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Histoire de la famille Boigny

Il est difficile de séjourner à Yamoussoukro sans s'interroger sur la véritable identité de Félix Houphouët-Boigny, de sa famille : d'où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Autant de questions qui n'auraient poser de problèmes insurmontables si Dja Houphouët n'était devenu aux yeux du monde entier un personnage mythique.

En effet, aujourd’hui la légende est en passe de s’emparer de la vie de l’homme. Il est donc urgent de révéler la vérité historique.

La date de l’arrivée à Kami du premier BOIGNY (Boigny N’Dri) paraît se situer dans la première moitié du 19ème siècle, aux alentours de 1847 – 1852.

Kami est situé à 7 km de Yamoussoukro. A l’époque où apparaissent les Boigny, le chef de Kami compte parmi ses filles une certaine Adjoua. Et l’une des filles d’Adjoua n’est autre Kokoblé (KOKO la Noire).

L’inconnu arrive un jour sans crier gare, son jeune frère et ses gens l’accompagnent. Ils ne sont pas des Baoulés. Nul ne sait d’où ils viennent, on dit seulement, pointant le doigt vers le levant : « de l’autre côté » (donc apparemment, au-delà du fleuve Comoé. La tradition, dans la famille Boigny de Yamoussoukro, n’apporte sur ce point, plus amples précisions.

L’homme raconte qu’il a perdu ses sœurs et ses nièces et que, s’il était resté «là-bas», ceux qui ont tué les siens se seraient emparés de sa fortune.

Le président Boigny a dépeint son trisaïeul Boigny N’Dri, tel que la tradition familiale en a conservé le souvenir et dont lui-même, lors de son entrée dans la vie politique, a voulu relever le nom :
« c’était un type gaillard, fort, avec des arcades sourcilières très prononcées; il n’était pas beau; mais la plus jeune fille d’Adjoua, de Kami, a dit en le voyant; c’est celui-là que j’attendais, c’est lui que je désire épouser ».

Vers 1860, Boigny ou encore « Grand Boigny » et KOKO la Noire, celle qui l’avait préféré, quitteront le village de Kami. C’est que le mariage a bien eu lieu (car en pays baoulé on ne marie guère une fille contre son gré), il n’en demeure pas moins que la jeune princesse n’avait pas satisfait, ce faisant, le projet de mariage que l’on formait pour elle. La voilà en mariage avec un « étranger ». Et malgré la règle matrilinéaire qui fera de leur descendance de vrai Baoulé, les villageois sauront si bien leur faire sentir la distance que KOKO elle-même, ulcérée, réclamera ses droits, ils lui seront reconnus sous la forme de terre suffisamment à l’écart de Kami, les forêts sur l’emplacement desquelles s’implantera plus tard Yamoussoukro deviennent son domaine.

Quand au second Boigny, frère de Boigny N’Dri, ou son cousin (mais le mot «cousin» n’existe pas en Baoulé, c’est un «frère», son aîné l’installera de l’autre côté du Bandama sur la rive aurifère de ce fleuve, à Grougi qui restera malheureusement un bien modeste village.

Boigny N’Dri et Kokoblé forment un couple heureux. Ils auront ensemble cinq enfants. C’est leur aîné Kouassi N’Goh qui donnera son premier nom au nouveau village: N’Gokro. Leur petite fille, Nanan Yaa N’So ou Yamoussou, nièce de Kouassi N’Goh le développera sous le nom de Yamoussoukro. Sous leur arrière petit fils, un autre Kouassi N’Goh, neveu de ce dernier, il devient tel que nous le voyons aujourd’hui, le plus beau, le plus grand des villages.

Outre Kouassi N’Goh, les enfants de Boigny Ndri et de Kokoblé seront: Nongan, Yaablé, Boigny et Adjoua.
L’héritage se transmettant chez les Akan, par les femmes, ce sera à Adjoua, la benjamine (elle relève le nom de la première aïeule, sa grand-mère) que reviendra la charge d’assurer la postérité. Cette Adjoua épousera Ahounou, chef du plus proche village; Morofê. « C’est que, remarque en passant le Président Houphouët-Boigny, ces Boigny là étaient des gens extrêmement intelligents » d’aucuns prétendaient les traiter en étranger, leurs filles ont épousé des chefs et les familles de ces chefs ont du sang des Boigny. C’est ainsi et non par la force des armes, que ces derniers ont su s’imposer. Adjoua de son mariage avec Ahounou, aura de nombreux enfants; plusieurs mourront à bas âge; d’autres qui n’ont pas joué de rôle précis, ne seront pas cités ici. Nous retiendrons Nanan Yaa N’So (Yamousso, dont le village porte le nom), Aka Amoin, Adio et Brou (la dixième). Yaa N’So, la reine, n’aura pas d’enfant. Adio mettra au monde un sourd-muet qui ne vivra pas longtemps. C’est Brou qui, pour cette quatrième génération, assumera la charge de la descendance. Les enfants de Brou seront:

– Kimou N’Dri (dite N’Dri Kan)
– Kouassi N’Goh
– Kimou Yamousso (Yaa Kan).

