l’égard des Agni et Baoulé les Sénoufo et Malinké s’investissent activement dans l’économie de plantation pendant que les Gouro exploitent les bas-fonds marécageux pour la culture du maraîcher. Leur arrivée est assez récente.

Etablissement des allogènes
Les migrants allogènes d’Aboudé Mandéké sont de diverses nationalités. On y trouve des maliens, des guinéens, des ghanéens et surtout des burkinabé représentant la plus importante numériquement parmi ces communautés. Tout comme la plupart des allochtones les burkinabé se sont investis principalement dans l’économie de plantation et se sont installés en recréant le mode de vie d’origine. Mais contrairement aux baoulé et Agni, les burkinabé n’ont pas eu un accès direct à la terre. Issus parfois de parcours migratoire de plusieurs étapes, les burkinabé sont généralement employés au départ comme manoeuvre par les Aboudé et accèdent finalement à la terre soit par achat (c’est le cas le plus fréquent), soit par don de la part du tuteur, d’une surface que le migrant exploitait uniquement pour le vivrier destiné à la consommation domestique.

La deuxième communauté allogène numériquement importante est la communauté malienne. Les membres de celle-ci ont le même parcours migratoire que les burkinabé.

« Lorsque je suis arrivé à Kouadjakro, j’ai été reçu par Akalé avec qui j’ai acheté 17hectares de forêt. Mon premier champ, je l’ai laissé à mon oncle à Moha (Aboisso). Avant d’avoir ce champ, j’ai été d’abord bouzan à Biesso (Aboisso) où j’ai débarqué quand je suis arrivé du mali en 1966. C’est pendant la construction de la SODEPALM en 1972, que mon champ a été détruit et on m’a dédommagé à hauteur de 600000 fcfa. C’est cet argent que j’ai pris pour acheter la forêt à Kouadjakro en 1974 »

On le voit, le mode d’accès à la terre varie selon les groupes ethniques et prédétermine les rapports de différenciation interethniques.

Source: Rapports interethniques et differenciation identitaire en milieu rural : Cas d’Aboude-Mandeke dans le departement d’Agboville.
par Karamoko KONE
Université Cocody-Abidjan – DEA 2007