Nous arrivons ainsi à la génération actuelle. N’Dri Kan épouse N’Doli Houphouët de la tribu N’Zipri de Didiévi; ce sont les parents de Félix Houphouët Boigny, de ses trois soeurs aînées (la première qui n’aura pas longtemps vécu, la seconde Fêtai, la troisième Adjoua), d’une plus jeune sœur et de son frère cadet Augustin Houphouët, eux aussi décédés. Nous reviendrons plus loin à Félix Houphouët-Boigny.
Fêtai (veuve de Koba Kouamé, chef du canton nanafoué d’Attiégouakro) et Nanan Adjoua n’ont pas de descendance directe. Félix Houphouët-Boigny eu d’un premier lit quatre fils et une fille :

– Félix (décédé)
– Augustin
– François
– Guillaume
– et Marie
– d’un second lit : Florence
– et pour fille adoptive: Hélène.

Cette Hélène Houphouët-Boigny, le Président précise avec un sourire attendri : «c’est la pure, la descendance directe de la Reine Pokou, la petite-fille du roi des Baoulés, Anoungbré. Elle porte mon nom, mais elle est ma suzeraine; je suis son vassal ».

Hélène a eu deux frères et sœur : Baptiste et Monique; et si Baptiste avait eu quinze ans révolus à la mort du roi Kouakou Anoungbré, c’est lui qui régnerait en lieu et place du supérieur Kouamé Guié.
Comment Hélène est-elle entrée dans la famille Houphouët-Boigny? La tradition Baoulé veut que l’on confie, pour relever, un enfant à la femme que le ciel n’a pas comblée. Madame Marie-Thérèse Houphouët-Boigny n’ayant pas eu elle-même d’enfant, sa parente fille Anoungbré, est venue lui confier une de ses filles. Chez les Baoulés, d’ailleurs, on n’adopte pas vraiment; une famille noble confie l’enfant à une autre famille, même moins noble, pour en assurer l’éducation. L’enfant alors appartient aux deux familles; il pourra, à son gré, demeurer dans la seconde, retourner dans la première.

Les enfants d’Augustin Houphouët-Boigny (frère cadet du président de la république, et décédé en 1939) sont Dia Augustin Houphouët-Boigny et Monique, veuve d’André Dahouët qui fut député et secrétaire général d’une des sous sections du PDCI-RDA à Bouaké (Bouaké Koko ou Bouaké II).

Les tantes du président de la république, sœurs de sa mère étaient Kimou M’Bra, mère de Kouassi N’Goh qui fut chef de canton, Kimou Yaablé mère Djénéba et Kimou Yamoussou Kan dont les deux petites-filles sont Mariétou Sow et Berthe Sow.

Berthe Sow a eu deux enfants; quant à Mariétou, ses sept enfants, dit le Président avec une légitime fierté sont tous universitaires, ce sont: Daouda, Boubacar, Augustin, Aziz, Anna N’Dèye, Yamousso et Tidiane (ministre).

«Tous ceux-là sont des Boigny; ils peuvent donc porter le nom de Boigny accolé à celui de leur père», a précisé Félix Houphouët-Boigny, chef de famille.

Revenons en à celui qu’il est convenu de considérer comme le plus illustre des Boigny: le père de la Nation Ivoirienne, le Président Félix Houphouët-Boigny, dont le lieu de naissance est sujet à des interrogations.

Comme le précise sa biographie officielle et comme il devait l’affirmer lui-même en déposant sous serment le 31 mai 1950 ; le président de la république, a tenu à apporter sur ce point des précisions nécessaires.

«Mon grand-père, Kimou, père de ma mère, était chef du village de Duokro. Il s’est installé dans la région de Kocumbo pour commercer avec les Gouro. C’est lui qui a donné son nom au village de Kimoukro. Et mon père N’Doli Houphouêt (venu dans la région à la recherche de l’or) a épousé ma mère N’Dri Kan à Kimoukro où elle vivait chez son propre père. Ma mère se trouvait à Kimoukro lorsque j’étais attendu». Mais, c’est la règle d’or ici à Yamoussoukro que tous les enfants doivent y venir au monde. La coutume veut, en effet, que le cordon ombilical et le placenta y soient enterrés.
Donc, chaque fois que N’Dri Kan attendait un enfant, elle devait impérativement, deux ou trois mois avant la naissance, venir à Yamoussoukro. «C’est ainsi que moi-même, mes sœurs et mes frères, sommes nés à Yamoussoukro en conformité avec les exigences de la coutume chez les Boigny».

«Vous pouvez voir dans ma généalogie, qu’entre la naissance de mon oncle, frère de ma mère et la mienne, il s’est écoulé vingt-cinq ans. Pendant ces vingt-cinq années il n’y a eu aucune autre naissance de descendance mâle. La famille était presque perdue. Certes, selon la coutume Akan, ce sont les femmes qui héritent, mais il faut tout de même qu’elles aient des enfants mâles. On était donc allé consulter, un peu partout, des féticheurs, des marabouts, pour obtenir un garçon. On était allé jusqu’au Sahel. Finalement, c’est une femme de Zaakro, le village de Camille Aliali (Garde des Seaux, Ministre de la Justice), qui a prédit à ma maman que sa prochaine grossesse lui apporterait un fils, mais à la condition que ce fils accepte le génie à sa naissance. C’est pour cela que l’on m’a donné le nom de Dia. Celui qui porte ce nom devra prédire l’avenir, soigner, voyager. Ai-je échappé à mon destin?».

Non, Monsieur le Président !

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